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CHINE

DYNASTIE MING (1368-1644)

Vendu : 31 488

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DYNASTIE MING (1368-1644)

Rare et importante statue de divinité taoïste en bronze, figuré assis en position de méditation, les mains reposant l'une sur l'autre au creux des jambes, vêtu d'un robe et d'un long manteau aux plis simplifiés. Le visage à l'expression sereine est encadré par une longue et large barbe stylisée. La chevelure ramenée en chignon est enserrée dans une fleur de lotus. Socle en bois postérieur. 

H. 37 cm ; Dim. tot. 46 x 29 x 22 cm 

Provenance: 

  • Collection de M. de Frey (amateur viennois résidant à Paris)
  • Vente Maurice Ader des 12, 13, 14 Juin 1933 “Collection de Mr de Frey”, lot 283 (reproduction planche XXX du catalogue)
  • Collection particulière française, puis par descendance

NOTE 

Cette statue, dont nous avons pu retracer une partie de la provenance, faisait originellement parti de la collection de M. de Frey, amateur viennois. Celui-ci confia la dispersion de ses collections au commissaire-priseur Maurice Ader en juin 1933 (Voir Catalogue de vente des 12, 13, 14 Juin 1933 “Collection de Mr de Frey” – Maurice Ader, Paris). À cette occasion, la statue fut attribuée à la dynastie Tang (618–907) par l’expert André Portier (lot 283, reproduction pl. XXX). Cette datation ancienne s’explique par la présence d’éléments formels rappelant certaines sculptures Sui et Tang : la stylisation très graphique de la barbe évoque, par exemple, une statue en grès de Laozi datée de 597 (Sotheby’s, vente « Chinese Art », New York, 18 mars 2025, lot 164), tandis que le traitement simple et presque abstrait du vêtement peut être rapproché d’une représentation de Laozi divinisé du début du VIIIᵉ siècle conservée au Museum für Ostasiatische Kunst de Cologne (Nr Bc 92,2 ; La Voie du Tao, Grand Palais, 2010, cat. 20.3). Ces comparaisons confirment que l’artiste a puisé dans un vocabulaire formel ancien, marqué par la monumentalité sobre, la frontalité stable et la géométrisation du drapé typiques des périodes Sui et Tang.

Cependant, si la pièce présente incontestablement des réminiscences stylistiques de ces périodes anciennes, son exécution elle-même renvoie à une époque plus tardive. À l’examen de la sculpture, plusieurs éléments invitent à privilégier une datation Ming (1368–1644). Le modelé, massif et compact, diffère des œuvres Tang, généralement plus souples dans le drapé. Le visage allongé, aux formes schématisées, les pans de vêtement tombant en larges segments réguliers, ainsi que la frontalité très appuyée, évoquent davantage les productions religieuses Ming, qui tendent à reprendre des types iconographiques anciens en les simplifiant. La patine sombre et homogène, de même que la rigidité légèrement accentuée de la silhouette, s’accordent avec les bronzes religieux réalisés à cette période. 

La présente statue figure une divinité taoïste assise en méditation, les mains l’une sur l’autre et reposant au creux des jambes. La divinité ici représentée n’est pas identifiable mais sa posture hiératique, son attitude recueillie et la position de ses mains (dhyanamudrā), traditionnellement associée à la méditation dans le bouddhisme, sont des éléments significatifs qui témoignent des échanges continus entre ces deux traditions religieuses en Chine. L’implantation du bouddhisme Mahāyāna en Chine, à partir du Ier siècle, exerce une influence profonde sur le taoïsme : ses maîtres et penseurs empruntent des concepts tels que la transmigration des âmes ou la notion de karma, et adoptent une manière narrative et doctrinale qui se rapproche des écritures bouddhiques. Cette influence se manifeste également dans l’art, où les artistes s’inspirent fréquemment des codes visuels du bouddhisme Mahāyāna, notamment dans la représentation de divinités assises, vêtues de robes fluides et adoptant des attitudes de sérénité comparable à celles des bouddhas et bodhisattvas, à l’image de la posture méditative observée ici.

Le taoïsme, l’un des deux grands systèmes de pensée ayant façonné la culture chinoise, s’est constitué progressivement entre le VIIIᵉ siècle et le Iᵉʳ siècle av. J.-C. Les notions qui allaient former la doctrine de la « Voie » (dàojiào道教) s’agrègent autour de préoccupations centrées sur l’individu, sa vie spirituelle et son harmonie profonde avec la nature et le cosmos. Ses fondements philosophiques se trouvent dans deux textes majeurs : le Lǎo zi (Dàodéjīng 道德经), recueil de 81 aphorismes attribués au sage Laozi, qui expose les principes du non-agir (wúwéi 无为), et le Zhuāngzǐ (莊子), œuvre poétique et métaphysique prônant une fusion de l’être humain avec les rythmes et mouvements du Dào. À la fin du IIᵉ siècle, le taoïsme prend une forme religieuse instituée avec l’apparition de la « Voie des Maîtres Célestes » (Tiānshī dào 天師道), qui met en place un clergé organisé, un calendrier rituel et des ensembles de pratiques articulant médecine, alchimie, méditation et cultes aux immortels.

Cette statue témoigne de la persistance des formes dans l’art chinois et de leur réinterprétation au fil des siècles. Elle illustre également la capacité du taoïsme, tout au long de son histoire, à intégrer des influences extérieures tout en conservant une identité doctrinale et spirituelle profondément ancrée dans la recherche d’harmonie avec la Voie.