LÉGER FERNAND (1881-1955).

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LÉGER FERNAND (1881-1955).
L.A.S. «Ton gros FLéger» avec DESSIN, Verdun «Ravin de Bazile» 12 novembre 1916, à Jeanne LOHY; 3 pages in-8 au crayon, enveloppe à «Madame Léger», poste restante à Lyon.
Lettre du front près de Verdun, avec dessin, à sa marraine de guerre et future femme. [Jeanne LOHY (1895-1950), rencontrée avant la guerre dans les milieux artistiques, fut la marraine de guerre de Fernand Léger, qui l'épousera officiellement en 1919.]
Il ne sait plus où est son Janot; elle a dû quitter «ce charmant pays de Beaume-les-Bains», et il a baptisé le ravin où il se trouve de «ce nom délicieux [...] Dans le bas du ravin il y a d'énormes trous d'obus pleins d'eau dans lesquels nous allons puiser pour boire (ici on touche je pense te l'avoir dit un quart d'eau par jour et par homme) donc je tire mon qua­trième jour dans ce ravin de Beaume-les-Bains puisqu'il est situé au bord de l'eau. Hier mon vaguemestre l'homme qui est chargé de descendre et de monter les lettres a eu la moitié de la tête enlevée par un obus. Je suis allé le ramasser il venait de me quitter il n'y avait pas 5 minutes. Il lui restait juste le bas de la figure avec les dents d'en dessous quelque chose comme cela [dessin de la tête] avec un peu de cheveux derrière. Je n'ai jamais eu une impression aussi horrible dans tout ce que j'ai vu. [...] Tous les blessés passent dans mon ravin. Ça n'arrête ni jour ni nuit. Quel défilé lamentable [...] Il faut avoir passé à Verdun pour savoir jusqu'où peut aller la misère et la souffrance humaine c'est inoui. Pense que d'où je suis un blessé doit être porté à l'épaule pendant 4 kilomètres dans un chemin à peine tracé continuellement battu par l'artillerie. Penses tu à cela ce pauvre diable tout saignant tout couvert de boue et transi de froid ou trempé par la pluie 4 kilomètres il faut 2 h ½ à 3 heures avant d'atteindre les voitures sanitaires. C'est un désert tu sais Verdun, un désert fabriqué par l'artillerie moderne où il ne reste rien que de la terre remuée et des débris d'homme mélangés avec. Il faut vivre là-dedans. Si j'en reviens, je serai content d'avoir vu cela car j'aurai vu la guerre dans ce qu'elle a de pire. On ne peut pas aller plus loin - c'est impossible»...
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