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CÉLINE Louis-Ferdinand (1894-1961).

L.A.S. « LFCeline », Copenhague 3 juin 1947, à Charles DESHAYES à Lyon ; 3 pages et quart in-fol., enveloppe timbrée.

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L.A.S. « LFCeline », Copenhague 3 juin 1947, à Charles DESHAYES à Lyon ; 3 pages et quart in-fol., enveloppe timbrée.

Première lettre au journaliste lyonnais qui va prendre la défense de Céline. Céline lui envoie le texte demandé [ses réponses aux accusations portées contre lui] : « Il n’a rien de bien mystérieux ni secret. Il est le résultat de 17 mois de cellule. Mon sort n’est pas encore fixé. J’ai trois avocats en France – Maîtres Naud, Fourcade et Antoine qui s’attachent à rétablir la vérité, bien élémentaire, bien simple. J’ai tenté, gauchement, dans la mesure de mes misérables forces de m’opposer à une guerre que je jugeais maladroite, désastreuse, imbécile. Je me suis mêlé de ce qui ne me regardait pas. J’ai 43618

tout perdu — pays, sous, santé, et même mes moyens d’existence. On m’a tout pris, je n’ai plus rien sauf 54 ans d’âge et une mutilation de guerre 75 p. 100. On m’a même tué mon éditeur Denoël ! La sauvagerie à mon égard a été totale. Je ne réclame de sévices vous le pensez bien contre personne mais je suis bien forcé de me comparer à Montherlant, Chadourne, La Varende, Guitry – et cent autres qui n’ont pas perdu un cil dans cette effroyable aventure ! et moi l’on me traque comme un chien lépreux sur toutes les routes d’Europe d’hôpital en cellule. Je suis le bouc puant de la furie des envieux. Drieu, Brasillach avaient au moins eux écrit des articles – moi jamais de ma vie ! J’ai trouvé toujours la “collaboration” idiote, une duperie. Je n’en paye pas moins plus cher que tous. Il est vrai que le moyen des fureurs partisanes idéologiques est admirable pour se débarrasser d’un confrère haï, envié, qui vous a toujours pissé au cul et dont on craint la plume comme trente-six pestes ! »… Lettres (Pléiade), 47-42 (p. 908).