Vente
ART CONTEMPORAIN – DE L'APRÈS-GUERRE À NOS JOURS

 


Le lundi 25 octobre 2021, la maison Aguttes proposera une vente aux enchères, en marge de la FIAC (21-24 octobre 2021), en ses murs à Neuilly-sur-Seine. De Max Ernst à Daniel Buren, le catalogue offre un choix à la fois sélectif et éclectique. Parmi les lots-phares, figurent une œuvre de Bram van Velde emblématique de son succès advenu tardivement, et une peinture, inédite dans le marché de l’art, de l’artiste brésilien Alfredo Volpi.


Le catalogue de cette vacation « Art contemporain – De l’après-guerre à nos jours » propose également un bel ensemble d’œuvres de Chu Teh Chun, et met aussi à l’honneur Akira Tanaka, Claude Venard et René Gruau. Florilège de 7 lots-phares:




Une œuvre de Bram van Velde emblématique d’un succès advenu tardivement




Bram VAN VELDE (1895 - 1981)
Sans titre, 1977
Lavis d'encre de Chine et de gouache sur chiffon gélatiné lavis B de Canson
120.5 x 149.5 cm
Estimation : 200 000 – 300 000 €


 

Comme en témoignent sa déclinaison en lithographies et la liste des expositions qui accueillirent cette œuvre, Sans titre constitue la synthèse de cette période de la vie de l’artiste : alors que la carrière du peintre aura été marquée par la misère matérielle et mentale, l’errance de pays en pays et le manque de reconnaissance artistique, cette œuvre incarne le succès enfin advenu. Par sa persévérance, mais aussi par le caractère unique et radical de son art, l’artiste connaîtra, à la fin de sa vie, un grand succès auprès des institutions et du public. Reconnaissance qui lui avait tant manqué.

À la même période, Bram van Velde s’installe définitivement dans le Sud de la France. Peint à Grimaud ou bien en Arles, ce tableau présente plusieurs traits caractéristiques de l’artiste. Ayant abandonné le cubisme à la fin des années 1940, il continue cependant à travailler avec les formes géométriques notamment le triangle. Il en arrondit les angles et étire les proportions, associant la structure et rigueur de l’expressionnisme nordique à la courbe. Les formes s’amollissent et se cambrent, la peinture glisse et coule – Bram van Velde affirme « peindre l’impossibilité de peindre ». La gouache, médium privilégié de la production de l’artiste, plus rapide que l’huile, favorise l’effondrement des formes et des couleurs, moyen d’exprimer le refus de les fixer définitivement. Les traces de la main s’y inscrivent plus sensiblement que dans l’épaisseur de l’huile : il s’agit d’une technique proche du geste. Ici, la palette se réduit à un dégradé de noir et gris, typique de l’année 1977, à partir de laquelle il ne peindra qu’en trois couleurs : noir, rouge et mauve. Sa production aussi se réduit, il produit peu et avec peu de moyens, comme pour symboliser le dénuement de sa vie.

Estimée 200 000 € – 300 000 €, Sans titre de Bram van Velde (1895, Zoeterwoude – 1981, Grimaud), datée de 1977, coïncide avec une période au cours de laquelle le peintre, au style unique et inclassable, bénéficie d’une reconnaissance du milieu artistique, avec des rétrospectives organisées dans les grandes galeries et les musées en Europe. En 1973, il réintègre la galerie Maeght : cet événement couronne ainsi l’arrivée d’un succès si longtemps attendu. Réussite qui ne se démentira plus jamais !





Une oeuvre d’Alfredo Volpi inédite dans le marché de l’art




ALFREDO VOLPI (1896 - 1988)
Bandeirinhas, circa 1958
Tempera sur toile
229 x 89 cm
Estimation : 350 000 – 500 000 €




Visible pour la première fois sur le marché de l’art et estimée 350 000 – 500 000 €, cette œuvre d’Alfredo Volpi (1896, Lucques - 1988, Sao Paulo) avait été acquise par le grand-père de l’actuel propriétaire (1906-2003), directement auprès de l’artiste brésilien dans son atelier, à la fin des années 1950. Après le décès de cet amateur d’art, son petit-fils en avait hérité.

L’œuvre proposée pour la première fois aux enchères, Bandeirinhas, s’inscrit dans la période « concrète » du peintre, qui débute dans les années 1950. En 1957, alors qu’il se voit consacré par le Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro (MAM Rio) comme le « maître brésilien de son époque », il entame une réflexion intense sur les formes géométriques. Bientôt, les motifs des « drapeaux » - bandeirinhas - se distinguent ; ils proviennent d’une vision qu’a eue Volpi, lors des Festas Juninas, grande célébration brésilienne fêtant la naissance de Saint Jean-Baptiste. À cette occasion, de grandes guirlandes avec ces petits drapeaux en papier sont tendues à travers les rues, et Volpi* dit à ce sujet : « J’étais seul, attendant l’arrivée du train au petit matin. Alors que je flânais dehors j’ai eu une illumination en voyant des drapeaux. Ça m’a ému. J’ai fait plusieurs essais, puis j’ai commencé à les utiliser. » Peu à peu, le drapeau devient module, comme en témoigne ce tableau : un carré duquel émerge un triangle et vient recouvrir les toiles de l’artiste. Il s’agit de son motif le plus connu, celui qui fait la synthèse entre le figuratif et l’abstrait.

Quant aux couleurs de cette période, elles s’avèrent atmosphériques. Ses dernières années de recherche seront dédiées à travailler sur la perception de l’espace, et la création de volumes dans la toile. Sur une toile d’un format exceptionnel, cette œuvre, qui voit se déployer les drapeaux de Volpi dans des tons clairs et pastels, réunit donc tous les éléments typiques de cette période.

À son retour du Grand Tour en Italie (1950), ses références avaient commencé à osciller entre l’art concret naissant et l’art populaire et naïf. Volpi n’a jamais considéré que la figuration et l’abstraction étaient antithétiques : il cherchait à représenter le Brésil de son temps, entre saudade - nostalgie - et modernité. Le peintre, faisant l’unanimité au Brésil, a bénéficié récemment d’une reconnaissance à l’internationale.

*Volpi dans un interview mené par Mario Schenberg, au Museu da Imagem e dom Sao Paulo, le 2 avril 1971.





L’après-guerre, un tournant artistique




Germaine RICHIER (1904-1959)
Homme de la nuit, circa 1950
Bronze, marqué du cachet fondeur Valsuani et signé sur la base
27 x 11 x 9 cm
Estimation : 40 000 – 60 000 €




Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’Homme est remis en question dans son essence même. Les valeurs humanistes se sont effondrées, et plusieurs artistes travaillent à la construction d’une nouvelle vision de l’humanité. En 1946, Germaine Richier (1904, Grans – 1959, Montpellier) quitte Zurich et revient à Paris : l’artiste poursuit son travail sur les figures hybrides, qui apparaissent alors comme des êtres scarifiés, écorchés, tout en étant profondément liées à la Terre et au règne animal. Homme de la nuit (estimation : 40 000 – 60 000 €) appartient à cette production hybride que la critique qualifiera de « fantastique ».

La figure se situe entre l’homme et la bête et il s’en dégage une puissance surnaturelle. Le traitement de la matière contribue à accentuer la dimension expressive. Germaine Richier abandonne les contours lisses et soignés, et se sert de la matière pour apporter mystère et étrangéité à ses sculptures. Les doigts de l’artiste et la marque des outils apparaissent : des « accidents » qui font partie de l’élaboration de l’œuvre et qui rappellent les traces laissées par Rodin. Cet art de l’accident la fait basculer dans la modernité. La méthode de la triangulation enseignée par Bourdelle se distingue dans la partie inférieure de l’œuvre, et le socle est considéré d’une manière inédite. Avec Homme de la nuit, Germaine Richier oscille entre transmission et transgression avec les maîtres de la sculpture. L’enseignement de Bourdelle et l’héritage de Rodin sont visibles dans cette œuvre qui l’inscrit dans une continuité de la sculpture figurative, tout en y opérant des ruptures stylistiques et thématiques indéniables.





Max Ernst, artiste complet de la modernité


Max ERNST (1891-1976)
Tête
Or, technique du repoussé, signé et numéroté EA 1/2
19 x 10 cm
Estimation : 50 000 € – 80 000 €


 

Au travers de son œuvre, Max Ernst fait dialoguer rêve et réalité, cheminement qui transmet à ses œuvres une dimension poétique et onirique. Écriture automatique, peinture sous l’influence de substances hallucinogènes ou encore sous hypnose, Max Ernst cherche à se libérer du contrôle de la raison dans sa quête de lien entre le rêve et le réel.

Artiste complet de la modernité, il fait table rase de l’art classique et académique et œuvre pour un travail résolument moderne, complet dans son approche des supports comme la sculpture, la peinture ou encore le film, et ce, au travers de multiples techniques à l’instar du grattage, frottage ou encore du collage. L’œuvre d’Ernst est également à comprendre comme une synthèse de son époque, tant il est marqué et influencé par ses pairs : penseurs, philosophes et poètes de son temps, notamment Paul Éluard et André Breton dès son arrivée à Paris dans les années 1920. Il a voulu lier dans sa production artistique les passions qui l’animaient : son travail vogue entre peinture, poésie et philosophie. Estimée 50 000 – 80 000 €, cette Tête dévoile une autre facette de l’artiste, celle de sculpteur même d’orfèvre. Montée sur un socle, cette pièce en or signée et numérotée 1/2 a été réalisée grâce à la technique du repoussé. Reconnu comme figure de proue des mouvements surréaliste et Dada, l’artiste allemand Max Ernst (1891, Brühl - 1976, Paris) a profondément marqué, par son œuvre, l’avant-garde du XXe siècle.





Pierre Alechinsky ou la spontanéité sans frein dans l’art




Pierre ALECHINSKY (né en 1927)
Profil haut, 1981-1984
Encre centrale sur vélin marouflée sur toile, signée en bas à droite, bordure à l'acrylique sur papier de Chine marouflée sur bois
115 x 166 cm
Estimation : 80 000 € – 120 000 €




Depuis les années 1960 déjà, le peintre et graveur belge bénéficie d’une reconnaissance internationale : de nombreuses expositions lui sont consacrées de New York à Tokyo, et de prestigieux prix lui sont décernés dont le récent Praemium Imperiale de Tokyo en 2018 couronnant son œuvre prolifique. Issue des années 1980, Profil haut (estimation : 80 000 € - 120 000 €, proposée avec deux aquatintes de 1976/1990) marque une évolution dans l’œuvre d’Alechinsky (né en 1927, Saint-Gilles-lez-Bruxelles). L’artiste se réapproprie le concept de « remarques marginales », petits croquis laissés par un artiste en périphérie d’une estampe avant le tirage définitif, et en fait sa marque de fabrique. S’il développe dans un premier temps un système de centre et de périphérie, où la partie principale en couleurs et les bordures en noir et blanc se répondent et se complètent, il confère par la suite de plus en plus d’importance à ces « remarques marginales » jusqu’à complètement inverser les rôles. C’est le cas pour Profil haut dont le centre n’est plus coloré mais qui se « marginalise » pour laisser place à un récit en noir et blanc. L’artiste découvre l’acrylique, et délaisse, petit à petit, la peinture à l’huile pour explorer des matériaux plus rapides comme l’encre qui lui offrent une plus grande souplesse et lui permettent de laisser libre cours à sa spontanéité, comme en témoigne cette œuvre.





Daniel Buren en quête du « degré zéro »




Daniel BUREN (né en 1938)
D'un losange à l'autre, 2006
Travail in situ
Estimation : 80 000 € – 120 000 €




Au fil de sa production, Daniel Buren (né en 1938, à Boulogne-Billancourt) se confronte au problème de l’espace d’exposition. Cet enjeu pousse le peintre, sculpteur et plasticien français à développer de nouveaux axes d’interrogation. S’il réalise de nombreuses œuvres in situ qui sont indéplaçables et qui ont pour objectif une remise en question de l’objet d’art et de son rapport avec le contexte qui l’entoure, il crée également ce qu’il appelle un « travail situé ».

D’un losange à l’autre (estimation : 80 000 € - 120 000 €) appartient aux deux catégories. Travail in situ, conçu spécifiquement pour le mur d’une galerie en 2006, l’œuvre est devenue un travail situé, qui peut circuler dans l’espace mais qui est régie par des règles bien définies. La première étant qu'elle ne peut exister en deux endroits différents en même temps. Le génie de ce type de dispositif est qu’il peut s’adapter à n’importe quel contexte. Afin de le mettre en place, il suffit de suivre scrupuleusement les caractéristiques et instructions données par l’artiste. L’œuvre qui vous est proposée est composée de bandes blanches et de surfaces bleues desquelles naissent une série de losanges. Ce concept de travail situé est comparable à une pièce de théâtre ; il s’agit du même texte mais chaque nouvelle installation, mise en scène et nouveau décor, laisse voie à une nouvelle clé de lecture et de nouvelles interprétations.

Au travers de sa production, il cherche à atteindre « le degré zéro », autrement dit à réduire tant que possible son intervention picturale : dans ce sens, il fait preuve d’une économie de moyens particulièrement innovante. Il trouve également dans le jeu entre fond et forme, comme ici, une source d’exploration fascinante. Le motif des bandes verticales alternées blanches et colorées constitue un élément clé au sein de son œuvre, le seul élément immuable, qu’il appelle « outil visuel ».





Geer van Velde à la lisière de l’abstraction




Geer VAN VELDE (1898-1977)
Sans titre
Huile sur toile
162 x 162 cm
Estimation : 60 000 € – 80 000 €




Cette huile sur toile (estimation : 60 000 € - 80 000 €) de 1961 offre des couleurs plutôt rares dans la palette de Geer van Velde (1898, Lisse (Pays-Bas) – 1977, Cachan) : elle présente une alternance de bandes orange et vertes qui structure fortement l’œuvre. Cette toile mesure 162 x 162 cm ; l’artiste n’utilise ce format que depuis 1960. Les dimensions de l’œuvre nous révèlent donc un enjeu d’importance.

Bien qu’abstraite, cette grande composition semble évoquer les coupoles de quelque ville lointaine visitée lors d’un ancien voyage, mais aussi les toiles de chapiteaux dressés pour les fêtes de Saint Pierre à Cagnes-sur-Mer où l’artiste séjourna de 1938 à 1944. Comme le souligne Pierre François Moget, expert de l’artiste, « à toutes les époques de son œuvre, les paysages de sa mémoire, presque sans nature, mer et terrasse, ports, villes et polders, s’invitent dans l’œuvre de Geer van Velde. »





INFORMATIONS PRATIQUES

Vente aux enchères publique : lundi 25 octobre 2021 à 16 h 00

Exposition :
Les 21, 22, 23 octobre 2021 de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h
Le 25 octobre 2021 de 10 h 13 h

Aguttes - 164 bis avenue Charles-de-Gaulle - Neuilly-sur-Seine

Ophélie Guillerot
Spécialiste Art contemporain
+33 1 47 45 93 02 • guillerot@aguttes.com