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MARTHE ORANT (1874-1957)

Estimation500 - 700
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° MARTHE ORANT (1874-1957)
Bords de Loire en crue
Détrempe sur papier marouflé sur toile
Signée en bas à droite
Timbre 'Geneviève Meunier-Warmont/Atelier/Marthe Orant' au dos
Tempera on paper laid on canvas, signed lower right, stamped with the 'Geneviève Meunier-Warmont/Atelier/Marthe Orant' mark on the reverse
36,5 x 59,5 cm - 14 3/8 x 23 3/8 in.

Provenance
- Vente, Atelier Marthe Orant, Succession de Madame X... [Geneviève Meunier-Warmont], Me Bondu, Paris, Hôtel Drouot, 9 février 1990
- Collection particulière, France (acquis au cours de la vente précédente puis par descendance)

Note
Marthe Orant est une peintre française née à Poissy le 3 juin 1874. Si c'est au couvent que "comme toutes les jeunes filles de bonne famille sous la Belle Époque, elle apprend les rudiments de la peinture", ses dessins la restitueront durablement marquée par le fait qu'elle en sort pour retrouver un père devenu aveugle. Marthe Orant a ensuite pour maîtres Marcel Baschet, Maurice Bompard et Henri Royer, pour enfin se rapprocher des nabis et recevoir les conseils d'Édouard Vuillard et de Pierre Bonnard. Gérald Schurr, en évoquant "une peinture qui frémit d'une émotion vigilante sous l'apparence du bonheur, n'étant pas sans rappeler les fêtes poétiques de Bonnard dans la manière d'intégrer les formes à la composition", resitue pourtant celle-ci comme un répit heureux dans une existence quotidienne qui ne l'est pas, où on l'on voit Marthe Orant "toujours démunie devant les petits problèmes" : "la vie n'est que désordre" confie-t-elle elle-même de façon très récurrente dans sa correspondance. "Perpétuellement en quête de nouveaux moyens d'aborder et de transposer ses sujets de prédilection parisiens" - les jardins publics, les quartiers populaires, les rues animées n'en côtoient pas moins de nombreuses natures mortes et des bouquets de fleurs - son oeuvre, qui se trouve ainsi faite "des nuances les plus rares dans une mise en page parfois exubérante", qui est "un art d'intuition qu'elle ne cesse d'approfondir pour clarifier le langage des traits et des tons", n'en reflète pas moins "cette sensibilité d'écorché vif, cette instabilité, cette angoisse même qui forment le tissu d'une existence qui se terminera à Sainte-Anne". Étienne Sassi, pour sa part, évoque de même une vie sans joie - accablée de douleur par la mort de ses parents, ruinée financièrement par le placement de son héritage dans l'emprunt russe, d'une apparence physique semble-t-il sans grâce et qu'elle-même n'aime pas, bannissant toute photographie qui aurait permis que son visage nous soit connu - et ne manque pas de penser "à Van Gogh et à ses obsessions. Marthe Orant, elle, au coeur de l'horreur, crée dans le charme. Mais il faut se dire que cette merveilleuse impression de sérénité que reflète chaque tableau est née dans la plus terrifiante solitude et dans un drame constant et c'est là sans aucun doute l'origine de la puissance de choc qui nous étreint devant ces oeuvres, construites pour rétablir le plaisir de vivre. Elle a imaginé dans ses toiles les espaces où elle aurait pu vivre heureuse et qui l'attendent à jamais dans la lumière éclatante de ses rêves". Elle vécut au 103, rue de Vaugirard à Paris à partir de 1930. Elle meurt à l'hôpital Sainte-Anne à Paris le 27 août 1957.