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GAUGUIN Paul (1848-1903). L.A.S. « P. Gauguin », [Copenhague fin novembre-

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GAUGUIN Paul (1848-1903). L.A.S. « P. Gauguin », [Copenhague fin novembre-début décembre 1884], à Camille PISSARRO | 4 pages in-8. Belle et longue lettre de Gauguin sur son arrivée au Danemark et ses nouvelles peintures. Il a à peine fini son « qui a été fort difficile, vu que les propriétaires sont dans ce pays excessivement méticuleux | la plupart ne veulent pas d'enfants, si cela continue ce sera un crime d'avoir des descendants »... Il remercie Pissarro de ses observations sur son tableau... « Dans ma nouvelle recherche les ciels sont difficiles. Je cherche à faire très simple et cependant très divisé de tons : ma nouvelle facture qui est peu croisée répond à cela avec de grands points d'arrêt. Le ciel est toujours très lumineux sans grands écarts | par suite de son essence limpide et humide il ne peut comme un mur avoir des rudesses de grain quoique mat. Je sais bien que la grande justesse de ton doit donner cela. Il me faut de l'exercice et j'en ai encore très peu par rapport à vous tous. Nous vvvvverrrons par la suite. Copenhague est extraordinairement pittoresque et où je demeure on peut peindre des choses très caractéristiques et très jolies. En ce moment il gèle à 10 degrés et les traîneaux circulent dans la rue. J'enrage de ne pouvoir peindre en ce moment, dans quelque temps j'espère envoyer à Paris plusieurs choses intéressantes. En Danemarck c'est très facile ou très difficile d'être un peintre fort. Très facile parce que ce que l'on voit est tellement mauvais, de si mauvais goût, que la moindre chose d'art doit éclater au milieu de cela. D'un autre côté c'est très difficile parce que ce courant mauvais est tellement dans le caractère national que c'est presque une impolitesse de faire autrement ». Il décrit à son ami l'intérieur d'un salon danois, avec « des meubles en noyer verni toujours neufs », des bustes de poètes « avec des fleurs et des rubans autour », des photographies partout, et « quelques paysages à l'huile comme des chromo ». Il attend les eaux-fortes de Pissarro. sa femme a trouvé des leçons de français… « les Danois sont gens méticuleux aigre doux mesquins et d'un schoking extravagant. Un enfant de 2 ans ne pisse pas dans la rue, cela choquerait les mœurs. Un ménage illégal est défendu par la loi et peut être puni. Par contre les fiancés peuvent se promener n'importe où deux à deux. Que dites-vous de cela »… Puis il parle longuement de ses talents de graphologue, qui lui permettent de découvrir le caractère des gens d'après leur écriture : « Je ne suis pas encore très savant mais je suis sûr de découvrir un jour non seulement le caractère mais le sentiment qui a guidé une lettre. […] la pensée influe directement sur l'écriture ». Il demande si Pissarro a reçu une lettre de CÉZANNE. Mette, la femme de Gauguin, ajoute quelques mots pour Mme Pissarro. Correspondance (éd. V. Merlhès), t. I, p. 76-77 (n° 57). Provenance : Archives Camille PISSARRO (vente 21 novembre 1975, n° 59).