71

MELA MUTER (1876-1967)

Vendu : 35 100

Les frais s'entendent commission et taxes comprises.

Retour à la vente
MELA MUTER (1876-1967)
Pot de fleurs et journal
Huile sur toile
Signée en bas à droite
(Petites restaurations)
Oil on canvas, signed lower right
65 x 54 cm - 25 5/8 x 21 1/4 in.

Provenance
Collection particulière, France

Oeuvre en rapport
Mela Muter (1876-1967), Géranium, vers 1920, huile sur panneau, signée en haut à gauche, 60,5 x 50,5 cm, anciennes collections Oscar Ghez (Genève, Petit Palais) et Wojciech Fibak (achat en 1987), collection particulière, in. Ventes, École de Paris et 19th Century and Modern Art, Desa Unicum, Varsovie, 14 mai 2019, lot 20, et 15 mars 2018, lot 55

« Il faut être peu bavard en art, ne pas raconter tous les détails, ne donner que les choses essentielles. »
Mela Muter

« Avec Mela Muter, chaque portrait devient un drame intérieur qui s'avoue, une détresse qui vous empoigne, avec une prédilection pour le thème des maternités où s'exprime toute sa tendresse. Ses portraits sont chargés d'une intensité dramatique rendue par une construction forte, un réalisme fouillé qui atteint la crudité et une touche baroque qui rend la peinture palpitante.
Ses paysages sont d'une poésie âpre, Mela Muter s'en empare, s'y introduit et se traduit par eux. Ses natures mortes présentent le même tempérament frémissant où affleure toute son inquiétude slave :
"Concarneau paisible, loin de l'angoisse parisienne, comme hors du danger mais mon cœur était lourd. Je sentais ce danger dans chaque fibre de mon cœur. Je me suis enfermée dans le grenier vide de l'hôtel et j'ai eu recours, comme toujours dans les cas de tristesse mortelle, au seul remède qui pourrait me soulager. Je me suis mise à peindre, pas des figures, on n'avait ni le temps ni la patience pour servir de modèle. Les natures mortes - crustacés et poissons insensibles aux drames humains, à la folie des hommes - les remplacèrent. Une de ces natures mortes surtout fut très marquée par mon état psychique, elle était tragique avec les contorsions des anguilles noires, énormes, le rouge des carapaces, le blanc livide du papier." (Septembre 1914).
Son art est violent, proche des expressionnistes allemands, l'artiste a intégré le synthétisme de Gauguin et le lyrisme des couleurs des Fauves. C'est une peinture qui dérange par le choc qu'elle provoque, allant parfois jusqu'à la brutalité, tant sa hâte l'emporte.
Parlant de sa peinture, Mela Muter souligne :
"Il faut être peu bavard en art, ne pas raconter tous les détails, ne donner que les choses essentielles. La grande joie du spectateur est d'apporter sa part de collaboration dans la dégustation d'une œuvre d'art, il faut que devant cette sobriété il puisse compléter, par sa création à lui, la vision évoquée par l'artiste." Ainsi elle laisse nue et blanche la toile en certains endroits, zone où le souvenir reconstitue librement le ton.
Mela Muter exprime son propre tempérament tout en étant conditionnée par son temps et son passé | elle appartient aux peintres de Montparnasse, mais conserve ses racines. L'empreinte polonaise qui imprègne sa vision des choses ou des gens est toujours palpable, il y a un dénominateur commun qui sous-tend ses tableaux et participe à cette vibration particulière faite d'humanisme mélancolique, de déracinement, traduisant une vision tragique de la vie.
Il faut savoir que le déchirement spirituel qui est lisible dans ses œuvres est l'effet de son choix pour l'avant-garde artistique parisienne avec, pour conséquence, l'expatriation.
André Salmon écrivait ainsi dans Pologne Littéraire, du 15 décembre 1933 : "Mela Muter fut, au premier chef, l'une de ces fortes individualités et l'un des plus éminents révélateurs de l'art national. C'est par là seulement qu'elle est dépendante de l'École de Paris. Ce qu'elle doit à la France, c'est d'être devenue, en même temps qu'un des parfaits représentants de l'art vivant, un grand peintre polonais." »
Catherine Puget, « Mela Muter. La rage de peindre d'une femme », in. cat. expo. Mela Muter, Musée de Pont-Aven, 2 octobre 1993-2 janvier 1994, Pont-Aven : Musée de Pont-Aven, 1993, n.p.