


GEORGES ROUAULT (1871-1958)
Autoportrait (esquisse), 1920-1921
Les prix s'entendent commission et taxes comprises.
Autoportrait (esquisse), 1920-1921
Huile délayée à l’essence sur papier marouflé sur toile
Non signée
Timbre ‘Atelier de/Georges Rouault’ [non Lugt] et annotée ‘Isabelle Rouault’ au dos
48 x 31 cm - 18 7/8 x 12 1/4 in.
Oil on paper laid on canvas, unsigned, stamped with the ‘Atelier de/Georges Rouault’ mark and inscribed ‘Isabelle Rouault’ on the reverse
Famille de l’artiste, France
- Christine Gouzi et Anne-Marie Agulhon [avec la collaboration de], Georges Rouault, Soliloques d’un peintre, Écrits, 1896-1958, Strasbourg : L'Atelier contemporain, François-Marie Deyrolle éditeur, 2022, reproduit en couverture
- Bernard Dorival [texte de] et Isabelle Rouault [catalogue établi par], Rouault, L’œuvre peint, Tome II, Monaco : André Sauret, 1988, décrit et reproduit sous la référence 2538, p. 294
- Self-Portraits, Paris, Galerie Skarstedt, 13 février-29 mars 2025, n° inconnu
- Painters of Passion, Adventures in Color by Kandinsky, Rouault, and Their Contemporaries, Tokyo, Panasonic Shiodome Museum of Art, 17 octobre–20 décembre 2017, n° 76
- Georges Rouault and the Expressionists, Painters of Passion, Miyagi, The Miyagi Museum of Art, 12 août–9 octobre 2017, n° inconnu
- Alexej von Jawlensky/Georges Rouault. Sehen mit Geschlossenen Augen, Halle (Saale), Kunstmuseum Moritzburg, 19 mars-25 juin 2017, cat. 57
- Georges Rouault, Lyon, Musée d’art religieux de Fourvière, 2 octobre 2013-5 janvier 2014, n° inconnu
- Georges Rouault. Cirque forain, Tokyo, Panasonic Shiodome Museum-Rouault, 6 octobre-16 décembre 2012, n°18
- Georges Rouault, Zaragoza, Ibercaja, Patio de la Infanta, 13 janvier-20 avril 2011, n° inconnu
- Georges Rouault, Genève, Interart Galerie, 30 avril-2 juillet 2010, n° inconnu
- Georges Rouault. Paysages, Troyes, Musée d’art moderne de Troyes, 7 novembre 2009-7 février 2010, n° inconnu
- Georges Rouault. Paysages, Saint-Tropez, L’Annonciade, musée de Saint-Tropez, 4 juillet-12 octobre 2009, n° inconnu
- Mystic Masque. Semblance and Reality in Georges Rouault, Boston, McMullen Museum of Art, Boston College, 30 août-7 décembre 2008, cat. n°21
- Georges Rouault, Paris ; Tokyo ; Osaka, Galerie Taménaga, 15 novembre 2007-18 mai 2008, n°18
- Georges Rouault. Forme, couleur, harmonie, Strasbourg, Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, 10 novembre 2006-18 mars 2007, cat. n°39
- Henri Matisse / Georges Rouault, Correspondances 1906–1953, Paris, Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 27 octobre 2006-17 février 2007, n° inconnu
- Rouault. The painter who kept his spiritual liberty, Daejeon, Museum of Art, 4 mai-27 août 2006, n° inconnu
- Georges Rouault et le cirque, Chambéry, Musée des Beaux-Arts de Chambéry, 26 novembre 2004-28 février 2005, n°1
- Rouault. Première Période 1903-1920, Paris, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, 27 février–4 mai 1992, n° inconnu
- Georges Rouault, München, Haus der Kunst ; Manchester, City Art Galleries, 23 mars-28 juillet 1974, n°54
- Rouault, Londres, The Tate Gallery, 8 octobre-13 novembre 1966, n°53
- Edinburgh International Festival 1966. Rouault, Edimbourg, The Royal Scottish Academy, 20 août-18 septembre 1966, n°53
- Georges Rouault, Frankfurt, Frankfurter Kunstverein, Adolf und Luisa Haeuser-Stiftung, 12 février-27 mars 1966, n°54
- Georges Rouault, Colmar, Musée Unterlinden, juillet-septembre 1965, cat. 29
- Rouault, Québec, Musée du Québec ; Montréal, Musée d’Art Contemporain de Montréal, 28 janvier-2 mai 1965, n°30
- Georges Rouault, Dieppe, Musée de Dieppe, 22 mai-16 septembre 1963, cat. n°25
- Georges Rouault, Bâle, Galerie Beyeler, janvier-juin 1962, n°1
- Hommage à Rouault, Gand, Musée des Beaux-Arts, 23 septembre-5 novembre 1961, n°16
- Georges Rouault, Paris, Galerie Creuzevault, 3 juin-15 juillet 1960, n° inconnu
Les autoportraits occupent une place singulière dans l’œuvre de Georges Rouault. Concentrés principalement autour des années 1895-1901, puis repris ponctuellement dans les décennies suivantes, ils constituent moins un exercice d’observation qu’un véritable champ d’expérimentation intérieure. Ces œuvres forment un ensemble cohérent au sein des premières années de l’artiste, révélant déjà cette tension expressive qui traversera toute son œuvre.
Rouault ne cherche jamais la ressemblance fidèle ni l’affirmation mondaine du peintre face à lui-même. Ses autoportraits apparaissent au contraire comme des figures méditatives, parfois sévères, souvent traversées d’inquiétude. Les traits sont simplifiés, les regards intensément fixés, les visages cernés de contours sombres qui annoncent déjà l’esthétique des juges, des clowns et des figures sacrées de la maturité.
Cette dimension introspective rapproche plusieurs de ses autoportraits de ses représentations de clowns ou de saltimbanques, au point que certaines œuvres - telle la Tête de clown (Autoportrait ?)conservée au musée Pouchkine - entretiennent volontairement une ambiguïté entre personnage et image de soi. Chez Rouault, l’autoportrait devient ainsi moins la représentation d’un individu qu’une réflexion sur la condition humaine, la solitude et la fragilité intérieure.
Même dans les reprises tardives des années 1920-1930, exécutées à partir de dessins plus anciens, l’artiste conserve cette intensité spirituelle et ce face-à-face silencieux avec lui-même. Les autoportraits apparaissent dès lors comme un fil discret mais essentiel de l’œuvre de Rouault, où se forgent très tôt les grands thèmes moraux et existentiels qui marqueront toute sa peinture.
Dans notre autoportrait et l’Apprenti-ouvrier (AM 3170 P) conservé au Centre Pompidou, séparés de quelques années, Georges Rouault livre deux visions profondément différentes de lui-même, tout en conservant la même intensité introspective qui traverse toute son œuvre. L’Autoportrait (esquisse) des années 1920 procède encore d’une matière fluide et vibrante : le visage émerge de l’ombre par larges touches diluées, presque expressionnistes, dans une lumière instable qui semble traduire l’urgence du regard intérieur. À l’inverse, l’autoportrait de Beaubourg impose une frontalité hiératique et méditative. Le modelé s’y durcit, les contours s’affirment, et le célèbre bonnet blanc - presque une auréole - transforme l’artiste en figure humble et sacrée à la fois.
Là où l’esquisse révèle encore la fragilité psychologique du peintre, L’Apprenti-ouvrier affirme une véritable profession de foi artistique et sociale : Rouault s’y représente non comme un maître, mais comme un artisan, fidèle à ses origines populaires et à sa conception spirituelle de la peinture.
Cette tension entre humanité souffrante et monumentalité intérieure fait de ces deux œuvres un dialogue rare et particulièrement émouvant dans le corpus des autoportraits de Rouault.
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« Teint pâle, œil clair toujours en éveil, mais au regard plutôt intérieur que fixé sur l'objet, bouche violente, front bombé, vaste crâne garni jadis d'une abondante chevelure blonde (et qui ne la regrette point) ; il y a quelque chose d'un clown lunaire, - surprenant mélange de pitié et d'amertume, de malice et de candeur, - dans la physionomie de ce peintre ennemi des coteries et des conventions, et généralement de toutes les mœurs contemporaines, et que la gloire est en train de tirer de sa cave, car il est né dans une cave, en 1871, pendant le bombardement de Paris. »
Jacques Maritain, 1924
Georges Rouault (1871-1958), L'apprenti ouvrier, 1925, huile sur papier marouflé sur toile, non signée, 67 x 54 cm, Paris, Musée national d'art moderne, AM 3170 P
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