Edme BOUCHARDON (29 Mai 1698 - 27 Juillet 1762)

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Edme BOUCHARDON (29 Mai 1698 - 27 Juillet 1762)


ART_BUSINESS_AGUTTES_BOUCHA par encheres-drouot

Charles Frédéric de La Tour du Pin, Marquis du Gouvernet. Buste en marbre blanc. Signé au revers: EDMONDUS BOUCHARDON SCULPTOR REGIUS FACIEBAT A. D. 1736 Hauteur: 78 cm Largeur:56 cm Profondeur:30 cm Exposé au salon de 1738 Resté dans la famille depuis 1736 Provenance : - Commandé en 1734 par Charles-Frédéric de la Tour du Pin de Bourlon marquis de Gouvernet, gouverneur de Montélimar (1694-1775) - Présenté au Salon de 1738, n°153. - Resté dans les collections du marquis jusqu'à son décès - Par descendance à Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour du Pin de Gouvernet marquis de la Charce (1723-1794) - Sa veuve : Marie-Madeleine Bertin (1727-1794), soeur de la marquise d'Ossun - Par descendance à son petit-fils : René-Louis-Victor de Gouvernet de la Charce marquis de la Tour du Pin (1779-1832) - Sa veuve : Honorine-Camille-Athénaïs Grimaldi princesse de Monaco (1784-1879) - Par descendance à son petit-fils : Hyppolite Camille Fortuné Guigues de Moreton de Chabrillan (1829-1900) - Le fils de ce dernier : Aynard Guigues de Moreton de Chabrillan (1869-1950) - Par descendance jusqu'au propriétaire actuel Bibliographie : - G. Scherf, Edme Bouchardon, une figure du renouveau, Catalogue de l'exposition, L'Antiquité rêvée, innovations et résistances au XVIIIe siècle, Paris, Musée du Louvre, décembre 2010-février 2011, Gallimard, 2010, p.114-118 (illustré). - A. Roserot, Edme Bouchardon, Paris, 1910, p.42, planche VIII. - S. Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l'école française au Dix-huitième siècle, Paris, 1910 Eloigné du portrait de Cour et de toute autre représentation sculptée de l'époque, le buste en marbre du marquis de Gouvernet rompt avec l'art du portrait développé par les sculpteurs français depuis le règne de Louis XIV. Il doit être considéré comme la toute première manifestation de l'Antiquité appliquée au portrait en buste d'une personnalité française au XVIIIe siècle. Dans sa composition Bouchardon fait preuve d'une incroyable audace et s'affiche comme le sculpteur le plus avant-gardiste de son temps. Il innove et annonce ce que seront certaines créations françaises quelques décennies plus tard, à partir du milieu du XVIIIe siècle. Ce type de représentation peut se caractériser par la mise en scène du modèle en le présentant telle une figure héroïque caractérisée par la nudité, totale ou partielle, à laquelle Bouchardon apporta quelques éléments modernes, notamment le traitement réaliste de la chevelure et le rejet de la composition axiale du visage par rapport au corps, en le plaçant volontairement de profil. Prenons toutefois le soin de souligner qu'il s'agit de la première personnalité française représentée de la sorte, c'est-à-dire « à l'antique », mais le sculpteur n'en était pas à son coup d'essai. En effet, il avait pu moins d'une dizaine d'années auparavant tester ce type de représentation novatrice de figuration « à l'antique » et jouer ce rôle de précurseur grâce au mécénat de quelques rares amateurs étrangers présents à Rome au cours de son séjour italien. Ainsi, excepté la statue du prince de Waldeck, uniquement connue par des projets, mais qui pose les véritables bases fondatrices du portrait « à l'antique », le sculpteur réalisa à Rome trois bustes présentant des caractéristiques esthétiques communes, qui précédent de quelques années ce qui sera l'apothéose de l'art du portrait du sculpteur : le buste du marquis de Gouvernet, oeuvre magistrale, d'une exceptionnelle puissance et d'une impressionnante vérité. Le premier amateur qui fit appel aux talents de l'artiste pour réaliser son buste dans l'esprit de l'Antiquité fut le baron Philipp von Stosch, aristocrate d'origine germanique, passionné de médailles antiques, grand voyageur et intime du puissant cardinal Alessandro Albani. Son buste, réalisé par Bouchardon en 1727, appartient de nos jours aux collections du Staatliche Museen de Berlin (illustré dans le catalogue de l'exposition L'Antiquité rêvée, innovations et résistances au XVIIIe siècle, p.112). Sa composition est fortement marquée par la sculpture antique. En effet, il s'inspire plus ou moins directement, notamment dans le traitement de la draperie retenue par une fibule, du buste antique de l'empereur Trajan des anciennes collections Albani conservé au Musée du Capitole à Rome. Admiré par son commanditaire et par de nombreux collectionneurs et artistes, le buste de Philipp von Stosch, permit à Bouchardon de véritablement débuter sa carrière romaine et d'obtenir notamment deux nouvelles commandes, mais cette fois-ci d'amateurs britanniques. Ainsi, l'année suivante, en 1728, reprenant les mêmes principes esthétiques qu'il avait développé pour le buste von Stosch, il réalisa le buste « à l'antique » de John Gordon (conservé au Highland Council, Inverness Museum and Art Gallery), puis en 1729, celui de Lord Hervey of Ickworth (1636-1743) (conservé à Melbury House). Ces trois bustes connurent un immense succès et il semble aujourd'hui étonnant que, bien qu'encensé par l'ensemble du monde artistique français, Bouchardon n'ait pas reçu au cours de son séjour romain de commandes de bustes dans ce nouvel esprit par des personnalités françaises. En fait, il faudra attendre son retour à Paris pour qu'un amateur du temps: le marquis de Gouvernet, certainement l'une des personnes les plus réceptives à cette nouvelle esthétique, s'empresse dès 1734 de lui passer commande de son portrait en buste, oeuvre qui assoira définitivement la popularité du sculpteur lors de son exposition au Salon de 1738 ; en effet, présenté sous le n°153 (« Portrait en buste en marbre blanc, sans draperies, traité dans le goût antique »), l'oeuvre suscita l'enthousiasme de l'ensemble des amateurs et des artistes du temps. Retracer la provenance d'une telle oeuvre aurait pu s'avérer être d'une grande difficulté, mais heureusement cela nous a été facilité d'une part, par l'extraordinaire richesse et la qualité des documents des notaires parisiens des XVIIIe et XIXe siècles conservés aux Archives nationales, d'autre part, par le fait qu'au fil des siècles les héritiers successifs du marquis de Gouvernet ont conservé le buste de leur aïeul jusqu'à nos jours. Ils le dévoilent aujourd'hui aux amateurs, aux curieux et à toute personne réceptive à l'un des plus grands chef-d'oeuvres de la sculpture française du règne de Louis XV conservé en mains privées. Après la mort du marquis en 1775, un inventaire fut dressé ; ses biens étaient dispersés entre ses deux habitations parisiennes, une maison rue de Vaugirard, une seconde, rue de Tournon dans laquelle il était décédé quelques jours auparavant (A.N. M.C. ET/XXXIII/610). Conservé aux Archives nationales, cet acte débute le 10 mai. Il décrit méthodiquement l'ensemble du mobilier du marquis composé notamment de belles pendules, de quelques bronzes et d'un secrétaire en marqueterie portant le chiffre du propriétaire des lieux. Pourtant, malgré la rigueur parfois extrême du notaire, le buste n'apparaît pas dans l'inventaire. Cet « oubli » s'explique en fait aisément par le fait qu'à cette époque toute oeuvre, tableaux et bustes en marbre représentant des portraits dits « de familles », n'était pas prisée mais uniquement mentionnée pour mémoire. Notons de plus que cela n'était pas systématique et qu'il arrivait souvent, comme c'est le cas ici, que les portraits familiaux soient purement non cités dans l'acte. Cette omission est renforcée par la mention dans la chambre à coucher du marquis des «...portraits de M. et Mme de Gouvernet... » ; de toute évidence des tableaux, qui ne sont ni prisés, ni cités pour mémoire, mais qui ne servent qu'à la prisée de deux rideaux de taffetas vert avec leurs pentes qui servent à les couvrir. Il est intéressant de relever plus loin dans l'inventaire la mention « d'une tête de chien (sanguine) de Bouchardon 18 livres », puis de « ...37 études de Bouchardon et autres... » qui permettent de supposer que le marquis conservait quelques dessins ou projets préparatoires à la réalisation de son buste par le sculpteur. Enfin, à la fin de l'acte avec l'inventaire des papiers apparaît pour la première fois une mention faisant référence à l'exécution du buste du marquis de Gouvernet par Bouchardon : « It une pièce qui est une quittance (renvoi en marge : donnée à M. le marquis de Gouvernet par M. Bouchardon le vingt-quatre décembre 1734) de la somme de six cent livres acompte sur un buste de marbre blanc, ladite quittance signée Bouchardon. Laquelle pièce a été cotée et paraphée par maître Poultier et inventoriée quatre-vingt-quatorze ». (voir annexe 1). Enfin, mentionnons que le 20 avril 1775, précédant de quelques jours l'inventaire après décès du marquis, une description de ses biens avait été dressée lors de l'apposition des scellés par les commissaires du Châtelet. Dans la chambre à coucher de la maison rue de Tournon était succinctement mentionné « ...le buste du défunt en marbre... » (A.N. Y/13555). (voir annexe 2). Par son testament déposé en janvier 1715, le marquis léguait l'ensemble de ses biens, estimé à l'époque à 300.000 livres, entre sa soeur aîné (150.000 livres) et ses deux soeurs cadettes (75.000 livres chacune). Toutefois, un codicille enregistré le 24 juillet 1742 qui révoquait les dispositions testamentaires de 1715 modifia totalement le caractère de la future succession du marquis de Gouvernet. En effet, par cet acte il instituait comme légataire universel l'un de ses cousins : « Je donne tout ce que je puis donner suivant la coutume où mes biens sont situés à M. le marquis de la Charce père et au fils au cas où le père fut mort... », puis insistait sur les obligations du jeune fils du marquis de la Charce en le priant « de porter le nom de Gouvernet et de ne jamais vendre la terre de Gouvernet », enfin il concluait en donnant ses «fleurs et tableaux à M. de Livry », son beau-frère. Ainsi, lorsque le marquis décéda en 1775, ses six présomptifs héritiers, neveux et nièces, se présentèrent ou se firent représenter à sa succession. Il s'agissait de trois frères : Jean-Gaspard, Louis-Alexandre et Jean-Charles de Cassagnes de Beaufort de Miramont, ainsi que de Jean-Frédéric et Charles-Frédéric de Veynes et de leur soeur, Madame du Plan, tous trois frères et soeurs. Mais, le codicille de 1742 qui nommait le marquis de la Charce père, ou son fils, comme légataire universel, fut présenté par le notaire. Le père étant décédé en 1746, c'est donc son fils, Philippe-Antoine-Gabriel-Victor marquis de la Charce, qui hérita de la totalité des biens de son lointain parent. Le marquis de la Charce, désormais titré la Tour du Pin marquis de Gouvernet, mourut en 1794. Comme souvent au cours de cette période troublée son inventaire après décès est lacunaire, l'inventaire des papiers semble complet, tandis que ses biens, meubles et objets, sont peu nombreux et surtout une nouvelle fois, le buste n'apparaît pas, dû comme nous l'avons souligné auparavant à son caractère familial. Quelques mois plus tard, son épouse, née Jeanne-Madeleine Bertin, décédait à son tour dans les appartements qu'elle louait faisant partie d'un hôtel situé au n°1053 de la rue Saint Dominique. Parmi ses biens était décrit dans un appartement au 1e étage ensuite de l'antichambre où logeait ladite Madame Gouvernet : « Dans le Salon en entrant éclairé sur le jardin : N°42. A l'égard d'un buste de marbre sur un pied de marbre gris et blanc sur une demie colonne sur une demie colonne de bois de chêne et d'une copie du même buste en plâtre sur une colonne de plâtre cannelée, il n'en a été fait aucune prisée comme représentant un membre de la famille pourquoi Mémoire » (A.N. M.C. ET/XXIX/635, 27 pluviose an V) (voir annexe 3).. Il est intéressant de noter que le modèle en plâtre, qui ne peut pas correspondre à la version en terre cuite conservée de nos jours au Musée Jacquemart-André à Paris (illustrée dans Bill G.B. Pallot et N. Sainte Fare Garnot, Le mobilier français du musée Jacquemart-André, Dijon, 2006, p.143), faisait alors partie des collections familiales ; sa localisation est aujourd'hui inconnue. Il y avait deux héritiers lors de cette succession, tous deux se partageant en deux parties égales la masse successorale : une fille unique, Jeanne-Antoinette-Philis-Victoire (1749-1810), épouse de Sébastien de Poilvillain marquis de Cresnay, et un petit-fils René-Louis-Victor marquis de la Tour du pin de Gouvernet de la Charce, puisque le fils de la marquise de Gouvernet, Jean-René-Mans de la Tour du Pin de la Charce, marié à Louise-Charlotte de Béthune-Pologne, était décédé en 1781. Une nouvelle fois le buste fut conservé dans les collections la Tour du Pin, puisque c'est le petit-fils, René-Louis-Victor, qui en hérita. Ce dernier mourut en 1832. Un inventaire après décès fut dressé mais le buste n'est pas mentionné dû à son caractère familial. René-Louis-Victor avait épousé Honorine Camille Athenaïs Grimaldi princesse de Monaco qui mourut en mai 1879 dans une maison qu'elle louait au 5, rue du Cirque à Paris. Un nouvel inventaire après décès fut dressé quelques jours après sa mort mentionnant très brièvement dans le Grand Salon : « 54. Six portraits de famille et deux bustes en marbre Mémoire » (A.N. M.C. ET/XCI/2134, le 7 juin 1879). (voir annexe 4). De son union avec René-Louis-Victor étaient nés un fils, mort sans alliance en 1855, et une fille Philis-Charlotte décédée avant sa mère en avril 1865. Cette dernière avait épousé Charles Fortuné Jules Guigues de Moreton comte de Chabrillan (1796-1863) dont elle eut deux fils qui se partagèrent la succession de leur grand-mère maternelle en 1879 : Hyppolite-Camille-Fortuné Guigues de Moreton de Chabrillan comte Fortuné de Chabrillan (1829-1900) et Louis-Robert-Fortuné Guigues de Moreton de Chabrillan comte Robert de Chabrillan (1832-1892), le premier était propriétaire et demeurait à Paris 8, rue Christophe Colomb, le second était lieutenant-colonel attaché habituellement à la garnison de Rouen. Le buste échu au premier des deux, le comte Fortuné de Chabrillan, puis à son fils Aynard Guigues de Moreton de Chabrillan (1869-1950) ; enfin, il fut conservé par ses descendants jusqu'à nos jours. Edme Bouchardon (1698 - Paris 1762) fut certainement le sculpteur le plus célèbre du règne de Louis XV et était considéré par ses contemporains, confrères et amateurs, comme l'incarnation la plus éblouissante du renouveau de l'art de la grande sculpture française. Né à Chaumont-en-Bassigny en Haute-Marne, il débute sa formation dans l'atelier paternel dirigé par son père Jean-Baptiste sculpteur et architecte talentueux. Probablement vers la fin des années 1710 ou dans les premières années de la décennie suivante, il vient s'installer à Paris et devient l'élève de l'un des sculpteurs les plus réputés du temps : Guillaume Coustou. Son exceptionnel talent allié à son ambition lui permettent de remporter le Premier prix de Sculpture en 1722 pour son Gédéon choisit ses soldats en observant leur manière de boire. L'année suivante, il part à l'Académie de France à Rome afin de perfectionner son art et surtout d'étudier les Antiques. Il demeurera neuf années dans la cité papale « étudiant sans cesse, dessinant tout ce que l'antique a de plus parfait, l'apprenant pour ainsi dire par coeur » (P. de Chennevières et A. de Montaiglon, Abecedario de Mariette et autres notes inédites de cet amateur sur les arts et les artistes, AAF, 1851-1860, Tome I, p.163). En l'espace de peu de temps, il acquiert une notoriété considérable, oeuvrant aussi bien à des copies d'antiques célèbres, tel le Faune de la collection Barberini, qu'à des projets monumentaux, tels ses études pour le tombeau de Clément XI et pour la fontaine de Trevi. Parallèlement il se compose une clientèle privée internationale, réalisant ou projetant de réaliser leurs bustes ou des figures en pied, telle la statue du prince de Waldeck, oeuvre jamais réalisée mais dont les dessins préparatoires conservés démontrent l'exceptionnel esprit novateur dont fit preuve le sculpteur. Peu de temps avant son retour en France, il fut élu à l'Académie de Saint-Luc le 31 août 1732 ; le duc d'Antin, alors directeur des bâtiments du roi, quelque peu empressé du retour de ce prodige en France et soucieux des mécènes internationaux attachés à Bouchardon écrivait : « Ce n'est pas pour enrichir les païs étrangers que le Roy fait tant de dépenses à s
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