Collages de Chine : quand l’art naît de la nécessité

Le 25 juin prochain, Aguttes est heureuse de présenter dans le cadre de sa vente une sélection exceptionnelle de Ge Ba chinois, réunissant 78 pièces acquises par le père de notre collectionneur auprès de François Dautresme, figure incontournable et passionnée de l’art populaire chinois. Cette collection rare et cohérente met en lumière un pan méconnu du patrimoine textile populaire chinois, à la croisée de l’art, de l’ethnographie et de la création intuitive.

Les Ge Ba, littéralement « collages de tissus », sont des compositions réalisées à partir de chutes textiles, assemblées avec de la colle de riz. Destinées à l’origine à renforcer des semelles, doubler des vêtements ou servir de support à la broderie, ces pièces étaient entièrement conçues dans un but utilitaire. Mais à nos yeux, elles évoquent bien davantage. Présentées à plat, ces planches nous apparaissent comme de véritables tableaux abstraits, rappelant les œuvres de Poliakoff, de Staël ou Klee, par leur liberté formelle, leur équilibre chromatique et leur densité silencieuse.

Deux thèmes majeurs traversent cette collection : la réutilisation et la transformation. Dans les campagnes chinoises du XXe siècle, rien ne se perd, tout se transforme. Ces femmes, anonymes, réinventaient avec ce qu’elles avaient sous la main. Chaque Ge Ba est donc une œuvre unique, impossible à reproduire : les fragments de tissu, récupérés selon les besoins et les hasards de la vie quotidienne, sont assemblés avec une liberté de composition qui relève du geste artistique. Sans le savoir, ces créatrices font acte de peinture. Elles avaient l’art à fleur de peau, et leur sens de la composition, purement intuitif, échappe aux catégories classiques de l’art savant.

Ces collages fascinent à plusieurs niveaux : l’ethnologue y verra une tradition vernaculaire, le collectionneur, une intelligence du geste ; le galeriste, une œuvre à exposer. Il s’agit là d’un art populaire involontaire, d’une abstraction née du quotidien, révélée au regard occidental notamment par François Dautresme, qui fut le premier à présenter ces œuvres en France dès les années 1980.

La vente du 25 juin offre ainsi l’occasion rare de découvrir, ou de redécouvrir, ces œuvres profondément humaines, nées d’un monde où le beau et l’utile ne faisaient qu’un. Elle se déroulera à 14h30, au sein de l’étude Aguttes de Neuilly-sur-Seine.