GIOVANNI DOMENICO TIEPOLO (VENISE 1727 - 1804)

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GIOVANNI DOMENICO TIEPOLO (VENISE 1727 - 1804)


L'enlèvement d'une femme ou le centaure et la nymphe
Plume et encre brune, lavis brun sur traits de crayon noir, sur papier filigrane trois demi-lunes
29 x 41 cm
Signé en bas à droite Dom° Tiepolo f
Porte en haut à gauche dans la marge le n° 58
PROVENANCE Vente anonyme, Londres, Sotheby's, Wilkinson et Hodge, 6 juillet 1920, sous le n° 41 (610 £), (Domenico Tiepolo. One hundred and two Carnival
Scenes with many figures, drawn with pen and bistre and enriched with washes of bistre and ink, signed. 102. 11 ½ by 16ins);
Acheté à cette vente par P. & D.Colnaghi,
Londres;
Acquis chez Colnaghi par Richard Owen, en 1921 (800 £);
Collection Richard Owen, Paris.
EXPOSITION Les dessins de Tiepolo dans la collection de
Richard Owen, Paris, Musée des Arts décoratifs, 1921.
BIBLIOGRAPHIE A. Gealt, Gian Domenico Tiepolo - Dessins de
Polichinelle, Arcueil, 1986, n° 90, reproduit.
Difficile à retracer dans une chronologie ou un récit narratif, nos deux dessins illustrent bien la dérision de Tiepolo parodiant en un sens les récits héroïques. Tandis qu'une nymphe est arrachée par un centaure dans l'un des dessins, et en lieu et place d'une dramaturgie inspirée d'un enlèvement de Déjanire ou autre récits mythologiques impliquant l'animal extraordinaire, nous voyons là une horde de polichinelles patauds gesticulant de mécontentement derrière le drame.
Nos deux dessins apparurent le 6 juillet 1920 dans une vente Sotheby, Wilkinson & Hodge sous le numéro 41, Domenico
Tiepolo cent-deux scènes de carnaval avec beaucoup de figures. Ils furent achetés par la célèbre maison londonienne Colnaghi qui les revendit immédiatement à Richard Owen, un amateur d'art anglais,- et probablement marchand - résidant quai Voltaire à Paris. On ne sait comment celui-ci arriva à exposer la série entière au musée des Arts-Décoratifs de Paris en 1921, mais ce fut à cette occasion, et malheureusement sans catalogue, que la totalité de la série put être une fois considérée dans son ensemble.
Richard Owen les vendit par la suite pièces à pièces et la quasi-totalité de cette série se trouve aujourd'hui dans des collections ou musées américains. Très peu sont restés dans des collections privées, en voilà deux.
Cette série des polichinelles a donné lieu à de nombreuses interprétations. Les plus connues sont celles développées par Byam Shaw en 1962,
Knox en 1985 et Adlhed Gealt qui en tira une exposition en 1979 orientée essentiellement autour des dessins conservés aux Etats-Unis à
Bloomington (Indiana).
Mais malgré ces tentatives, les polichinelles n'ont pas livré tous leurs secrets. Leur destination ; la page de garde de l'album parlait de divertimenti per li ragazzi, sans qu'on ne puisse évidemment imaginer que ces illustrations appartiendraient à l'univers du «livre d'enfants ». Leur sens; satirique ou allégorique, restera certainement un mystère, mais par l'invention de leurs styles, la qualité de leurs allégories, le brillo de leurs dessins et la qualité de la narration, ce divertimento constitue certainement un des plus beaux ensembles dessinés de cette fin de ce siècle. Ces dessins incarnent en effet la fable de Venise au XVIIIe, aussi bien politiquement tout en révélant le nouvel esprit des Lumières, celui de la Révolution française, qui envahira bientôt l'Europe entière.
La série des Pulcinelli rassemblée sous le titre
Divertimento per li Regazzi est la plus complète et la plus fameuse des séries de dessins réalisées par Domenico Tiepolo. Constituée à l'origine de 104 dessins, elle est même considérée comme le chef d'oeuvre de l'artiste, alors retiré dans la villa familiale de Zianigo en une semi-retraite.
On date en effet ces dessins de Pulcinella des dernières années de la vie du peintre. Sans doute vers 1800 en se référant à certains détails comme les costumes, et aux «réutilisations» puisées dans les dessins de La vie quotidienne daté vers 1791. La série est aussi perçue comme une continuation des fresques de la villa Zianigo, réalisées après le retour d'Espagne, et dont la célèbre Camera dei Pagliacci, est désormais reconstituée à la Ca'Rezzonico de Venise.
D'après certaines études, il apparait que Domenico
Tiepolo a adapté certaines de ses anciennes compositions, ou bien en a tiré seulement des personnages ou des détails. Il s'est aussi inspiré des dessins de son père Giovanni Battista. Pour les animaux exotiques, on trouve des concordances avec des oeuvres de Stefano della Bella.
Ce sujet de Pulcinella, est familier à Tiepolo depuis longtemps.
La première apparition de cette figure de la comedia dell'arte dans l'oeuvre de Gian Domenico
Tiepolo remonterait avant 1762. Il existait en effet une gravure par Leonardis, d'après un dessin de Tiepolo, que Byam Shaw datait avant l'année 1765 (J. Byam Shaw, The Drawings of
Domenico Tiepolo, Londres 1962, p. 52). Réalisé pour le comte Algarotti mort en 1764, Tiepolo ne put dessiner le modèle de la gravure qu'avant son voyage en Espagne en 1762.
La figure de Polichinelle jouissait déjà d'un joli succès à Venise au milieu de XVIIIe siècle.
Le personnage d'origine médiévale avait été intégré à la comedia dell'arte et remis au goût du jour dans le théâtre napolitain par l'acteur
Silvio Forillo au début du XVIIe siècle. Plusieurs pièces de théâtre napolitaines s'en suivirent et son costume identifiable en blanc et masqué de noir en fit une figure récurrente des pièces drolatiques de l'époque. L'esthétique reconnaissable de ses habits appuya encore son succès dans toute l'Italie et on le retrouva abondamment au moment du carnaval de Venise.
Tiepolo était un observateur caustique de son époque, il aimait partager ses visions piquantes de la vie à Venise au XVIIIe siècle. C'est donc assez logiquement qu'il s'était intéressé à la figure de Polichinelle. Personnage burlesque et falot, Polichinelle a vite symbolisé une version parodique de son époque et de l'oeuvre même de Tiepolo. Reprenant des compositions qu'il avait déjà réalisées mais en remplaçant centaures,
Dieux grecs ou simples courtisans par des Polichinelles, Tiepolo s'est servi du personnage pour tourner encore davantage en dérision les travers de son Temps.
Selon un témoignage recueilli par James
Byam Shaw (The Drawings of Domenico Tiepolo,
Londres, 1962, p.52, note 1) les 102 dessins présentés à la vente de 1920 n'étaient déjà plus rassemblés dans un album, mais séparés. Ils furent dispersés, un à un, la plupart du temps dans des circonstances inconnues par le grand collectionneur Richard Owen.
Les dessins de la série des Pulcinelli présentent les mêmes dimensions, la même technique d'encre et de lavis brun sur pierre noire. Les différentes nuances de lavis obtenues par Tiepolo montrent l'utilisation de plusieurs encres différentes. De même plusieurs filigranes apparaissent sur le papier dont le plus courant est celui des trois demi-lunes, une marque familière à Venise. La plupart sont signés.
Au fur et à mesure de la réapparition des dessins sur le marché de l'Art ou dans les collections, les chercheurs ont essayé de retrouver l'ordre initial, un fil conducteur dans la classification des images afin de reconstituer une trame narrative.
Il est vite apparu que le numéro inscrit dans la marge en haut à gauche, apposé vraisemblablement du vivant de Tiepolo n'offre aucune possibilité de classement. Plusieurs hypothèses ont alors été émises. En étudiant ces numéros, les différents sujets, les photos réalisées par
Richard Owen à l'époque où il était le propriétaire de l'ensemble, Byam Shaw a proposé une classification en cinq parties bien distinctes qui apparaît comme cohérente sans donner cependant entière satisfaction.
1) L'enfance - 2) Différents occupations - 3) Les voyages 4) La vie sociale - 5) La mort
On s'est en effet aperçu que certaines images pouvaient s'intégrer dans plusieurs catégories à la fois. Qu'on pouvait combiner les images de différentes façons, juxtaposer plusieurs histoires.
La classification de Byam Shaw donne la possibilité de faire une reconstitution chronologique de la vie Pulcinella avec une dimension comique ou bien plus grave: la naissance, l'enfance, le mariage, les voyages, le travail, le carnaval, la mort et également des sujets encore peu identifiables.
Plusieurs autres questions continuent à se poser. Tiepolo a t-il illustré une histoire dont le livret demeure encore inconnu aujourd'hui ?
A t-il lui-même inventé sa propre histoire ? A t- il voulu proposer aux spectateurs de combiner les images à leur guise et proposer eux-mêmes leurs propres histoires ?
On s'interroge également sur les différentes grilles de lectures, sur l'interprétation. Certains comme Byam Shaw se réfère au titre du frontispice
Divertimento per li Regazzi. La série de dessins serait un amusement proposé aux enfants.
Sans doute une continuation des histoires de
Pulcinella à l'intention de petits voisins qui avaient entrevu les fresques de la villa Zianigo.
Certaines images considérées aujourd'hui comme triviales ou violentes pour des yeux d'enfants, auraient été tout à fait communes à l'époque. Tiepolo a t - il proposé une satire de ces contemporains en se servant du personnage de Pulcinella ? A t -il poursuivi un but moralisateur ? A t-il juste donné aux Vénitiens des images de la vie d'un jeune homme de leur temps dans lequel chacun puisse se retrouver ?
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