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MéRIMéE Prosper (1803-1870)

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MéRIMéE Prosper (1803-1870)

MANUSCRIT autographe, Sur la Ste Chapelle de Paris, [1843] | 8 pages in-4.
Protestation contre un projet d'agrandissement du Palais de Justice qui menace la Sainte-Chapelle.
Ce bel article pour la défense des monuments historiques du vieux
Paris parut sans nom d'auteur le 7 mars 1843 dans le premier numéro de la revue Les Beaux-Arts, sous le titre «La Sainte-Chapelle» | le manuscrit présente des ratures et corrections.
«Les travaux qui s'exécutent en ce moment au Palais de justice ont vivement excité l'attention des artistes, des antiquaires, & de tous ceux qui s'intéressent à l'embellissement de la capitale. Déjà plusieurs journaux ont annoncé que par suite de ces travaux la Ste Chapelle allait être compromise, & la Commission des monuments historiques a adressé à Mr le Mre de l'Intérieur, une réclamation»... La Sainte-Chapelle, flanquée du Palais de Justice, de l'ancienne Cour des Comptes et d'un passage étroit, ne peut guère être admirée par le spectateur que du côté sud. Nul ne doute de l'intention de l'administration de conserver et de mettre en valeur la Chapelle, puisqu'elle est restaurée et rendue au culte. Mérimée retrace, depuis 1830, l'historique du projet d'agrandissement du Palais de Justice : approbation du projet de M. Huyot, ajournement des travaux, reprise du projet par M. Duc. Toutefois on a maintenant des indices alarmants de la manière dont on entend traiter la Chapelle : «L'administration municipale vient de décider l'ouverture d'une rue parallèle au quai. Entre cette rue et la cour du Mai, doivent s'élever à une hauteur considérable les bâtiments affectés aux tribunaux de police correctionnelle & à la Préfecture de Police. On bâtit donc dans la cour du Mai, on la réduit d'un tiers, on obstrue le seul côté par où la Ste Chapelle était encore dégagée.
Ce n'est pas tout : on veut augmenter la largeur du bâtiment qui donne sur la rue de la Barillerie | c'est encore réduire la cour du Mai, empiéter sur le passage déjà si étroit qui sépare ce bâtiment du chevet de la Ste
Chapelle. Enfin l'on parle encore d'une galerie, ou de je ne sais quelle construction qui viendrait s'appuyer à l'ouest de la Ste Chapelle. Ainsi de tous les côtés, le monument de St Louis serait resserré, disons mieux emprisonné, privé d'air, de lumière, de moyens d'écoulement pour les eaux. La cour du Mai deviendrait une espèce de puits | les bâtiments qui l'enfermeraient au sud se développeraient sur une rue étroite, ou plutôt sur une impasse, ayant pour vis-à-vis des cabarets & les plus sales maisons de l'île»... Il est fort à craindre que l'administration municipale ne veuille sacrifier les souvenirs du passé à des considérations d'économie. Or elle doit «se préoccuper de l'avenir. Elle ne travaille pas pour elle-même, mais pour un être immortel, qui est la ville de Paris. Les considérations d'économie sont bien faibles lorsqu'il s'agit de convenance, de dignité, de grandeur, de respect pour les souvenirs du passé. Dans quelques années d'ici qui penserait à l'économie obtenue par l'administration municipale ? Mais tant que durerait la Ste Chapelle, tant que dureraient les constructions mesquines du palais de Justice, on dirait que la capitale de la France a été administrée en une certaine année par des hommes qui ne comprenaient point leur grande mission»