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GE BA

Vendu : 332

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GE BA
Collage de fragments de tissu, Chine, vers 1950-1970
Pièce unique
60 x 50 cm - 23 5/8 x 19 11/16 in.

PROVENANCE
Acheté à Francois Dautresme dans les années 1990, conservé familialement depuis

Ge Ba
Les lots de 106 à 118 sont reproduits dans ce catalogue
Les lots 119 à 181 sont visibles sur aguttes.com

Les Ge Ba littéralement « collages de tissus », désignent des compositions artisanales élaborées à partir de chutes textiles ou
vêtements usés, patiemment assemblées à l’aide de colle de riz.
Destinées à l’origine à des usages purement utilitaires — renforcement de semelles, doublure de vêtements ou support pour la broderie — ces pièces issues du quotidien paysan se révèlent aujourd’hui dans toute leur puissance plastique, frappantes d’intuition formelle et d’harmonie chromatique.
Ces tissus reflètent les couleurs emblématiques de la vie quotidienne en Chine : l’indigo, le brun et le noir, portés par le peuple | les motifs floraux semés avec rigueur, exclusivement destinés aux enfants | le chanvre imprimé au bloc | la soie à l’aspect de « peau de requin » | ou encore des fragments de calligraphies rescapées de la Révolution culturelle.
Il est frappant de constater que des ouvrières du sud-ouest de la Chine ont su transcender leur savoir-faire traditionnel du patchwork pour créer, à travers des compositions audacieuses, des oeuvres dotées des mêmes qualités esthétiques que celles des artistes d’avant-garde occidentaux de la même époque.
Entièrement conçus sans finalité esthétique consciente, les Ge Ba fascinent par leur proximité visuelle avec les grands noms de l’abstraction occidentale : la matière y évoque Nicolas de Staël, les aplats y rappellent Serge Poliakoff, tandis que les rythmes visuels évoquent les compositions oniriques de Paul Klee. Réalisés majoritairement par des ouvrières dans les campagnes chinoises dans les années 1950, ils témoignent d’une création intuitive, anonyme, enracinée dans la mémoire collective et la récupération.
La présente collection réunit 76 Ge Ba, tous acquis par le père du collectionneur auprès de François Dautresme (1925 - 2002), fondateur de la CFOC (Compagnie Française de l’Orient et de la Chine), figure pionnière et passionnée de l’art populaire chinois. Grand esthète et collectionneur infatigable, Dautresme fut l’un des premiers à révéler au public occidental la richesse de ces objets du quotidien, en les exposant non plus comme des artefacts ethnographiques, mais comme de véritables oeuvres d’art.
Proposés avec des estimations comprises entre 500 et 800 €, ces Ge Ba constituent une remarquable sélection d’un pan méconnu du patrimoine textile chinois, à la frontière de l’art brut, de l’ethnographie et de la modernité picturale. Témoins silencieux d’un art sans artiste, ces fragments de tissu cousus ou collés avec humilité deviennent, sous notre regard contemporain, des compositions d’une profonde poésie visuelle.

Ge Ba, literally meaning “fabric collages”, are handcrafted compositions made from scraps of textiles or worn clothing, patiently assembled using rice glue. Originally intended for strictly utilitarian purposes — such as reinforcing soles, lining garments, or serving as a base for embroidery — these humble creations from rural daily life now reveal their full visual power, marked by formal intuition and chromatic harmony.
These fabrics reflect the emblematic colors of everyday life in China: indigo, brown, and black, traditionally worn by the working class| meticulously patterned floral prints reserved exclusively for children| block-printed hemp| silk with a “sharkskin” texture| and even fragments of calligraphy that survived the Cultural Revolution. It is striking to observe how female workers from southwestern China were able to transcend the traditional craft of patchwork, creating bold compositions that share the same aesthetic qualities as the works of Western avant-garde artists from the same era.
Created without any conscious aesthetic intent, the Ge Ba fascinate with their visual proximity to major names in Western abstraction: their materiality evokes Nicolas de Staël, their color fields recall Serge Poliakoff, and their visual rhythms echo the dreamlike compositions of Paul Klee. Mostly made by rural women in the 1950s, they reflect an intuitive, anonymous form of creation, rooted in collective memory and resourcefulness.
The present collection brings together 76 Ge Ba, all acquired by the collector’s father from François Dautresme (1925 - 2002), founder of the CFOC (Compagnie Française de l’Orient et de la Chine), a pioneering and passionate figure of Chinese folk art.