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GÉRICAULT Théodore (1791-1824).

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GÉRICAULT Théodore (1791-1824).
8 L.A. de Mme TROUILLARD, [1822], à Théodore GÉRICAULT| 17 pages et demie in-8, 4 adresses (une à M. Dorcy).
Ardente correspondance amoureuse, de souffrances puis de rupture, pendant la maladie de Géricault. [On sait peu de choses sur la liaison de Géricault avec Mme Trouillard| ces lettres permettent de suivre les méandres de cette passion brûlante, jusqu'à la rupture. Une seule est exactement datée du 16 juin 1822 par le cachet postal| deux sont adressées au domicile et atelier de Géricault, 23 rue des Martyrs, et une au 9 rue Taitbout (adresse de Dedreux-Dorcy, à qui est adressée également une lettre).]
Vendredi soir. «Ne venez pas demain samedi»| elle va coucher à Cour­celles. «J'ai eu la sottise de vous attendre, hier soir, aujourd'hui, de fermer ma porte à des gens qui ont au moins quelqu'amitié pour moi, et que je maltraite à cause de vous [...] je ne veux plus vous attendre, vous attendre inutilement. Quand j'ai entendu sonner dix heures il m'a semblé qu'on me donnoit un coup de marteau sur la tête. [...] je souffre horriblement et vous ne méritez pas que je vous le dise. Je veux mon portrait, je le veux ! [...] Je ne veux plus vous voir»... «J'ai passé une bien vilaine nuit, et ce matin me voilà, triste, découragée, [...] Qu'elle différence d'hier, où j'avois la tête pleine de souvenirs, et d'es­pérance, de bonheur, où je me figurois que je ne pourrois jamais assez t'aimer pour satisfaire aux besoins de mon coeur ! Ah ! Dieu, que tu me fais mal ! [...] D'où vient que tu prends plaisir à m'aigrir le caractère, à me rendre sotte, et froide, je ne puis m'expliquer cela qu'en penssant que tu ne m'aimes pas. [...] Hier, en montant ces quatre étages, il me sembloit que je ne pourrois jamais assez t'aimer, te caresser, et l'émotion que me donnoit ces douces pensées, me forçoit à m'arrêter, malgré mon impatience d'être près de toi, et je te trouve froid, aigre, piquant, et tu me renvoyes désolée !... [...] Je ne saurois te dire tout ce que je souffre... car, je t'aime de toute mon âme, et je sens que je ne serois jamais heureuse avec toi [...] tu me fais mourir !»...
Elle avait hésité à aller le voir: «A présent, soyez sur que je ne m'expo­serai plus à l'humiliation d'être sans cesse refusée ou oubliée. M. Dorcy vous aime beaucoup et vous défend très bien| mais il est impossible qu'il me persuade... Je viens de passer deux bonnes heures à pleurer»... [16 juin 1822]. Cécile est revenue triste et contrariée, Géricault lui ayant défendu sa porte: «tout ceci ressemble à une persécution. [...] Au fait, avez-vous besoin de moi, vous ! dont la vie est si remplie d'espérances, de souvenirs, de gloire et de bonheur ! Qu'elle folie, qu'elle erreur d'avoir été me mêler à tout cela !»... «Je suis bien moins fière que vous| car malgré la froideur avec laqu'elle vous m'avez laissée à vos genoux ce matin, je viens encore vous demander pardon, si je vous ai fait de la peine. Je vous en supplie, pensez à moi, [...] je vous crains, je me crains moi-même, [...] vous avez été cette nuit continuellement sévère et caustique [...] Je n'ai que des regrets, et plus d'espoir de bonheur, vous m'avez gâté ma vie [...] Je vous demande encore de me voir. Mais si vous me refusez, je saurois alors me taire, et j'essayerois de vous oublier. [...] Vraiment, je vous assure que nous [ne] devons pas nous séparer avec tant de fiel dans le coeur. Ah ! quel malheur pour moi que vous n'ayez pas besoin d'être aimé»...
Vendredi soir. «Qu'elle nuit j'ai passée ! Je tenois cette malheureuse lettre dans ma main et à chaque mouvement le froissement du papier venoit me la rappeller, elle me faisoit l'effet d'un remords [...] En relisant hier soir une autre lettre de vous j'ai trouvé que vous m'appeliez une créature divine, à présent j'ai bien changé. J'ai le coeur dépravé ! Je manque de modestie, de pudeur &c... Ah ! il ne tiendroit qu'à moi de vous croire fou, ou méchant [...] Vous regretterez peut-être le coeur que vous avez déchiré, méconnu ! - Voici toutes vos lettres. Je garde la dernière je la relirai souvent comme préservatif contre toute espèce de sentiments tendres et généreux. Ah ! je suis née pour être malheureuse, pour n'être point aimée... [...] Ah ! je voudrois être morte»..
À DEDREUX-DORCY, le suppliant de laisser le Dr Biett voir Géricault: «Si c'est pour moi qu'on mit cette consigne elle est fort inutile car je ne désire, ni ne veux le revoir de ma vie»...