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ATTRIBUÉ À MERRY-JOSEPH BLONDEL PARIS, 1781 - 1853

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ATTRIBUÉ À MERRY-JOSEPH BLONDEL PARIS, 1781 - 1853

La Visitation

Huile sur toile

303 x 181 cm



Suivant la période révolutionnaire, un véritable besoin en peinture religieuse apparaît et marque tout le XIX e siècle. Par contraste avec le XVIII e siècle, le XIX e est le siècle de la foi. S’épanouit alors un renouveau du genre en peinture notamment, soutenu par l’État et ses commandes publiques. Les églises pillées, vidées quelques années plus tôt, sont d’autant plus d’opportunités pour les peintres de saisir des occasions de diffuser leur nom. La dynamique est si importante que dès 1830, des critiques se font entendre, reprochant un effet « galerie de tableaux » dans les églises. Ce sentiment ouvre la voie à un nouveau langage pictural avec le renouveau des décors à la fresque ou le développement de nouvelles techniques comme celle de la lave émaillée. La création artistique se fait l’écho d’un contexte historique qui, en réaction aux évolutions politiques du pays, voit un renouveau de la foi. Les figures christique et mariale prennent un nouvel essor. Le culte de la Vierge s’étoffe, les pratiques se développent : le culte du rosaire est mis en place en 1826, le dogme de l’Immaculée Conception est proclamé en 1854 par le pape | symptomatiques aussi du culte marial, les apparitions se multiplient. La figure de la Vierge Marie fait le succès de certains peintres comme Ingres (1780 - 1867) qui à sa suite, entraîne nombre de ses élèves : les frères Paul (1811 - 1902) et Hippolyte (1809 - 1864) Flandrin, Paul (1815 - 1884) et Raymond (1818 - 1909) Balze, Amaury-Duval (1808 - 1885), Théodore Chassériau (1819 - 1856), Georges Poppleton, Jean-François Montessuy (1804 - 1876), etc. Tous reçoivent des commandes, plus ou moins importantes, mais qui participeront de leur renommée. Tout concourt à inscrire la Visitation que nous proposons dans ce contexte si particulier au XIX e siècle. Épisode de la vie de Marie, la monumentalité de la composition nous invite volontiers à l’imaginer dans une église. Son esthétique fait directement écho à l’esthétique classique d’Ingres dont Joseph-Merry Blondel était proche. Passé par l’atelier de Jean-Baptiste Regnault (1754 - 1829), peintre néoclassique, il répond dans ses œuvres, à une vision harmonieuse des formes pour aller vers ce qu’ils définissent comme le « Beau ». Blondel, comme Ingres, fait partie de cette seconde génération qui se tourne vers les maîtres de la Renaissance italienne qu’ils révèrent comme références absolues. Parmi elles, Raphaël (1483 - 1520) dont l’une de ses Visitation, conservée au musée du Prado (Fig. 1), fait écho à celle que nous présentons aujourd’hui. Dans leurs positions, quoiqu’inversées, les deux femmes reprennent de manière quasi identique la gestuelle et les tenues des saintes femmes du peintre de la Renaissance suivant les codes iconographiques de l’épisode biblique. Selon un schéma traditionnel, le peintre place la scène dans un espace architecturé auquel il donne de la profondeur grâce à deux percées paysagères. Œuvre monumentale, le peintre parvient véritablement à rendre une impression de grâce. Le visage arrondi de Marie délicatement incliné, ses yeux humblement baissés, une main sur son ventre arrondi, la seconde qui s’abandonne à celle d’Elisabeth en proie à la joie, tout laisse transparaître la douceur de l’atmosphère miraculeuse. Sujet sans doute traité une autre fois par le peintre, il nous reste aujourd’hui une lithographie de cette œuvre dont on ne connaît pas la version finale. L’un des exemplaires, conservé au British Museum (Fig. 2. Inv. 1860,0728.221), présente les deux femmes dans des attitudes similaires, suivant l’iconographie traditionnelle de l’épisode. Son pinceau à nouveau, laisse transparaître l’école à laquelle il appartient et son admiration pour les maîtres d’un âge d’or révolu.