VU CAO DAM (1908-2000)

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VU CAO DAM (1908-2000)

Le culte des ancêtres, 1942

Encre et couleurs sur soie, signée et datée en haut à droite

78.5 x 47.5 cm à vue - 30 7/8 x 18 3/4 in by sight

Ink and color on silk, signed and dated upper right


Une attestation d’inclusion au catalogue raisonné de l’artiste actuellement en préparation par Charlotte Aguttes-Reynier sera remise à l’acquéreur


PROVENANCE

Collection privée, France (offert vers 1955)

Puis par descendance, Paris (transmis du précédent dans les années 1990)


Pays marqué par de multiples influences qui ont fait son histoire, le Vietnam est enrichi par une pluralité de cultures et de religions. Si le bouddhisme, le taoïsme, le confucianisme ou encore le catholicisme cohabitent pacifiquement, le pays est également marqué par ses propres traditions ancestrales. Parmi elles, le culte des ancêtres s’érige comme une coutume essentielle. Associant de façon permanente le monde des vivants à celui des défunts, les vietnamiens avaient pour coutume de solliciter les ancêtres disparus pour appeler leur protection mais aussi celle de leur terre. Fondé sur le respect de la filiation et sur le devoir de piété, ce rite bien qu’ancestral a connu un développement grâce aux influences qui ont marquée la péninsule. À l’origine, seuls les sujets avaient un devoir de piété envers leur souverain mais le développement de la pensée de Confucius a élargi cette conception à la structure familiale.

Les principes de respect et de soumission à la hiérarchie familiale régissent le culte des ancêtres.

Plusieurs fois par an, les défunts sont célébrés notamment lors de l’anniversaire de leur mort mais aussi pendant la fête du Têt, début du Nouvel An lunaire vietnamien. Ces pratiques sont codifiées par un rituel précis et hiérarchique. Se déroulant au sein du foyer, ce culte relève de l’intime. Un meuble haut ou une planche formant l’autel recueille les tablettes des défunts, un petit pot dans lequel sont plantés des bâtons d’encens ainsi que d’autres bols ou encore diverses offrandes. L’encens permet d’établir le lien spirituel et porte les prières au ciel grâce à sa fumée. Selon la tradition, les bâtons d’encens se doivent d’être brûlés en nombre impair. Pratique millénaire, le culte des ancêtres définit la société Annamite et souligne le profond respect des ancêtres et de celui des traditions.

Si cette pratique est coutumière au Vietnam, sa représentation n’en est pas pour autant prolifère. La création de l’Ecole des Beaux-Arts d’Indochine en 1925 par Victor Tardieu permet au pays d’avoir une approche plus artistique des créations. En effet, l’école permet à ses élèves d’avoir une vision d’artiste et non plus seulement d’artisan. Les oeuvres ne sont plus uniquement dédiées à la religion mais se consacrent désormais au Beau.

Vu Cao Dam fait partie de ces artistes pionniers. Major de la deuxième promotion, il maîtrise merveilleusement bien la peinture sur soie. Alliant une technique ancestrale à une maîtrise plus occidentale, les élèves renouent ainsi avec la tradition tout en contribuant au développement de l’art contemporain indochinois.

Dans Le Culte des ancêtres, Vu Cao Dam apporte un témoignage inédit sur la culture de son pays. Deux jeunes femmes sont représentées auprès de l’autel des ancêtres établi sur une table haute en bois sculpté. Sur celle-ci est posé un bol recueillant plusieurs bâtons d’encens mais aussi un vase rouge et un autre bol. L’une des femmes est agenouillée face à l’autel, vêtue de blanc, couleur du deuil, les mains en forme de prière. Son visage incliné ainsi que ses yeux clos complètent son attitude de recueillement. La deuxième femme debout, une main portée au visage adopte une attitude bienveillante. Bien que régulièrement inspiré par les femmes, Vu Cao Dam témoigne d’une vision résolument moderne en les choisissant pour modèle dans ce rite ancestral. En effet, traditionnellement seuls les fils et plus particulièrement les aînés sont chargés de s’occuper de l’autel des ancêtres. Ce choix témoigne de sa quête de modernité rendue possible grâce à une expression artistique basée sur deux cultures complémentaires. L’utilisation de la couleur sur la soie témoigne de l’habilité du Maître, cette technique ne permettant aucun repentir. La douce palette est quant à elle subtilement rehaussée par des couleurs plus vives comme le rouge du vase ou la lavande de la tenue traditionnelle.

Marqué par les préceptes occidentaux de son enseignement, Vu Cao Dam les dépasse en affirmant son attachement à sa culture natale. Grâce à une nouvelle perspective mais aussi à l’utilisation d’un médium modernisé il offre une vision novatrice soulignant le respect des ancêtres, valeur fondamentale chère au Vietnam mais contribue aussi à reconnaître la place de la femme dans cette société en évolution.


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