Les laques de Coromandel : Trésors d'Asie

Symbole du goût de l’Europe pour la « chinoiserie » au XVIII e siècle, les laques de Coromandel furent une des marchandises de prédilection des diverses Compagnies des Indes européennes au cours du XVIII e siècle.

La longue et périlleuse route commerciale qui reliait l’Empire du Milieu à l’Europe longeait notamment la côte orientale de l’Inde, la « côte de Coromandel », et c’est dans ses ports que les laques étaient transbordées des jonques chinoises sur les navires occidentaux.


Paravent en laque de Coromandel
Chine
Dynastie Qing, vers 1690
Fondation Calouste Gulbekian, Lisbonne

Cette technique de laque, connue en Chine sous le nom de kuan cai (款彩) (littéralement « coupé et coloré »). Elle consiste à recouvrir une âme de bois d’une couche de préparation mêlant tissu fin et colle végétale pour ensuite y appliquer des couches successives de laque brun sombre. La surface est ensuite gravée pour faire naître le décor et réapparaître l’enduit de préparation. Les fonds des parties gravées sont rehaussés de couleurs et dorure, créant une polychromie subtile et d’intéressants contrastes entre le brillant de la laque et la polychromie matte.

Longue et complexe, l’usage de cette technique était réservé à des pièces d’exception, notamment à la confection de grands paravents de palais pour la haute aristocratie chinoise. Ces paravents ainsi que des pièces de commande, telles que des cabinets et coffres, séduisirent les élites européennes, devenant partie intégrante des décors princiers dans la seconde moitié du XVII e siècle et au XVIII e siècle.


Paravent à huit feuilles en laque de Coromandel à décor de scènes de palais
Chine
Dynastie Qing, fin du XVIIe-XVIIIe siècle
Musée des Beaux-Arts de Dijon

Certaines laques furent transformées et réemployées par les marchands-merciers pour servir de boiseries décoratives ou orner du mobilier. Néanmoins, la mode des papiers peints chinois, très décoratifs et peu onéreux, et le désintérêt pour la « chinoiserie » dans la seconde moitié du XVIII e siècle marquent la fin de la vogue des laques de Coromandel. La vague du « Japonisme » à la fin du XIX e siècle puis la période Art Déco remettent les laques de Coromandel sur le devant de la scène, à l’image de Gabrielle Chanel (1883-1871), qui aurait possédé jusqu’à 32 paravents en laque de Coromandel, qui décoraient son appartement du 31 rue Cambon.

Longtemps délaissés, on observe actuellement un regain d’intérêt des amateurs et collectionneurs pour ces laques, dont certaines peuvent atteindre des résultats spectaculaires à plus de 200 000 euros.

Prochaine vente
Arts d'Asie
Jeudi 12 juin 2025 à 14h30