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FRANÇOIS BOUCHER PARIS, 1703 - 1770

Vendu : 10 140

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FRANÇOIS BOUCHER PARIS, 1703 - 1770

Le jeu d' échets chinois

Sanguine

26 x 19 cm



BIBLIOGRAPHIE EN RAPPORT

Une des provinces du rococo : La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Besançon, 2019 - 2020, p. 207, Fig. 2.



OEUVRE EN RAPPORT

John Ingram (1721 - c.1772), The Game of Chinese Chess, 1741 - 1763.

Vente de Baecque, Lyon, 4 décembre 2017, n°459 : François Boucher, Chinoiserie, sanguine.



Fasciné par les motifs venus d'Orient, François Boucher nourrit un intérêt véritable pour ce que l'on nommait avec légèreté «chinoiseries». Lubie bien connue mais mal comprise de ses contemporains, ces derniers craignaient en effet que cela n'entachât les talents du maître dans le Grand Genre. Se fournissant dans l'échoppe du marchand Gersaint (1694 - 1750), Boucher collectionnait les objets et curiosités venus d'Asie, se créant un répertoire de motifs pour ses dessins. Toutefois, contrairement à Jean Pillement (1728 - 1808), ces croquis n'avaient pas dessein à préparer des compositions plus importantes ou décoratives. Par ailleurs, cette production n'a été que très peu plébiscitée par ses plus fervents collectionneurs, comme le furent Jean de Jullienne (1686 - 1766) ou Blondel d'Azaincourt (1719 - 1794) dans les inventaires desquels rares sont les exemplaires de dessins de chinoiseries.

Remarquable fut pourtant la commande entre 1741 et 1742 par Louis XV (1710-1774) d'une série de cartons de tapisseries destinées à l'empereur de Chine Quianlong (1711-1799) et dont huit esquisses des dix épisodes prévus furent présentées au Salon de 1742.

Dans ces mêmes années, il réalise une série de six représentations de femmes chinoises, accompagnées d'enfants ou non. La série fut gravée par John Ingram, émigré anglais, installé dans ces mêmes années à Paris et participa de la diffusion de ces motifs, dont Le Jeu d'échecs (Fig. 1). La série avait d'ailleurs été publiée par Jean-Michel Liotard (1702-1796), frère de Jean-Etienne (1702 - 1789), avant qu'elle ne le soit par Benoît II Audran (1698 - 1772). S'il est techniquement plus évanescent dans ses traits qu'Ingram ne le fut pour sa gravure, cela n'empêche pas Boucher d'insister sur les plis et replis de certaines matières, conférant relief et présence aux motifs.

Issu de cet ensemble aujourd'hui dispersé dont tous les éléments ne sont pas connus, notre dessin présente une jeune femme chinoise, accompagnée d'un enfant jouant vraisemblablement à un jeu s'apparentant aux échecs. Dans le jardin d'une Chine idéalisée, la joueuse, le plateau soutenu en équilibre d'un genou, porté par le petit enfant qui l'accompagne, semble réfléchir au prochain coup qu'elle engagera. Comme sur une étroite scène de théâtre dont nous sommes séparés par un emmarchement, Boucher dispose un rassemblement d'objets qui ne trouve finalement cohérence que dans le gracieux agencement qu'il leur donne.

Esquisse délicate, fidèle à l'esprit de son auteur, elle est aussi le témoin de son affection pour l'esprit d'un Orient rêvé qu'il s'approprie et restitue selon sa sensibilité.

Nous remercions Alastair Laing d'avoir aimablement confirmé l'attribution après examen photographique de l'oeuvre.

Françoise Joulie pense qu'il s'agirait d'un dessin préparatoire à la gravure par John Ingram.

We are grateful to Alastair Laing for confirming the attribution of the drawing on the basis of a digital photograph. François Joulie thinks it is rather a drawing by John Ingram in order to prepare the engraving.