HONORÉ D'ALBERT, DUC DE LUYNES

Lot 80
200 - 300 €

HONORÉ D'ALBERT, DUC DE LUYNES

Vue prise près de St Barthélémy près de Nice
Nice
Deux dessins sur le même montage, pierre noire 27,5 x 20,5 et 19,5 x 28 cm
Situés en bas à gauche
Honoré d'Albert, duc de Luynes et de Chevreuse, est né en 1802 à Paris, au sein d'une grande famille aristocratique. Très tôt attaché à l'héritage familial et historique, il montra de grands talents dans la pratique du dessin.
«Cette aptitude à reproduire par le crayon, avec précision et finesse, tout ce qui le frappait, lui fut d'un grand secours pour les études archéologiques qu'il aborda bientôt et qui s'allièrent chez lui à un vif sentiment du beau dans les arts.» (Joseph-Daniel Guigniault, Notice historique sur la vie et les travaux de M. le duc d'Albert de Luynes, Mémoires de l'Institut de France, Année 1877 27-1, pp. 278).
Après un premier voyage en Italie en 1825 qui s'inscrit dans la tradition du Grand Tour, passage obligé de tout honnête homme dès le XVIIe siècle qui commençait à tomber en désuétude, le jeune duc fut nommé par un parent et directeur des Beaux-Arts au poste de directeur adjoint des collections égyptiennes et grecques au Louvre. Il y développa sa fascination pour l'antiquité et l'étude du passé et en 1828, il entreprit de repartir sur les traces de la Grande Grèce en Italie, en compagnie de son ami, l'architecte Joseph-Frédéric Debacq, avec qui il collaborera tout au long de sa vie.
Partant du Sud de la France, parcourant l'Italie et Malte, les deux voyageurs immortalisèrent leur expérience, d'abord dans un but scientifique qui contribua à donner naissance à la discipline archéologique.
Ils publièrent ainsi en 1833 l'ouvrage Métaponte, révélant avec force méthode et une grande richesse d'illustrations, le site archéologique de cette cité antique rendue fameuse par la figure de Pythagore.
Cet intérêt archéologique mènera le duc jusqu'en Egypte en 1840.
Mais l'album ici présenté dévoile des intérêts nouveaux pour l'époque. Les deux compagnons s'attardent à dépeindre les habitants contemporains de l'Italie méridionale qu'ils traversent. Les personnages, d'abord prétextes à une évaluation d'échelle des monuments antiques, s'autonomisent et animent des scènes du quotidien, au moment-même où l'art en France s'apprête à basculer vers plus de réalisme et à être bouleversé par la découverte de la photographie. Le duc de Luynes, tout aussi sensible au passé qu'aux évolutions du présent, devient d'ailleurs un des principaux mécènes de cette découverte, créant en 1856 le prix «duc de Luynes» en coopération avec la Société française de photographie, afin d'encourager les avancées techniques dans ce domaine. Cet album de dessins retraçant ses voyages sur les traces de la Grande Grèce est un ensemble significatif, à la charnière entre les dessins romantiques du Grand Tour des artistes et aristocrates influencés par les visions du Lorrain, et le photoreportage que le duc de Luynes sera l'un des premiers à inaugurer lors de son voyage au Proche-Orient et en Mer Morte en 1864, trois ans avant sa mort.
Ces dessins, à l'intersection de l'art et de la science, de l'étude et de l'imagination, du passé et du présent, de la tradition et de la modernité, constituent donc un jalon dans l'histoire de l'art du XIXe siècle.
La Grande Grèce, ou Magna Grecia, est le nom que les Grecs de l'Antiquité donnaient aux côtes de l'Italie méridionale (les actuelles régions de Campanie, Calabre, Basilicate et Pouilles). Cette région méconnue jusqu'au XIXe siècle connut un regain d'intérêt lorsque le duc de Luynes et l'architecte Debacq s'y rendirent en 1828.
Riche de ruines antiques, elle ne faisait pas partie de l'itinéraire habituel du Grand Tour, qui faisait passer les visiteurs par Turin, Venise, Florence et Rome, puis par Naples et les sites d'Herculanum et Pompéi à partir de la 2e moitié du XVIIIe siècle.
Les dessins du duc de Luynes inaugurant cet album nous embarquent dans ce voyage. Le duc dépeint habilement la route sillonnante qu'il emprunte lui-même, et les Alpes qui, en arrière-plan, présagent le passage de la France vers l'Italie. La traversée du lac par un homme tirant son cheval et transportant ses marchandises représente, métaphoriquement, la traversée dans l'espace et dans le temps que le duc de Luynes et Joseph-Frédéric Debacq s'apprêtent à accomplir.
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