64

*SIMON DENIS — ANVERS, 1755 - 1813, NAPLES

Vendu : 189 700

Les frais s'entendent commission et taxes comprises.

Retour à la vente
*SIMON DENIS — ANVERS, 1755 - 1813, NAPLES
Éruption du Vésuve
Huile sur toile
Signée et datée en bas à droite
S. Denis. 1805
190 x 155 cm

Nous remercions Valentina Branchini, spécialiste de l'artiste, d'avoir confirmé l'authenticité de l'oeuvre.

«Peindre avec sentiment », des plaines du Latium à la baie de Naples, de la douceur d'un ciel après la pluie à celui plongé dans les ténèbres d'une nuit embrasée, c'est à la poursuite du Sublime que Simon Denis s'est élancé tout au long de sa vie. Son oeuvre, dans son ensemble, pourrait être considéré comme une ode à la Nature, modèle absolu de ses inspirations.
Théorisé au IIIe siècle ap. J.-C. par Longin, premier auteur à considérer que le « sublime » n'était pas seulement un instrument rhétorique de persuasion, le terme est de nouveau étudié au XVIIIe siècle. Relevant d'une esthétique du choc, il suscite chez celui qui l'expérimente une sorte de « terreur délicieuse », à la différence de la douceur que l'on ressent devant le beau.
Plus que visuelle, c'est une expérience quasi philosophique à laquelle l'homme est invité.
Ici impitoyable, dévastatrice allant jusqu'à l'autodestruction, la nature mise en scène par le peintre fascine autant qu'elle terrifie par la beauté du phénomène naturel qu'elle illustre et le destin funeste de ceux qui le fuient.
Se déversant du volcan qui domine l'ensemble, la lave embrase la nuit, renvoyant au néant traces humaines et nature nourricière. Sous un ciel chargé de cendres et dans un élan désespéré, les paysans du premier plan cueillent avec frénésie ce qu'ils croient pouvoir sauver de leurs cultures. Contrepoint de résilience et d'abnégation à cet ensemble, un jeune garçon discrètement placé à l'écart du chaos se recueille et prie au pied d'un autel qui ne sera bientôt plus.
À la lumière crue de ce soir de pleine lune, la vie prendra bientôt fin comme au dernier acte d'une tragédie particulièrement cruelle.
Simon Denis, dans l'une de ses notes, écrivait : « On devient bien petit et modeste quand on comprens [sic] la Nature » (Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2000-A.77.). C'est cela même qu'il illustre, plaçant l'homme face à ses limites et sa perte de contrôle d'une nature qu'il essaie depuis toujours, de dompter. Dans la mise en scène des efforts vains de ces paysans, meus par le désespoir, sans clairvoyance aucune, le peintre renvoie l'homme à ses peurs primaires de la mort, de la souffrance et de son impuissance à ne pas s'y confronter.
Né à Anvers, le jeune artiste part pour Paris à l'âge de vingt ans suivre l'enseignement de Jean-Baptiste Le Brun (1748 - 1813). En 1786, encouragé par son maître, il part en Italie où il s'établit finalement sans retour. Membre de l'Académie de Saint-Luc à partir de 1803, il descend jusqu'à Naples en 1806 et y passe les dernières années de sa vie. Comme Volaire (1729 - 1799) avant lui, il s'éprend du Vésuve et de ses phénomènes qu'il restitue dans son état le plus colérique.
Renouvelant toute à la fois la tradition des vedute et du paysage classique, la thématique choisie est également symptomatique de l'intérêt scientifique au Siècle des Lumières pour les volcans, phénomène naturel seulement perçu au prisme de superstitions et croyances populaires.
Si le premier à s'y pencher fut vraisemblablement William Douglas Hamilton (1731 - 1803), il faudra attendre ensuite le milieu du XIXe siècle pour voir apparaître une première occurrence du terme « vulcanology ».