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RARE SAINTE VIERGE À L'ENFANT

Vendu : 158 600

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RARE SAINTE VIERGE À L'ENFANT
EN MAJESTÉ « SEDES SAPIENTIAE »
en bois de noyer sculpté. Le dos creusé (fermé par une plaque
de bois). Notre Dame se tient assise, hiératique en majesté sur
un trône, les bras ouverts présentant son Divin Fils enfant assis
(amovible) revêtu d'une toge et présentant de sa main gauche
le livre ouvert des Saintes Ecritures. Sa main droite qui devait
bénir est manquante.
France, Auvergne, fin du XIe siècle, début du XIIe siècle.
Hauteur : 77,5 cm - Largeur : 36 cm - Profondeur : 17,5 cm
(traces de polychromie ancienne, accidents, manques visibles et
restaurations, nombreuses pointes de fer forgé, éléments rapportés)

PROVENANCE
- Réputée acquise en Auvergne vers 1930 par Madame Marais
[courrier de François Bigot en date du 18 janvier 1998].
- Acquise auprès des héritiers Marais par Madame Gabrielle
Laroche par l'intermédiaire de François Bigot.
- Acquise auprès de la précédente par Joseph Pell Lombardi
[facture en date du 8 décembre 1998]
- Collection particulière Joseph Pell Lombardi pour la chapelle de
son château du Sailhant (Cantal)

BIBLIOGRAPHIE
« La science au secours de l'expert : une sculpture bien authentique
», article de François Bigot publié dans l'ouvrage Vrai ou Faux,
l'expertise des Objets d'Art par l'Union Française des Experts,
Faton (1994). Pages 48 à 51 (reproduite).

On y joint le compte-rendu détaillé de l'examen tomographique
effectué par le laboratoire de Gilles Perrault en 1991 qui met en
évidence le fait que la tête de la Vierge a été sculptée en même
temps que le corps, dans la même masse de bois puis sciée
horizontalement. Une pièce moderne a ensuite été rajoutée pour
rallonger le cou, ainsi qu'une pièce placée devant le cou masquant
une fissure importante dans le bois d'origine en façade. L'analyse
prouve aussi que l'Enfant Jésus est bien originel et a été également
taillé dans la même essence et à la même époque que la Vierge
quoique dans une masse indépendante et fixé dans un second
temps. (Deux points de fixation anciens sont d'ailleurs rebouchés
sur le ventre de la Vierge).

Notre rarissime sculpture s'inscrit dans le corpus archétypal
des Sedes Sapientiae (« Trône de la Sagesse ») emblématique
de l’iconographie romane.
La profusion de ce type de sculpture en particulier en Auvergne
s'explique par l'origine auvergnate de son iconographie. C'est en
effet la vision de l'abbé Robert de Mozac au Xe siècle, rapportée
dans le Codex Claromontanus (ms. 145 de la Bibliothèque
du Patrimoine de Clermont-Ferrand) qui est à l'origine de ces
images pieuses.

Par ce long récit du diacre Arnaud à la fin du Xe siècle, nous
apprenons que l'abbé de Mozac près de Riom, reçut une
apparition de la Sainte Vierge Marie dans une lumière céleste,
trônant en majesté, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras assis
sur le giron de sa mère. Notre Dame s’adressa à Robert et lui
commanda à la fois la cathédrale et son image.
C'est ainsi que l'évêque de Clermont, Etienne II, fit concevoir
(surement sous la direction de Robert) la première Sedes
Sapientae : un trésor prototypique d'or et de pierreries qui fut
détruit par la Révolution.

La trace de cette oeuvre originelle est heureusement visible grâce
au dessin en marge à la plume du « Codex Claramontanus »
(Fig. 1). C'est cette première sculpture, conforme aux volontés
révélées mystiquement à Robert de Mozac, qui fut à l'origine
de toutes les Sedes Sapientiae du genre dans laquelle notre
exemplaire s'inscrit parfaitement.

Le titre même de Sedes Sapientiae (« Trône de la Sagesse »)
pour désigner cette typologie d'oeuvre mystiquement révélée
emprunte directement un vocable marial. Ce titre désigne
ainsi littéralement la Sainte Vierge Marie se faisant elle même,
en toute sa personne, le trône de son Divin Fils dont elle est à
la fois mystiquement la Fille, l'Epouse et la Mère.
Notre Sedes Sapientiae est remarquable par sa coiffe presque
carolingienne qui présume d'une datation plus ancienne qu'à
l'ordinaire. Elle est plus particulièrement à mettre en rapport
avec la Vierge en majesté dite de Limay (Fig. 2) actuellement
conservée à la cathédrale Saint-Louis de Versailles [Référence
Mérimée : PM78000261] qui est elle aussi probablement originaire
d'Auvergne. Les Vierges d'Orcival (Fig. 3) et de Saint-Gervazy
(Fig. 4) étant aussi de bons comparatifs répertoriés.

Destinées à la dévotion dans les églises paroissiales ces sculptures
affirment la présence de la Sainte Vierge Marie comme
l'interlocutrice privilégiée des âmes qui veulent connaître, aimer
et servir son Divin Fils.