

MAGRITTE René (1898-1967).
L.A.S. « RM », [mi-décembre 1963], à André BOSMANS ; 1 page in-4.
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L.A.S. « RM », [mi-décembre 1963], à André BOSMANS ; 1 page in-4.
Belle lettre sur sa peinture, le mystère et l’art. Il adresse à son ami Bosmans des notes qui pourraient servir pour la monographie projetée... « – Le sentiment du mystère (le mystère sans lequel aucun monde ni aucune pensée ne seraient possible) nous saisit. Il n’est pas à “saisir” comme quelque chose que l’on pourrait étudier plus ou moins tranquillement. – Les images peintes qui évoquent le mystère ressemblent au monde – non compris comme “spectacle”. Un “spectateur” se croit “hors du monde” comme le rêveur qui sait qu’il rêve se croit hors du rêve. – Il n’est pas possible d’être saisi par le sentiment du mystère si l’on rêve ou si l’on sait que l’on rêve. L’évocation du mystère arrête le mouvement habituel de la pensée qui imagine des interrogations susceptibles de réponses plus ou moins satisfaisantes. – Le mystère n’implique aucun sens correspondant à de l’optimisme, ni aucun non-sens 41906
lié à du pessimisme. (Il n’est pas un sens ni un non-sens, puisque sens et non-sens sont définissables). – Les images peintes qui évoquent le mystère affirment la beauté de ce qui n’est ni sens ni non-sens. Cette beauté se distingue de la beauté de la sagesse et de la raison. Elle est au-delà de la diversité mêlée de bien et de mal sans que cette diversité en soit niée au profit d’une harmonie totale : cette beauté accuse au contraire les contrastes. La lumière et l’ombre n’appartiennent plus à un monde systématisé, régi par des lois abstraites, elles sont unies dans un monde qui évoque le mystère et qui interdit à la pensée de se satisfaire des interrogations que l’on pourrait poser et des réponses que l’on pourrait leur trouver. – L’évocation du mystère n’est pas à confondre avec un “moyen” d’arriver à une fin telle que, par exemple, “ce point où cessent les contradictions” donné par André BRETON comme étant le but suprême à atteindre. Elle ne fait renoncer à rien de contradictoire et doit être distinguée d’une forme d’apaisement esthétique. La beauté du mystère ne s’accorde pas à un optimisme relatif ni à un pessimisme tempéré – qui se valent d’ailleurs –, ni à de l’hésitation intellectuelle. Cette beauté restitue à la lumière et à l’ombre ce qu’elles ont de violemment contradictoire (qui disparaît de la pensée qui rêve ou qui sait qu’elle rêve). Les systèmes vivent dans le monde des rêves. Le mystère, par définition, est réfractaire aux exigences de tout système. Il est accompli et ne peut qu’être évoqué par l’accomplissement de l’acte essentiel de la pensée : celui de ressembler au monde et à son mystère »...
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