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BERNANOS Georges (1888-1948).

MANUSCRIT autographe, [Journal d’un curé de campagne] (fragment), [1935] ; 49 feuillets in-4 écrits au recto seul.

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MANUSCRIT autographe, [Journal d’un curé de campagne] (fragment), [1935] ; 49 feuillets in-4 écrits au recto seul.

Important fragment du chef-d’œuvre de Georges Bernanos. Le roman fut publié, avec quelques coupures, dans La Revue hebdomadaire, dirigée par François Le Grix, du 14 décembre 1935 au 22 février 1936, avant de paraître en librairie chez Plon en mars 1936. Le présent manuscrit a servi à l’impression dans deux numéros de La Revue hebdomadaire du 21 décembre (p. 318-331) et du 28 décembre (p. 446-457). Il correspond aux pages 216 à 240 du tome II des Œuvres romanesques complètes de la Bibliothèque de la Pléiade (2015). L’œuvre raconte le destin d’un modeste curé de la paroisse d’Ambricourt, dans le nord de la France, ses rapports difficiles avec la population, ses tourments et interrogations sur la foi, la pauvreté, la condition sociale. La dernière partie, bouleversante, décrit son cheminement vers la mort, qui est aussi celui vers la grâce. Le manuscrit est une mise au net, soigneusement rédigée à l’encre noire ou bleu nuit, sur des feuillets de papier de bloc de papier ligné, avec une large marge sur la gauche ; il présente quelques rares ratures et corrections. La pagination originale, au crayon à gauche, va de 1 à 49 ; une seconde pagination, pour la revue, a été portée à droite, de 52 à 100, avec une mention manuscrite au crayon sur la première page : « Suite de la copie : les premiers feuillets sont ceux envoyés pour la RH », avec le nom de l’auteur et le titre ; un cachet encre de la fabrication est daté du 20 décembre 1935. On remarquera que le manuscrit porte au crayon huit dates pour les entrées du « journal », qui ne seront pas conservées dans l’édition ; elles vont du « 17 novembre » au « 11 décembre ». La première entrée est datée du 17 novembre : « C’est samedi prochain que je vais déjeuner au château. Puisque la principale, ou peut-être la seule utilité de ce journal sera de m’entretenir dans mes habitudes d’entière franchise envers moi-même, je dois avouer que je n’en suis pas fâché, flatté plutôt… » Les entrées suivantes contiennent notamment une méditation sur l’Ancien Monde et la condition de l’homme (7 décembre). La dernière entrée, au 11 décembre, rapporte les propos exaltés du curé de Torcy, sur la foi, le destin de l’homme, la société moderne, la misère et la miséricorde, et s’achève ainsi : « Sa grosse main tremblait sur mes bras et les larmes que je croyais voir dans ses yeux, semblaient y être dévorées à mesure par ce regard qu’il tenait toujours fixé sur le mien. Je ne pouvais pas pleurer. La nuit était venue sans que je m’en doutasse, et je ne distinguais plus qu’à peine son visage, maintenant immobile, aussi noble, aussi pur, aussi paisible que celui d’un mort. Et juste à ce moment, le premier coup de l’angélus éclata, venu de je ne sais quel point vertigineux du ciel, comme de la cime du soir ».