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CHATEAUBRIAND François-René de (1768-1848).

2 L.A., [Londres] 10 et 14 mai 1822, à la duchesse de DURAS ; 3 pages et 2 pages et demie in-8.

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2 L.A., [Londres] 10 et 14 mai 1822, à la duchesse de DURAS ; 3 pages et 2 pages et demie in-8.

Vives réactions aux manifestations de jalousie de la duchesse de Duras à l’égard de Madame RÉCAMIER, et belles protestations de son amitié. 10 mai. « Que puis-je répondre à votre extravagante lettre ? […] Vous avez été, vous êtes, et serez le premier attachement de ma vie. Mon amitié a l’âge de la vôtre, et elle lui survivra. Je ne connois personne au monde dont l’esprit et le cœur soient plus en harmonie que le vôtre avec tout ce que je sens et j’éprouve. Je donnerois tout au monde pour vous. Voilà la pure, l’exacte vérité. Après cela voulez-vous que je repousse tout ce qui a de la bienveillance pour moi ? Je ne le puis. Il y a dans mon caractère avec quelque chose de fort quelque chose de foible. Je me laisse aller. Prenez-moi donc tel que je suis. Vous avez tout ce qu’il y a de bon en moi ; ce qui reste de moi quand votre part est faite, ne vaut pas la peine d’être réclamé. Défiez-vous au reste des confidents et des confidences. On aime à tourmenter les personnes qui se tourmentent. Nous reprendrons les longues lettres quand vous voudrez ; mais vous m’avez fait trop souffrir et j’ai le cœur trop blessé de vos injustices pour écrire longuement aujourd’hui »... 14 mai. « Je vous assure que j’en suis venu au point de trembler à l’arrivée de chaque courrier. Je ne reçois pas une lettre de Paris qui ne soit des lamentations. Votre dernière lettre comble la mesure. Vous reprenez votre fagot ? et pourquoi ? Que vous ai-je fait ? Rien de plus cruel et de plus odieux ; vous devriez sentir au moins que de pareilles injustices en me bouleversant pour la journée m’empêchent de faire ce que je devrois pour me maintenir ici, que vous me faites perdre dans un instant le fruit de tous mes efforts. J’étois en très bon train ; je réussissois au-delà de mes espérances, et par ce succès, je me voyois plus près de vous, puisque mon crédit augmentant la nécessité de me rappeller devenoit plus grande. […] je n’écrirai plus si vous continuez à être aussi rude et aussi injuste. Je vous ai répondu sur l’Abbaye aux bois [Mme RÉCAMIER]. Je n’ai plus rien à vous dire. Cela fait pitié ». Correspondance générale, t. IV, nos 1615 et 1625.