


HENRI LEBASQUE (1865-1937)
Nu à la coupe de fruits, vers 1925-1926
Nu à la coupe de fruits, vers 1925-1926
Huile sur toile
Signée en bas à droite
46 x 55 cm - 18 1/8 x 21 5/8 in.
La copie d'un certificat de Monsieur Philippe Cézanne, en date du 5 mars 1985, sera remise à l'acquéreur.
Oil on canvas, signed lower right
Collection particulière, France (acquis en 1985 par le père de l'actuel propriétaire puis par descendance)
« La façon de peindre d'un artiste sensible comme Lebasque se modifie suivant les conditions de l'atmosphère où il se trouve. Rapide et heurtée pour traduire les coups de jour violents du dehors, elle s'apaise et s'enveloppe au dedans. Nous allons trouver encore ici les coulées de pâte généreuses de sa dernière manière, celle de Sainte-Maxime et des Andelys, par exemple ; mais il s'applique à faire glisser la lumière plus doucement sur ces carnations fraîches, sur ces fleurs nouvelles étalées devant lui, dont le velouté, l'aspect nacré et les blondeurs laiteuses l'enchantent et renouvellent sa palette. Robuste à l'occasion et sincère toujours, il sait faire éclater une tache vive, faire chanter les tons purs, comme il sait modeler des formes vraies, sans mièvrerie, ni fadeur.
On sent circuler autour de ses modèles l'air qui baigne les intérieurs lumineux de la côte méditerranéenne, la lumière qui pénètre par les persiennes closes ou les fenêtres grandes ouvertes sur des verdures puissantes ou des horizons harmonieux ; on sent aussi la vérité des formes qui restent individuelles, tantôt épanouies dans une nature blonde et plantureuse que Rubens eût aimée, tantôt plus fines et plus nerveuses, comme dans cette grande figure allongée sur une peau de léopard qui est un des derniers morceaux et des plus importants de la série, ou dans cette autre accroupie, la tête sur les genoux, dans une arabesque imprévue, devant un canapé rose. Voici encore la même jeune femme sortant du bain, drapée dans son peignoir orange à dessins noirs qui s'ouvre complaisamment, tandis qu'une autre silhouette féminine s'éloigne par une porte ouverte à côté, vêtue d'une légère robe bleue qui fait valoir ses carnations blondes. C'est celle-là, sans doute, qui, tout à l'heure, était couchée plus mollement sur le divan, à demi dévêtue, ou qui, complètement nue, reposait les bras croisés au-dessus de la tête, sous la caresse des rayons lumineux pénétrant par la baie de la fenêtre ouverte, ou qui encore, grimpée à genoux sur le fauteuil, regardant par la fenêtre les collines lointaines, offrait vers l'intérieur l'abondant spectacle d'une croupe généreuse.
Nous sommes aussi loin que possible, avec cette très libre et lumineuse série, des nudités académiques figées par le souvenir du modèle gréco-romain ou par l'étude sèche, linéaire et sans âme du modèle d'atelier. La sensibilité de Lebasque s'y épanouit en toute liberté ; sa joie à peindre les clartés resplendissantes de la nature s'y retrouve ; il n'a pas été touché par l'amertume et l'espèce de désenchantement qui se dégagent de trop de tableaux de nus contemporains, où l'auteur, à force de poursuivre dans la forme et la couleur une vérité implacable, verse dans un bas et trivial matérialisme. On songe, devant ses nus épanouis, aux poèmes charnels éblouissants d'un Rubens, dont il n'atteint pas la puissance, sans doute, mais dont il évite l'exagération plantureuse et monotone ; on songe aussi aux visions délicates de nos peintres français du XVIIIe siècle, qui aimèrent singulièrement ces fraîcheurs nacrées, mais versèrent souvent, Boucher surtout, dans les formules d'une sorte d'académisme galant. C'est la nature vraie et simple qui s'étale ici sans réserve, mais sans impudeur, sans grivoiserie ni sous-entendu ; et, c'est la maîtrise d'un coloriste né qui s'affirme en pleine liberté, sans système et sans formule, avec un souci d'harmonies et d'accords chantants particulièrement savoureux. »
Paul Vitry, Henri Lebasque, Paris : Georges Petit et Henri Floury, 1928, pp. 174-184
- Henri Lebasque (1865-1937), Nu à la coupe de fruits, huile sur toile, signée en bas à gauche, 65 x 100 cm, in. Vente, Impressionist & Nineteenth Century Art, Christie's, New York, 13 mai 1999, lot 176
- Henri Lebasque (1865-1937), Nature morte aux grenades, huile sur toile, signée en bas à gauche, 42 x 55 cm, in. Vente, Tableaux modernes & arts décoratifs du XXe siècle, Audap & associés, Paris, Hôtel Drouot, 26 juin 2025, lot 11
Cette œuvre s'inscrit dans une série de nus, peinte vers 1925-1926, qui met en scène Alice Prin (1901-1953), dite “Kiki” ou “Kiki de Montparnasse”. Denise Bazetoux dit à leur sujet que ces nus “n'ont rien de modèles d'atelier”. Pour obtenir ce résultat, elle indique que le peintre “observe ses modèles évoluant librement devant lui, puis choisit l'attitude ou le mouvement qui lui plaît afin d'en réaliser une ou plusieurs esquisses, puis enfin le tableau abouti. […] La blonde Marinette, modèle qu'il partage avec Bonnard, son voisin de Cannet, et Kiki, la brune, seront ainsi maintes fois représentées, évoluant ou se reposant dans des intérieurs baignés de soleil, sur une terrasse, dont une fenêtre ouverte, derrière des volets clos, sur la plage…"
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