PROUST MARCEL (1871-1922)

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PROUST MARCEL (1871-1922)

Lettre autographe signée «Marcel Proust» adressée à Madame FOURNIER S.l.n.d., 8 pages in-8 à l'encre avec enveloppe.
Lettre très proustienne dans laquelle Proust mentionne Robert, son frère cadet, chirurgien.
«Votre lettre qui croit me demander des nouvelles, m'en donne!
Car vous n'en avez pas eu depuis 9 jours. Moi, pas depuis 3 mois (2 mois ½). Je suis habitué à ce que Robert ne me réponde pas et c'est moi-même qui lui demande de ne pas le faire parce que je sais qu'il a trop à faire. D'ailleurs bien souvent je crois que c'est à sa femme et non à lui que mes lettres arrivent. En tout cas j'ai écrit à sa femme qui ne m'a pas répondu, et, pour une raison inutile à expliquer ici d'autant plus que je souffre beaucoup des yeux, j'ai décidé de ne pas lui récrire en ce moment. Mais vous pouvez être tranquille car si Robert était plus souffrant, ou s'il lui arrivait quoique ce fût, je serais prévenu immédiatement et il ne se passerait pas une heure sans qu'à mon tour je vous prévinsse. Si j'avais espéré aller passer qq. jours auprès de lui dès que ma situation militaire serait définitivement réglée, malheureusement elle ne l'a pas été encore et que je n'ai pas pu m'absenter une heure. Je comprends trop bien votre sollicitude, moi qui ai perdu le sommeil depuis que Robert est parti, et qui à chaque bruit de porte en bas espère une visite de lui ou crains une dépêche. Je l'ai vu chez sa belle-mère la veille du jour où il est parti pour le Creusot et je l'ai quitté avec une anxiété qui a amené un incident assez ridicule. Malgré le mal que me font mes yeux je vous l'écris pour que vous sentiez que nous nous comprenons.
Nous avons passé qq. heures ensemble chez sa belle-mère, nous sommes descendus ensemble avec sa femme et lui et comme je n'avais pas gardé de voiture ni lui non plus et qu'il n'y en avait pas là, Robert a préféré que nous nous quittions presque devant chez sa belle-mère, il a donc remonté l'avenue de Messine à pied avec sa femme, moi descendu le bd Haussmann. Au bout d'une seconde j'ai trouvé un taxi et me suis fait conduire chez moi où j'étais du reste attendu. Mais arrivé devant ma porte j'ai été pris d'un besoin tellement anxieux de revoir encore une fois Robert, que je n'ai pas pu remonter et ai dit au taxi de retourner dans l'avenue Hoche dans l'espoir de trouver encore Robert en chemin. Car s'il était rentré, je n'aurais eu aucun prétexte pour aller sonner chez eux. Par bonheur presque au coin de l'avenue Hoche je les ai trouvés. Je suis descendu et j'ai dit le prétexte stupide que je pensais qu'ils avaient peut-être besoin du taxi. Comme j'avais fait pour que Robert n'ait été fâché de m'avoir vu revenir ainsi comme si j'avais voulu savoir ce qu'ils faisaient, et qu'il pouvait, lui, très bien comprendre mon sentiment... je lui ai écrit au Creusot. Malheureusement ma lettre est tombée entre les mains de ma belle-soeur que j'aime beaucoup mais qui est la personne par qui j'avais le moins besoin qu'elle fut lue, parce que nous avons des natures extrêmement différentes, du moins dans la mesure où je connais la sienne, d'ailleurs digne de beaucoup d'estime. Qq.
jours après ma belle-soeur est venue entre 2 trains me donner des nouvelles de Robert. Depuis je n'ai plus eu ni nouvelles ni réponse à mes lettres. J'ai voulu par ces longues pages qui coûtent à ma fatigue vous prouver combien votre gentille inquiétude m'avait touché. Je ne manquerai pas de le dire à Robert quand je le verrai, comme je l'ai fait du reste chaque fois que je l'ai vu.».
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