Vente Post-war & Art contemporain
Jeudi 4 juillet 2024 à 15h

Aboudia à la rencontre du marché de l'art parisien

Abdoulaye Diarrassouba, plus connu sous le nom d’Aboudia, est né en Côte d’Ivoire en 1983. Cosmopolite et socialement engagé, Aboudia est un artiste dont la production se nourrit de nombreuses influences. Il étudie l’art au Centre des Arts Appliqués de Bingerville où il se spécialise dans les arts muraux. Diplôme en poche, il peint durant près de dix ans avant d’atteindre la reconnaissance internationale qu’il connaît aujourd’hui.

Ce sont ses scènes de guerre qui font le plus parler de lui, mêlant une esthétique naïve à des sujets violents. Ses œuvres sont un amalgame de références populaires et culturelles, ainsi, ses figures humaines, les Môgôs, sont des personnages provenant du folklore de la Côte d’Ivoire. En argot Ivoirien, le môgô est un homme, un nom auquel l’on peut rajouter un adjectif, un préfixe, ou un suffixe pour en changer le sens. Ainsi un bramôgô est un homme de confiance, tandis qu’un Môgô pissant est un homme qui s’illustre dans un domaine donné. Les Môgôs d’Aboudia sont des hommes, souvent des enfants, et sont la représentation de personnes du quotidien, des habitants de la Côte d’Ivoire victimes ou acteurs de la guerre civile Ivoirienne. Un Môgô couché est une personne en détresse, certains d’entre eux sont sexués, d’autres semblent agenres, finalement, tous arborent le même sourire étrange et forcé.

Les œuvres d’Aboudia sont frappantes par le contraste marqué entre ses sujets souvent morbides et les couleurs vives qu’il emploie, mêlées à un style cartoonesque. Reprenant dans ses toiles les graffitis dessinés par la jeunesse Ivoirienne dans les rues d’Abidjan, il devient la voix des laissés-pour-compte, une voix contestataire, cherchant à revendiquer l’histoire de ceux qui sont devenus autant de faits divers. Ses fonds sont des amalgames de choses et d’autres, souvent un mélange de coupures de magazines, d’acryliques, de cartons, d’affiches et autres matériaux de récupération. Ce travail sur le fond de ses œuvres contribue à les ancrer dans une période donnée, dans un contexte culturel et politique, duquel se détache avec encore plus de force la violence de la condition humaine des figures qui s’y superposent.

La guerre civile Ivoirienne est un des sujets de prédilection de l’artiste, elle survient en 2002 alors que celui-ci n’a même pas vingt ans et qu’Abidjan, Bouaké et Korhogo sont les villes au premier rang de cette tragédie. On raconte qu’Aboudia se cachait durant les conflits et dessinait ce qu’il imaginait se passer dehors. Si le conflit aurait dû durer moins d’un an, c’est finalement en 2011 qu’il est finalement résolu, après de longues années de terreur et de violences pour les populations locales. Beaucoup des toiles d’Aboudia témoignent de cette réalité avec parfois des images violentes, comme celle d’enfants portant des armes à feu.


Aboudia (né en 1983), Môgôs, 2017
Acrylique, crayon, pastel gras et collage sur toile
Acrylic, pencil, oil pastel and collage on canvas
118 x 150 cm - 46 29/64 x 59 1/16 in.
Un certificat d'authenticité signé par l'artiste sera remis à l'acquéreur.

Provenance : Collection privée, France

Notre toile explore un aspect plus tardif et peut être moins douloureux de l’iconographie de l’artiste. En effet, dès la fin de la guerre il se penche sur des sujets beaucoup plus optimistes, tournant autour de thèmes tels que l’enfance, la camaraderie, la jeunesse d’Abidjan, voire parfois même des sujets religieux. Aboudia s’intéresse à tous les éléments tournant autour de la vie ordinaire, produisant de ce fait des œuvres profondément humaines.

Très caractéristique du style de l’artiste, elle met en avant une série de Môgôs sur un fond rapiécé composé de carton, de feuilles de coloriage et de portraits semblables à des masques africains. Cinq figures s’y détachent : quatre Môgôs et une cinquième silhouette humaine semblant flotter au-dessus des autres. Les figures, au tracé vert et rouge, se détachent sur le fond aux dominantes jaune et bleu ; les traits rapides avec lesquels l’artiste compose dynamisent l’ensemble et rappellent les techniques de l’art urbain.

Aboudia profite depuis quelques années d’une carrière internationale, grâce à laquelle la popularité des artistes Ivoiriens a connu une montée en flèche. De plus en plus de galeries se spécialisent dans le commerce d’artistes contemporains Africains, et les maisons de ventes aux enchères travaillent de front à asseoir leur place méritée sur le marché de l’art. Le courant des années 2010 a ainsi vu l’essor de cette catégorie d’artistes sur le marché, dont la qualité du travail n’est plus à prouver et dont les collectionneurs sont au rendez-vous.

Retrouvez cette très belle œuvre d’Aboudia le 4 juillet prochain à l’occasion de sa présentation aux enchères au côté d’une très belle sélection de lots contemporains.

Vente Post-war & Art contemporain
Jeudi 4 juillet 2024 à 15h

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