Une Biennale marquée par l’héritage de Koyo Kouoh

Intitulée In Minor Keys, la Biennale se tient du 9 mai au 22 novembre 2026 et porte l’empreinte de sa commissaire helvético-camerounaise Koyo Kouoh, disparue en mai 2025. Deuxième personnalité noire à diriger la Biennale après le Nigérian-Américain Okwui Enwezor en 2015, elle laisse derrière elle une vision curatoriale tournée vers les questions de mémoire et de transmission. La Biennale a néanmoins décidé de maintenir l’exposition en suivant le projet tel qu’elle l’avait conçu afin de préserver et de transmettre son regard sur le monde contemporain. 

In Minor Keys : une invitation à écouter le monde autrement

Le titre In Minor Keys en dit long sur l'esprit de cette nouvelle édition. En musique, la tonalité mineure renvoie autant à la structure d’une chanson qu’à sa portée émotionnelle. La vision de Kouch repose sur une approche plus introspective de l’art contemporain, loin du spectaculaire et des lectures purement événementielles de l’actualité mondiale. À travers cette thématique, Koyo Kouoh souhaite replacer l’émotion, le sensible et l’intime au centre de l’expérience artistique. La Biennale invite à ralentir, à porter attention aux transformations invisibles, à écouter plutôt que regarder, et à percevoir la fragilité comme une force. 

Kader Attia, Soly Cissé et la scène africaine au centre de la Biennale de Venise 2026

Dans un esprit résolument tourné vers le continent africain, la sélection réunit 111 artistes venus du monde entier, parmi lesquels le plasticien franco-algérien Kader Attia, l’artiste nigériane Otobong Nkanga, la sculptrice kényane Wangechi Mutu, le photographe nigérian-britannique Akinbode Akinbiyi ou encore la camerounaise Werewere Liking, le sénégalais Soly Cissé, la malawienne Billie Zangewa, le congolais Sammy Baloji, les sud-africains Nicholas Hlobo, Berni Searle et Kemang Wa Lehulere, les nigérianes Ranti Bam, Marcia Kure et Victoria-Idongesit Udondian, ou encore le collectif sénégalais RAW Material Company, fondé par Koyo Kouoh elle-même. Ensemble, ils représentent ensemble près d'un tiers de la sélection totale où les différences culturelles et historiques produisent des « fréquences mineures » plutôt qu’un récit unique.  

Cette volonté d’ouverture se retrouve également dans la participation de sept nouveaux pays parmi lesquels la Guinée, le Qatar et la Somalie. Les récits longtemps tenus à l’écart des grandes institutions artistiques internationales trouvent ici une visibilité nouvelle à travers des œuvres qui interrogent les mémoires effacées. 

Yto Barrada signe le grand retour du pavillon français

Pour cette édition 2026, le Pavillon Français fait son retour dans son bâtiment historique fraîchement rénové avec un projet confié à la plasticienne franco-marocaine Yto Barrada. Née à Paris en 1971 et vivant entre Tanger et New York, l'artiste est reconnue pour son travail pluridisciplinaire nourri par les récits historiques, les archives et la transmission orale.  

Son projet, intitulé « Comme Saturne » et conçu sous le commissariat de Myriam Ben Salah, s’inspire de la technique du « dévoré », un procédé textile consistant à ronger certaines parties du velours à l’acide pour en révéler de nouveaux motifs. Cette technique fait écho à la célèbre phrase de Pierre Vergniaud : « Comme Saturne, la révolution dévore ses enfants ».  

Le pavillon se déploie en plusieurs espaces : une salle drapée de laine décolorée par la lumière, puis la Salle du dévoré, où la matière rongée par l’acide devient une métaphore de l’usure et du fragment. Ces salles dialoguent directement avec le thème In Minor Keys, invitant à ralentir, à se tourner vers l’invisible, le lent et l’ancestral. 

Une crise institutionnelle inédite secoue le Biennale de Venise

Cette édition est traversée par une crise institutionnelle sans précédent.  

Quelques jours avant l’ouverture, le jury international, composé exclusivement de femmes, a annoncé sa démission collective. Les jurées ont refusé de décerner des prix à des artistes représentant des États dont les dirigeants font l’objet de poursuites devant la Cour pénale internationale. Face à cette situation exceptionnelle, l’organisation de la Biennale a décidé que les célèbres Lions d’or seraient attribués cette année par le public à la clôture de l’exposition. Une première dans l’histoire de la manifestation, qui témoigne des tensions géopolitiques et éthiques traversant aujourd’hui le monde de l’art contemporain international. 

Vente à venir

Post-war & Art contemporain
Vente le 24 juin 2026 à 15h
Aguttes Neuilly