

CÉLINE Louis-Ferdinand (1894-1961).
L.A.S. « Celine », le 24 [mai 1936], à un « cher confrère » [André ROUSSEAUX] ; 8 pages in-4 sur 2 bifeuillets de papier quadrillé.
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L.A.S. « Celine », le 24 [mai 1936], à un « cher confrère » [André ROUSSEAUX] ; 8 pages in-4 sur 2 bifeuillets de papier quadrillé.
Très belle lettre et longue lettre de Céline sur son style et sa conception du roman. [Mort à crédit a été publié le 12 mai 1936 ; André ROUSSEAUX (1896-1973) lui a consacré une partie de sa chronique « Propos du samedi » dans Le Figaro du 23 mai, principalement sur l’usage de l’argot.] Céline remercie son confrère « pour l’article que vous le tout premier vous avez bien voulu me consacrer. Je ne sais ce qu’il me faut admirer le plus votre bienveillance ou votre courage ! Surtout que vous avez du éprouver de votre public de très vives réactions. Il est plus (bien) facile de m’accabler que de me défendre ! Je le sais ». Puis il passe aux « querelles » : « Griefs de l’argot : trucs, procédé, manière, artifice, ennui, etc… ! Mais non ! J’écris comme je parle, sans procédé […] Je me donne du mal pour rendre le “parler” en “écrit”. parce que le papier retient mal la parole, mais c’est tout. […] Point de génie en cela ! de la condensation c’est tout. Je trouve quant à moi en ceci le seul mode d’expression possible par l’émotion. Je ne veux pas narrer, je veux faire RESSENTIR. Il est impossible de le faire avec le langage académique, usuel, le beau style. – C’est l’instrument des rapports, de la discussion, de la lettre, de la conserve – mais c’est toujours de la grimace et du figé. Je ne peux pas lire un roman en langage classique. Ce sont là des PROJETS de romans ce ne sont jamais des romans. Tout le travail reste à faire le rendu émotif n’y est pas. Et c’est lui seul qui compte. D’ailleurs cela est tellement exact que sans camaraderie, forcerie, complaisance, pénuries, on ne les lirait plus depuis longtemps ! Leur langue est impossible elle est morte, aussi illisible (en ce sens émotif) que le latin. Pourquoi je fais tant d’emprunts à la langue, au “jargon” à la syntaxe argotique pourquoi je la forme moi-même si tel est mon besoin de l’instant ! […] elle meurt vite cette langue, donc elle a vécu, elle VIT tant que je l’employe […] Une langue c’est comme le reste ÇA MEURT TOUT LE TEMPS. ÇA DOIT MOURIR. Il faut s’y résigner, la langue des romans habituels est morte, syntaxe, morte – tout mort. Les miens mourront aussi, bientôt sans doute. Mais ils auront eu la petite supériorité sur tant d’autres, ils auront pendant un an, un mois, un jour, VECU. […] Dans toute cette recherche d’un français absolu il existe 43616
une niaise prétention, insupportable, à l’éternité d’une forme d’écrire, une seule, le joli français ! le joli style ! La jolie momie ! Bandelettes ! Ne rien risquer. Vite en momie ! C’est le mot d’ordre de tous les lycées »… Lettres (Pléiade), 36-28.
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