Canne de Napoléon à Sainte-Hélène. Réalisée...

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Canne de Napoléon à Sainte-Hélène. Réalisée...

Canne de Napoléon à Sainte-Hélène.
Réalisée par un artisan anonyme chinois de Sainte-Hélène.
Napoleon's cane on St. Helena. Made by an anonymous Chinese craftsman of St. Helena.
Canne en dent de narval, munie d'un pommeau plat sculpté à huit pans et d'un oeilleton de passage de dragonne. Manche à quatre faces incrustées de losanges de bois noirci. Dans le prolongement du manche, une baguette de 18,5 cm cannelée en spirale, imite un rostre de narval.
La pièce s'encastre dans le corps de la canne. Ce corps est ajouré en partie supérieure, laissant apparaître la baguette une fois rangée, puis se prolonge en forme de colonne cannelée, rudentée et torsadée à la pointe.
Longueur totale: 92 cm. Quelques petits manques.
Pièce unique et majeure de l'histoire
Napoléonienne.
Quelques accidents et manques (dont la férule). Restaurations au niveau de la baguette ainsi qu'en son milieu.
PROVENANCE Victor-Andrée Massena
Collection de la Famille Adler
Withehall Museum de Londres (fermé en 1962/1963)
Monsieur René Johnson
Monsieur Steff
Collection Lejeune
Monsieur A.
HISTORIQUE Ainsi que nous l'avons rappelé, une petite communauté chinoise, envoyée par la Compagnie des Indes, résidait sur l'île de Sainte-Hélène afin d'en assurer le bon fonctionnement. Parmi ces exilés, figuraient d'anciens cuisiniers, des paysans mais aussi des artisans.
Ces derniers réalisèrent plusieurs ouvrages pour Napoléon: certains sont modestes - comme la petite boîte à thé de l'Empereur et sa grande volière - d'autres, au contraire, constituent de véritables oeuvres d'art, à l'instar de la canne que nous présentons.
Cette canne à système en rostre de narval, ou licorne des mers, fonctionne au moyen d'une baguette escamotable, solidaire du pommeau.
La baguette avait pour but de pointer les cartes.
Elle constitue donc un symbole très fort, indissociable du grand homme et de son brillant parcours militaire. On imagine tout à fait l'Empereur, au moment de la rédaction du Mémorial de Sainte-Hélène, raconter au comte de Las Cases les mouvements de ses troupes, tout en pointant sur une carte les zones qu'il avait autrefois conquises ou pour lesquelles il avait eu des velléités.
Les chinois de Sainte-Hélène
En 1810, trois ans après l'abolition de la traite négrière dans l'Empire britannique, le colonel Patton, alors gouverneur de Sainte-Hélène, fit venir sur l'île une main-d'oeuvre chinoise destinée à remplacer la force de travail des esclaves.
Celle-ci, recrutée dans les comptoirs de la Compagnie des Indes orientales, se composait d'agriculteurs, d'éleveurs, de menuisiers, de maçons et de tailleurs de pierre. Extrêmement «laborieuse et industrieuse», selon les mots du colonel, elle regroupa bientôt plusieurs centaines d'employés contractuels, qui percevaient un modeste salaire annuel de 28 livres sterling[1].
Quelques-uns de ces travailleurs immigrés entrèrent au service de Napoléon.
Les écrits de Louis-Joseph Marchand et du mamelouk Ali, fidèles domestiques de l'Empereur, livrent de précieuses informations sur la nature de leurs activités quotidiennes à Longwood. Les chinois furent affectés à de multiples tâches, occupant tour à tour les postes de jardiniers, menuisiers, voire cuisiniers. De nombreux cuisiniers, tous fort médiocres, se succédèrent aux fourneaux de Longwood. Aussi n'était-il pas rare qu'à la suite d'un renvoi du maître-queue ou de sa démission subite, les domestiques chinois prissent le relais durant quelques mois, servant à la table de l'Empereur des plats traditionnels de leur pays - que ce dernier, paraît-il, n'appréciait pas toujours!
À l'exception de ces interludes culinaires, les chinois oeuvrèrent essentiellement aux aménagements extérieurs de la résidence de l'Empereur. On sait ainsi qu'ils participèrent activement aux grands travaux paysagers qu'initia Napoléon en 1819, pour se distraire de ses geôliers. Les nouveaux jardins achevés, deux domestiques chinois en prirent soin quotidiennement, recevant, en plus de leurs collations, 30 shillings par mois de la part de l'Empereur. À la demande de ce dernier, ils y installèrent une grande volière[2] de bambous, couronnée d'une aigle et décorée de motifs traditionnels chinois. Sur les parois d'une petite grotte artificielle qu'on avait ménagée dans une partie basse du jardin, ils sculptèrent également de belles boiseries à motifs de dragons et d'oiseaux[3].
Dans ses Mémoires, Marchand souligne le talent de ces artisans. Parlant de l'un d'eux, il écrit: «Parmi les Chinois, il y en avait un dans l'île qui sculptait avec goût et était menuisier de son état. L'Empereur témoigna le désir que M. de Montholon lui fit faire un kiosque chinois dans un endroit du jardin qu'il désigna lui-même [...], pour pouvoir de là découvrir la mer et se retirer de temps en temps[4]». Sans doute est-ce à ce même sculpteur de qualité que Napoléon commanda sa fameuse canne en rostre de narval? Cette dernière constitue, en tous les cas, un témoignage rare et précieux du travail des artisans chinois à Sainte-Hélène. Reconnaissant de leurs services, l'Empereur n'oublia d'ailleurs pas de les faire figurer dans son testament, à la suite de ses proches et fidèles.
[1]Ces informations sont tirées du livre de Michel Dancoisne-Martineau, Chroniques de Sainte-Hélène: Atlantique sud, Paris, Perrin, 2011, chapitre 41.
[2]De nos jours, cette volière est conservée au musée-hôtel Bertrand de Châteauroux, où elle a été remontée.
[3] Gilbert Martineau, La vie quotidienne à Sainte-Hélène au temps de Napoléon, Paris, Tallandier, 2005.
[4] Louis-Joseph Marchand, Mémoires de Marchand, premier valet de chambre et exécuteur testamentaire de l'Empereur à Sainte-Hélène, Paris, Tallandier, 1991, p. 266.
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