



Vue présumée d'un lac en Écosse
Aquarelle et crayon noir
Signé en bas à gauche G Doré
35,5 x 52 cm - 14 x 20 1/2 in.
Collection particulière, France.
« La personne qui sera chargée de reconstituer ma biographie peut d'ores et déjà noter que ce sont ces paysages qui suscitèrent en moi les premières impressions vivantes et durables, et qui déterminèrent donc mes goûts en matière d'art. »
Gustave Doré
Né en 1832, Louis-Auguste-Gustave Doré est le fils d'un ingénieur des Mines alors en poste à Strasbourg. Dès les premières années de sa vie, le jeune garçon montre des talents précoces de dessinateur, l'exprimant dans les marges de ses cahiers d'écolier et ses lettres. C'est avec ses yeux d'enfant qu'il observe pour la première fois les paysages d'Alsace dont il reconnaît l'influence lui-même, comme il l'écrit dans son journal : « La personne qui sera chargée de reconstituer ma biographie peut d'ores et déjà noter que ce sont ces paysages qui suscitèrent en moi les premières impressions vivantes et durables, et qui déterminèrent donc mes goûts en matière d'art. ». Privilège de la jeunesse, la fraîcheur et l'innocence de son regard furent le point de départ de son appétence pour le genre. En 1857, il tente même de se faire remarquer comme peintre de paysages en présentant au Salon huit toiles parmi lesquelles Un torrent, souvenir des Alpes, L'Orage, Souvenir des Vosges et Vue prise en Alsace.
Au fil de sa vie, Gustave voyage et nourrit son répertoire de formes, dessinant d'après nature avant de redisposer ses souvenirs au sein de son atelier. S'il garde une tendresse particulière pour les Vosges, il développe une véritable passion pour les Alpes tout comme pour l'Écosse qu'il explore en 1873. Parmi ces lieux si différents mais qui partagent ensemble l'immensité de leur horizon, la présence pléthorique de montagnes, lacs et forêts, il serait tentant d'y voir un fjord écossais et la crête sombre des forêts vosgiennes. Comme l'écrit Philippe Kaenel, Doré est un « paysagiste protéiforme (…) On trouve dans son œuvre des paysages satiriques, excentriques ou télescopiques, préhistoriques, bibliques, historiques ou cosmiques, féeriques, idylliques ou fantastiques, infernaux et célestes, sylvestres et alpestres, maritimes et sous-marins, urbains et ruraux, topographiques, touristiques ou imaginaires… ». Issus de cet art aux visages multiples, ces deux vues sont des invitations à la rêverie, au vagabonddage de l'esprit, ce que renforce l'aspect évanescent de l'aquarelle. Influencé par Alexandre Calame (1810-1864), il lui emprunte la vastitude de l'espace, la vocation contemplative, reléguant au second plan toute velléité topographique que pourraient avoir ces paysages un brin naturalistes.
Plus connu comme illustrateur et caricaturiste, ces aquarelles rappellent pourtant son « goût immodéré pour les montagnes et les paysages montagneux | goût qui ne s'est jamais démenti jusqu'à aujourd'hui ». Disant cela, Doré évoque son éducation pittoresque, berceau de son intérêt pour le genre et qui n'est pas sans rappeler une certaine définition du terme. Dans l'un de ses essais en 1792, William Gilpin (1724-1804) décrivait le pittoresque, précisant à propos des montagnes qu'elles devaient être placées au second plan « où leur immensité réduite par l'éloignement, peut être saisie par la vue, et où leurs traits monstrueux prennent une douceur qui ne leur appartient pas ». Entre creux des montagnes et crêtes à l'horizon, ces deux vues attestent que Gustave Doré retient et applique cet enseignement au siècle suivant.
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