













Prosper d'ÉPINAY (1836-1914)
Marie de Rolla, dite Marion
Marie de Rolla, dite Marion
Figure en marbre blanc légèrement moucheté, sculpté.
Signé, daté et localisé : “d'Epinay, Roma, 1880”
Hauteur : 42 cm - Largeur : 83 cm - Profondeur : 25 cm
(Petits accidents visibles au pied et à la main)
– Patricia Roux-Foujols, Prosper d'Épinay, un sculpteur mauricien à la cour des princes, L'Amicale Ile Maurice France, 1996. Pages 100 et 101.
Pauvreté ! Pauvreté ! c’est toi la courtisane.
C’est toi qui dans ce lit a poussé cet enfant
Que la Grèce eût jeté sur l’autel de Diane !
Regarde, — elle a prié ce soir en s’endormant…
– Rolla, Alfred de Musset, 1833.
Notre marbre, inédit à ce jour, daté de 1880 et localisé à Rome, se rattache à un groupe de trois œuvres très proches recensées par Patricia Roux-Foujols (voir bibliographie), toutes consacrées à la représentation de Marie, dite Marion, de Rolla.
Ces sculptures renvoient au personnage de Marie (Marion de son nom de courtisane) du poème Rolla d’Alfred de Musset paru en 1833. Ce poème raconte le destin tragique de Jacques Rolla, bourgeois de son temps, allant de vice en vice et qui, après avoir gaspillé l’héritage familial, passe une nuit avec une jeune courtisane de quinze ans qui, elle, fut contrainte d’embrasser cette vie pour fuir la pauvreté. Dans un élan de compassion qui devait révéler toute la noblesse de son cœur, Marion se proposa de lui offrir son collier d’or afin d'aider Rolla à sortir de sa misère... L’œuvre d'Alfred de Musset se conclut sur le suicide de Rolla, dans la contemplation de cette beauté de Marion, au si bon cœur.
Cette ambiguïté, entre prostitution et innocence, est au cœur du texte de Musset et trouve un écho particulièrement juste dans le traitement sculptural de Prosper d’Épinay, à travers les yeux clos, les cheveux dénoués et la douceur recueillie des formes.
La posture de la figure semble s’inspirer directement du célèbre Hermaphrodite antique, attribué à Polyclès. Le modèle le plus célèbre, issu de la collection Borghèse et aujourd’hui conservé au musée du Louvre, était aisément accessible à l’artiste. La redécouverte, en 1880, d’un autre exemplaire romain, aujourd’hui conservé au Museo Nazionale Romano, coïncide d’ailleurs avec la période d’élaboration de ces œuvres. Cette convergence est d’autant plus significative que notre marbre est localisé à Rome, où d’Épinay dirigea son atelier de la via Sistina de 1864 à 1912.
Le groupe d’œuvres auquel notre marbre peut être rattaché trouve ainsi son origine créatrice au début des années 1880 :
– Une première version en terre cuite, plus petite mais correspondant exactement à notre modèle, en reprend toutes les singularités : la peau de lion sur laquelle repose la figure et ce petit tambourin contre lequel elle s’affaisse. Non datée, elle pourrait être légèrement antérieure, ou contemporaine, à notre marbre, dans la mesure où Prosper d’Épinay procédait le plus souvent du modèle en terre cuite vers l’exécution en marbre. Elle fut vendue à l’hôtel Drouot les 7 et 8 avril 1893 (lot 38), puis reparut en vente chez Sotheby’s le 23 novembre 2010 (lot 81, vendu 46 850 GBP).
– Un modèle en plâtre est également signalé : conservé dans l’atelier de l’artiste jusqu’en 1912, puis dans la collection du duc de Gallese, il fut vendu à un antiquaire en 1991 et demeure aujourd’hui non localisé.
– Enfin, une version en marbre fut présentée au Salon de 1884 sous le numéro 3491 ; elle passa ensuite en vente chez Christie’s à New York le 11 février 1997 (lot 57, vendu 134 500 USD). Ce marbre diffère toutefois légèrement de notre exemplaire : les accessoires les plus suggestifs y disparaissent au profit d’un décor plus classique. Un véritable lit et une natte tressée remplacent alors la peau de lion et les sensuels cheveux défaits. La figure n’est plus abandonnée sur un support allusif, mais installée dans un espace domestiqué, plus sage, qui atténue la charge sensuelle comme l’ambiguïté des premières versions.
Le marbre que nous présentons apparaît ainsi comme l’un des premiers états connus de ce thème de la Marion de Rolla. Par sa conception, il se distingue nettement des versions plus tardives, où le dispositif est recomposé dans un cadre plus conforme aux attentes du Salon. Il conserve une audace première dans le traitement du corps et de sa mise en scène, tandis que l’emploi du marbre vient consacrer la figure sensuelle dans une forme d’achèvement inédite à ce jour.
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