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MÉRIMÉE Prosper (1803-1870).

L.A.S., 30 janvier [1858, à Paul de RÉMUSAT] ; 7 pages et quart in-8.

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L.A.S., 30 janvier [1858, à Paul de RÉMUSAT] ; 7 pages et quart in-8.

Il lui renvoie son manuscrit [une nouvelle, L’Ambitieuse, que Rémusat n’a pas publiée] : « Sans compliments, je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt, et je ne doute pas de son succès auprès de toutes les personnes qui font cas d’un style naturel, de caractères bien tracés, bien suivis, d’une action habilement développée et de mille traits excellents sur cet inépuisable sujet de méditation, le cœur humain. Maintenant je me demande si ces personnes que je dis, et qui étaient nombreuses à la fin du siècle dernier, existent en nombre suffisant aujourd’hui pour faire un succès. J’avoue que j’ai des inquiétudes. MM. DUMAS et consorts nous ont habitués à leur système à la vapeur. […] Je remarque que le style de l’amour est autre que celui de 52810

mon temps, lequel était très différent du style d’aujourd’hui, s’il y a un style aujourd’hui pour cela. Je crains que ce mélange de passions, de galanterie et de politesse raffinée ne soit pas du goût de MM. les membres du Jockey club. Mais est-ce pour eux qu’on a écrit, ne suffit-il pas qu’il y ait quelques gens qui comprennent ? Beyle [STENDHAL] mettait en tête de ses livres : To the happy few ». Puis il rectifie plusieurs erreurs concernant l’Espagne… Et il ajoute : « Je crains que l’amour délicat ne fût pas très connu au 18e siècle à Madrid. La mère du comte de MONTIJO avait une petite maison de campagne à Romanillos près de Madrid où venaient tous les philosophes et toutes les belles dames de son temps. On lui demandait comment elle avait pu loger tant de monde. Elle répondit : qu’elle donnait autant que cela se pouvait une chambre à chaque femme –et que quant aux hommes elle ne s’en était jamais inquiétée, et qu’aucun ne s’était jamais plaint »... Etc. Correspondance générale, t. VIII, n° 2555.