RUBALDO MERELLO (1872-1922)

Lot 23
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Estimation :
30000 - 50000 EUR
RUBALDO MERELLO (1872-1922)
Paesaggio ou Rochers à San Fruttuoso, environs de Portofino, 1908 Huile sur toile Signée, située, datée ‘1908' et dédicacée ‘A Maria Bossi' au dos 30 x 30 cm - 11 3/4 x 11 3/4 in. PROVENANCE - Collection Prof. Luigi Maria Bossi, Gênes (offert par l'artiste) - Collection particulière, Europe (par descendance) EXPOSITION 60a Esposizione, Società di Belle Arti in Genova, Gênes, Teatro Carlo Felice, 24 juin-24 juillet 1914, n°72 ou n°73 (titrés Paesaggio et commentés ‘proprietà del Prof. Bossi') BIBLIOGRAPHIE Società di Belle Arti in Genova, 60a Esposizione, Catalogo delle Opere d'Arte, Gênes : Società di Belle Arti in Genova, 1914, p.18 RUBALDO MERELLO « Il n'y a pas longtemps, j'étais à Gênes et, chez des amis, je suis tombé nez à nez avec une peinture de paysage que je ne savais pas comment situer, chromatiquement si indépendante qu'elle gravait son propre nom, j'allais dire en majuscules. Et le nom était là, totalement inconnu de moi, comme dans un mélodrame de Verdi : Rubaldo Merello. Ce qui m'avait frappé, c'était sa façon autonome de s'inspirer des principes néo-impressionnistes, qui avaient aussi produit notre pointillisme : les couleurs complémentaires échappaient au contrôle du peintre comme des paillettes vivantes, presque incandescentes, et s'entremêlaient sur la toile par associations autonomes. Leur force est de ne pas se confondre, de rester presque comme des aiguilles rigides et indépendantes, comme c'est d'abord le cas chez van Gogh. Et il ne fait aucun doute que van Gogh peut être revendiqué parmi les ingrédients connus ou mal connus de la culture figurative de Merello ; mais, pour autant que j'ai pu le vérifier, il est douteux que Merello ait vraiment réussi à en voir en Ligurie, et étant mort en 1922, je ne sais même pas comment et jusqu'où il en est venu à s'aider de la trichromie : que ce soit van Gogh ou Pissarro. Et peut-être n'est-il même pas nécessaire, inéluctable, de se référer à van Gogh, puisque ce qu'il a appris du pointillisme, il le tient clairement de Segantini, Pellizza, Previati, et que la manière italienne de la fureur rotative, de la transcendance pyrotechnique de van Gogh, il n'y en a aucune trace chez Merello. En effet, si l'on peut faire une comparaison, c'est avec certains paysages de Munch, et à cause de la couleur vraiment imaginaire et dissidente qu'il réussit souvent à atteindre. [...] Il semble alors, lorsque ce caillot de couleur intacte atteste du coeur excité de Merello, que les pierres saignent vraiment, que le ciel est convulsé par les plus lointaines aurores boréales, que les arbres se dissolvent en banderoles. La couleur circule comme des veines capillaires à travers la toile, ces veines [...] qui, lorsqu'on se rase, ne cicatrisent que difficilement. C'est ainsi que les choses les plus inattendues se produisent dans le tableau. Il arrive que ce Ligure provincial amoureux de sa mer de la façon la plus bourgeoise [...] franchisse par excès la gamme offerte et venimeuse de la riante et pittoresque Riviera, et comme un avion qui brise le mur du son, brise celui de la couleur donnée et reçue par les yeux et pour les yeux. Ainsi les nuages deviennent-ils d'un jaune citron comme dans certains tableaux de Bonnard, les embruns se gorgent-ils de bleus, de roses et de topazes à la manière d’une grappe de pierres précieuses, et même les formes légèrement ségantiniennes des arbres dépassent la sécheresse du modèle, et évoquent des modules châtiés, retournés, comme dans certains paysages de Seurat. Bien sûr, l'ennui avec Merello, c'est que ce feu est posé sur un treillis d'une consistance palpable et quotidienne [...]. Ce point de départ était plus qu'un point de départ, c'était peutêtre la nature même avec laquelle Merello était accepté et reconnu [...]. L'élaboration du tableau se déroule avec une confiance extraordinaire : les paillettes de couleur restent divisées et nettes comme dans une mosaïque d'un genre nouveau : tout peut se dérouler de manière impeccable, brillante et impétueuse. Mais tout à coup la couleur prend le dessus, chez Merello : un jaune ne réclame plus son bleu, mais se rencontre dans un rose corail, et les ombres et les reflets de la mer incitent d'étranges couleurs à se percher, comme des oiseaux de passage. Il n'y a pas une toile, parmi celles que j'ai vues, où, au moins dans un coin, cet événement ne se produise pas. Mais il y a plusieurs toiles où il se produit de haut en bas, avec un rythme endiablé, une alternance insouciante et virulente : et ces toiles, alors, mettez-les à côté des meilleurs Munch et Bonnard, elles tiendront le coup, c'est incroyable, mais elles tiendront le coup. [...] le propos conscient est toujours celui d'un motif exacerbé dans son apparition immédiate, dans la conjoncture même de l'existence de l'artiste. Mais si cette lymphe mystérieuse qui a fait de lui un artiste, un peintre, parvient à couler comme du tube de sa palette, alors le motif se ranime, l'identification fantastique ne va plus du motif à la conscie
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