

88
EMMANUEL MANÉ-KATZ (1894-1962)
Vendu : 10 140 €
Les frais s'entendent commission et taxes comprises.
EMMANUEL MANÉ-KATZ (1894-1962)
Portrait de Pierre en tenue de marin
Huile sur toile
Signée en bas à droite
92 x 74 cm - 36 1/4 x 29 1/8 in.
PROVENANCE
Collection particulière, France (offert au père du modèle puis par descendance)
«Les éléments fournis par un modèle en une heure et demie de pose, il faut, coûte que coûte, les compléter, les interpréter, les refondre et leur donner une forme définitive mais non à jamais figée. Synthèse d'une vie, d'un tempérament qu'il faut opérer dans l'espace d'un éclair, puis reconstituer en quelques heures de telle sorte que l'oeuvre ne meure pas de triste mort à la première maladie infantile. Impérieuse nécessité qui seule permet à la création elle-même d'échapper à tout jamais au classement et de vivre au cours des siècles une vie diverse, multiple, celle des chefs-d'oeuvre jamais semblables d'un siècle à l'autre. Tout cela Katz le sait et ce qui est mieux encore en l'occurrence, il le sent. Sa mobilité extrême devant la toile qu'il crayonne à larges coups de fusain pour la mise en place, sa vivacité à prendre quelques pas pour juger du dernier coup de crayon, l'effort physique immense dont on ne croirait pas capable cet homme de petite taille, mais qui alors, n'en perd pas un pouce, dressant sa mince et volontaire silhouette devant la toile m'ont été dès le premier jour autant de sujets d'émerveillement. Aux instants difficiles, le magnétisme puissant de l'artiste impose au modèle le silence et l'immobilité. Puis la joie de la réussite se manifeste en gestes et en rires. [...] Mané Katz, après avoir surmonté un obstacle pour peu qu'on l'y incitât, danserait devant sa toile comme le chirurgien génial le ferait volontiers lui aussi devant la table d'opération. Joie de la lutte enfin terminée par la victoire. L'amertume des défaites qu'il a dû consentir, Katz en gardera seul le souvenir puisqu'il détruit alors le témoignage de son échec. Intransigeant, Katz est pour lui-même un maître sévère. À ce prix il obtient cette progression vraiment admirable que nous avons notée sans une interruption, depuis les jours lointains déjà des années d'apprentissage. Et c'est encore là une des particularités heureuses de ce peintre dont la chance n'est pas d'avoir, une fois, croisé la mode, mais bel et bien de remplir une vie, étape par étape, sans avoir jamais voulu entendre un autre appel que celui de son destin.»
Jean-Marie Aimot, «L'art vivant», in. Mané-Katz, Paris : Marcel Seheur, 1933, pp. 116 - 119
Portrait de Pierre en tenue de marin
Huile sur toile
Signée en bas à droite
92 x 74 cm - 36 1/4 x 29 1/8 in.
PROVENANCE
Collection particulière, France (offert au père du modèle puis par descendance)
«Les éléments fournis par un modèle en une heure et demie de pose, il faut, coûte que coûte, les compléter, les interpréter, les refondre et leur donner une forme définitive mais non à jamais figée. Synthèse d'une vie, d'un tempérament qu'il faut opérer dans l'espace d'un éclair, puis reconstituer en quelques heures de telle sorte que l'oeuvre ne meure pas de triste mort à la première maladie infantile. Impérieuse nécessité qui seule permet à la création elle-même d'échapper à tout jamais au classement et de vivre au cours des siècles une vie diverse, multiple, celle des chefs-d'oeuvre jamais semblables d'un siècle à l'autre. Tout cela Katz le sait et ce qui est mieux encore en l'occurrence, il le sent. Sa mobilité extrême devant la toile qu'il crayonne à larges coups de fusain pour la mise en place, sa vivacité à prendre quelques pas pour juger du dernier coup de crayon, l'effort physique immense dont on ne croirait pas capable cet homme de petite taille, mais qui alors, n'en perd pas un pouce, dressant sa mince et volontaire silhouette devant la toile m'ont été dès le premier jour autant de sujets d'émerveillement. Aux instants difficiles, le magnétisme puissant de l'artiste impose au modèle le silence et l'immobilité. Puis la joie de la réussite se manifeste en gestes et en rires. [...] Mané Katz, après avoir surmonté un obstacle pour peu qu'on l'y incitât, danserait devant sa toile comme le chirurgien génial le ferait volontiers lui aussi devant la table d'opération. Joie de la lutte enfin terminée par la victoire. L'amertume des défaites qu'il a dû consentir, Katz en gardera seul le souvenir puisqu'il détruit alors le témoignage de son échec. Intransigeant, Katz est pour lui-même un maître sévère. À ce prix il obtient cette progression vraiment admirable que nous avons notée sans une interruption, depuis les jours lointains déjà des années d'apprentissage. Et c'est encore là une des particularités heureuses de ce peintre dont la chance n'est pas d'avoir, une fois, croisé la mode, mais bel et bien de remplir une vie, étape par étape, sans avoir jamais voulu entendre un autre appel que celui de son destin.»
Jean-Marie Aimot, «L'art vivant», in. Mané-Katz, Paris : Marcel Seheur, 1933, pp. 116 - 119
&w=3840&q=75)
&w=3840&q=75)
&w=3840&q=75)
&w=3840&q=75)
&w=3840&q=75)
&w=3840&q=75)