Eugène Leroy, les années de maturité (1980-2000)

À l’occasion de l’exposition que le musée de Tourcoing consacre aux vingt dernières années de création d’Eugène Leroy (1910-2000) qui débute le 3 octobre 2025, il est intéressant de revenir sur cette période tardive de son œuvre, perçue comme l’une des plus radicales. Originaire de Tourcoing, où il vécut et travailla presque toute sa vie, Eugène Leroy entretint toujours un lien profond avec le Nord, qui irrigue en filigrane son œuvre. Très tôt, il partage les valeurs du Groupe de Roubaix, un groupe informel mais soudé qui réunit peintres, sculpteurs et graveurs (Jean Roulland, Arthur Van Hecke ou Eugène Dodeigne,…) : le respect du travail manuel, l’engagement dans le monde, la sincérité du geste, un refus du formalisme et le maintien d’un ancrage régional fort tout en dialoguant avec les courants internationaux.


Source Wikipédia. Tableau présent au National Museum of Modern Art et au Palais des Beaux-Arts de Lille

La matière comme horizon

À partir des années 1980, la pratique de Leroy s’intensifie dans un rapport presque exclusif à la matière picturale. Les couches successives de peinture s’épaississent, recouvrant progressivement les motifs jusqu’à les rendre parfois à peine perceptibles. Ce procédé, loin de relever d’un effacement, construit au contraire une profondeur visuelle qui donne à ses tableaux une puissance singulière. Le sujet (nu, portrait ou paysage) apparaît et disparaît à travers la densité de la pâte, oscille entre révélation et dissolution. Ces deux décennies sont aussi celles d’un travail dans le temps long, où la peinture se construit par strates. Loin de la virtuosité immédiate, Leroy revendique un rythme lent, une patience quasi méditative qui place son œuvre à rebours des pratiques contemporaines de l’immédiateté. Cette démarche donne à ses toiles une intensité particulière puisque chacune semble contenir la mémoire de leur propre élaboration.


Eugène Leroy (1910-2000)
Fleurs, c.1960
Huile sur toile, signée et datée en bas à droite
Vendu 16 000€

Reconnaissance et postérité

La radicalité de cette approche, parfois jugée hermétique, a fini par imposer Leroy comme une figure incontournable de la peinture européenne de la fin du XX ᵉ siècle. Ses dernières années de création apparaissent aujourd’hui comme un moment de pleine maturité, où son langage pictural s’affirme avec force. Cette reconnaissance se traduit aussi dans le marché de l’art. La maison Aguttes a ainsi eu l’occasion de présenter plusieurs toiles de cette période, dont les adjudications témoignent de l’intérêt constant des collectionneurs.


Eugène Leroy (1910-2000)
Sans titre (Arbre) 1967
Huile sur toile, datée et signée en bas à droite
Vendu 22 500€

Prochaine vente
Post-war & Art contemporain
Mercredi 19 novembre 2025

Pour confier à la vente des tableaux d’Eugène Leroy ou du Groupe de Roubaix, contactez Pauline Boddaert
boddaert@aguttes.com - 06 99 02 22 63