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GONCOURT Edmond de (1822-1896).

Vendu : 724

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GONCOURT Edmond de (1822-1896).
Scène de bal

Encre et plume,

12, 5 x 15 cm, encadrement sous verre.



Composition vive et enlevée représentant deux danseurs en costumes Directoire.

Sans doute s'agit-il de deux de ces " incroyables et merveilleuses " auxquels les frères Goncourt consacrèrent une pièce aujourd'hui perdue, ou une évocation plus générale de la frénésie de plaisirs qui s'empara de la France après la chute de Robespierre, comme ils le décrivent dans leur monumentale Histoire de la société française pendant le Directoire (1855) : " La France danse. Elle danse depuis thermidor | elle danse comme elle chantait autrefois : elle danse pour se venger, elle danse pour oublier ! Entre son passé sanglant, son avenir sombre, elle danse ! À peine sauvée de la guillotine, elle danse pour n'y plus croire | et le jarret tendu, l'oreille à la mesure, la main sur l'épaule la première venue, la France, encore sanglante et toute ruinée, tourne, et pirouette, et se trémousse en une farandole immense et folle [...]. Tout ce peuple se rue au bal. Il vit l'heure qui est, dépouillant le souvenir, abdiquant l'espoir | il s'enivre de bruit, de lumières, de gaze remuée, de chaudes odeurs, de seinssss montrés, de jambes devinées, de regards , de formes, de sonorités, de la volupté des sens [...]. On danse en fins souliers | on danse en gros sabots | on danse aux nasillements de la musette | on danse aux suaves accents des flûtes| on danse en scandant la bourrée| on danse en sautant l'anglaise ! Et le riche et le pauvre, et l'artisan et le patron, et la bonne compagnie et la mauvaise, tous se démènent du meilleur de leurs jambes dans cette bacchanale épidémique qui court six cent quarante-quatre bals ! [...] Mais où la meilleure compagnie danse, où madame Hamelin vient le plus souvent apporter ses grâces créoles, c'est à l'hôtel Longueville [...]. Là, dans ces salons majestueux comme une galerie du Louvre, roulent trente cercles de contredanse à seize [...]. Trois cents femmes parfumées et flottantes, dans leurs déshabillés en Vénus, laissant voir tout ce qu'elles ne font pas voir, impudiques, "jambe fine, pied fripon, corsage élégant, main errante, gorge d'Armide, forme de Callipyge", au bras de vigoureux danseurs, tournent et tournent encore , nouées à leurs Adonis, qui tendent une cuisse infatigable, dessinée par le nankin souple. Sous les corniches d'or, mille glaces répètent les sourires et les enlacements, les vêtements balayés et moulant le corps, et les poitrines de marbre, et les bouches qui, dans l'ivresse et le tourbillon, s'ouvrent et fleurissent comme des roses ! " " L'Art aura rempli notre vie " (Jules et Edmond de Goncourt)