FRANCIS PICABIA (1879-1953)

Lot 10
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150 000 - 200 000 €

FRANCIS PICABIA (1879-1953)

Transparence, 1923-1932/33
Gouache, aquarelle et encre sur papier, signée en bas à droite
103 x 75 cm

Le certificat rédigé par Olga Picabia sera remis à l'acquéreur

PROVENANCE
Collection Marie de Rohan-Chabot, princesse Lucien Murat, Paris
Transmis familialement

Ici les chimères se côtoient, se superposent. Ce sont des animaux fantastiques, imaginaires prennent tout le cadre de l'oeuvre pour ne laisser que le coin en bas à droite à une figure qui semble humaine bien qu'esquissée. Les chimères déjà superposées, s'opposent l'une à des traits enfantins et doux quand l'autre qui se cache dans l'ombre est bien plus inquiétante. La technique de la transparence sert donc ici la représentation du fantasme, du rêve ou du cauchemar.
Ces transparences sont pour lui l'occasion de renouer avec une quête de la perfection esthétique, après une longue période de rupture stylistique et de rejet de toute forme d'expression artistique figurative.

"Ces transparences avec leur coin d’oubliettes me permettent de m’exprimer à la ressemblance de mes volontés intérieures"
Francis Picabia

En février 1928, Picabia prend part à l'exposi­tion inaugurale de la Galerie Fabre à Cannes. Aux côtés d'aquarelles espagnoles, connues et prisées du public, apparaît le prototype des transparences à venir, Caraïbe et Papillon. Alors que le délaissement de la critique et des faveurs du public le menace, c'est cette seule oeuvre que La Révolution surréaliste daignera reproduire dans son édition du mois suivant.
L'artiste travaille à ce qui est appelé ses trans­parences depuis l'année 1927. Il s'agit d'une innovation plastique et esthétique person­nelle. D'un point de vue technique, Picabia superpose plusieurs plans en utilisant du papier transparent ou du papier cellophane. Il mélange les techniques de façon très moderne pour créer des effets nouveaux. Il utilise autant des lavis d'aquarelle, que du pastel ou de la gouache et souligne les silhouettes d'un noir profond grâce à l'encre de Chine.
Cette recherche plastique est motivée par l'envie du peintre d'offrir au spectateur une impression de pluri-dimensions sans utiliser de perspective, il l'explique lui-même: «Mon esthétique actuelle provient de l'ennui que me cause le spectacle de tableaux qui m'appa­raissent comme congelés en surface immobile, loin des choses humaines. Cette troisième dimension, non faite de lumière et d'ombre, ces transparences avec leur coin d'oubliettes me permettent de m'exprimer à la ressem­blance de mes volontés intérieures. Lorsque je pose la première pierre, elle se trouve sous mon tableau et mon dessin». Il s'agit donc d'une rupture volontaire avec l'art classique. Pourtant Picabia continue de se nourrir des grands maîtres du passé, particulièrement de la Renaissance italien comme Pierro della Francesca et surtout Botticelli, dont il s'inspire pour sa ligne.

Francis Picabia est un artiste d'avant-garde espagnol né à Paris en 1879. Très jeune, il commence le dessin et la peinture. En 1895, il entre à l'Ecole des Arts décoratifs où il rencontre George Braque et Marie Laurencin. En 1899, il fait ses débuts au Salon des Artistes français. Picabia s'intéresse et participe à tous les courants artistiques de son époque. D'abord influencé par Sisley et Pissarro, il débute par le courant impressionniste. Il est alors salué par la critique et son oeuvre remporte un franc succès. Dans l'année 1909, son oeuvre connaît un tournant, il expérimente l'abstraction. Ses mécènes et galeries ne le suivent pas dans cette nouvelle phase. Il continue cependant à exposer dans divers Salons.
Comme le dit Marc le bot (historien de l'art) dans sa thèse consacrée à Picabia: «Picabia a lancé pendant les années qui précèdent immédiatement la guerre de 1914, plus d'idées neuves qu'aucun autre artiste d'avant-garde. Il aurait été cubiste comme Braque et Picasso, orphique comme Delaunay et il aurait de surplus inventé l'art abstrait, sans jamais consentir à exploiter systématiquement aucune de ces formules.»

1 1 Marc Le Bot. Francis Picabia et la crise des valeurs figuratives: 1900-1925. Ed. Klincksieck. Paris 1968.
1 Marc Le Bot. Francis Picabia et la crise des valeurs figuratives: 1900-1925. Published by Klincksieck. Paris 1968.

 
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