RACINE Louis (1692-1763)

Lot 187
Aller au lot
Estimation :
8000 - 10000 EUR
Résultats avec frais
Résultat : 10 140EUR
RACINE Louis (1692-1763)
9 L.A.S. «LRacine», Paris 1751-1752, à Don Agustin de MONTIANO Y LUYANDO, directeur de l'Académie de l'Histoire, membre de l'Académie royale, à Madrid ; 65 pages in-4, une adresse avec cachet de cire rouge (brisé), reliées en un volume petit in-4 basane marbrée (reliure ancienne). Superbe correspondance littéraire du fils de Jean Racine, véritable témoignage de la République des Lettres au siècle des Lumières. [Agustin de MONTIANO Y LUYANDO (1697-1764), historien, critique et dramaturge espagnol, membre de la Real Academia Española, fut le fondateur et directeur de la Real Academia de la Historia.] Au fil des lettres, dont nous ne pouvons donner qu'un aperçu, il est question des ouvrages respectifs des deux correspondants, notamment du livre de Louis Racine sur les tragédies de son père, et des traductions espagnoles de tragédies comme Britannicus ou Athalie, mais aussi de l'Histoire de Port-Royal de Jean RACINE (publiée à titre posthume), des rapports entre les auteurs et les savants européens, Racine livrant son jugement sur POPE, MILTON, VoLtaire, ou sur des auteurs espagnols comme le comte de reBoLLedo et GARCILASO DE LA VEGA, ou encore sur La condamine à propos de son voyage en Équateur. Louis Racine se réjouit que les bons écrivains français soient connus de son correspondant : «vous avez bien raison de distinguer nôtre siècle de LOUIS XIV, c'est nôtre siècle d'Auguste, et il est bien à craindre qu'il ne revienne pas pour nous [...] ce n'est pas l'esprit qui nous manque, nous voulons au contraire en avoir trop, nous cherchons d'autres chemins, et il n'y en a qu'un bon». Il compatit au manque de succès populaire des pièces de Montiano, reconnaissant que les oreilles doivent s'habituer à de nouvelles mesures des vers, et défendant la rime qui est selon lui un ornement nécessaire. Il souhaite lire la traduction espagnole de Cinna mais aussi celles d'Athalie et de Britannicus, et serait très flatté de voir son Poème de la Religion traduit lui aussi en espagnol, après l'avoir été en italien et en allemand. Il envoie ses travaux à Montiano dont il reçoit également des ouvrages, et il revient à plusieurs reprises sur la question des rimes et des caractéristiques de chaque langue, ne concevant pas que la poésie épique et lyrique puisse se soutenir sans rimes, à la différence de la poésie dramatique qui est une «imitation de la conversation» et dont la versification peut être plus libre. Il est bien touché de l'appréciation de Montiano sur l'Histoire de Port-Royal, «écrite dans le goût de Salluste. De quelque parti qu'on soit (moliniste ou janséniste, querelle malheureuse parmi nous) on ne peut s'empecher quand on a du goût, d'admirer cet écrit comme modele du stile historique. Quel art d'enchainer les faits, et quel air de vérité en les racontant ! Quelle douceur pour les ennemis mêmes de Port-Royal !»... À propos des travaux de l'Académie d'Espagne, il soulève une question linguistique à propos du F qui s'est changé en H. Il serait curieux de lire une traduction en espagnol de l'œuvre de MILTON, la traduction française ne lui paraissant nullement exacte : «notre traducteur ne rend pas la force de l'original, et souvent il y ajoute des choses de son imagination». Il y a selon lui dans Milton «de très grandes beautés et de très grandes extravagances», même si la langue anglaise «rude et sauvage» ne lui semble pas faite pour la poésie. «Vous savez que Charles Quint disoit que c'étoit en Espagnol qu'il falloit parler à Dieu. Le poème de Milton en espagnol ou même en prose angloise auroit bien plus de beauté qu'en anglois». Il aimerait beaucoup recevoir une édition madrilène du Don Quichotte dont on parle comme d'un «chef d'œuvre d'impression». Le 7 mai 1752, il fait parvenir à son ami ses Remarques sur les tragédies de Jean Racine où il annonce les traductions espagnoles de Britannicus et d'Athalie, le priant de ne pas s'étonner que «j'éleve le theatre françois fort au dessus des theatres de nos voisins. Je ne crains pas de me tromper lorsque je méprise le theatre anglois et italien». Il avoue ne pas connaître assez bien le théâtre espagnol pour en parler, avant de revenir sur le mépris des poètes dramatiques anglais et italiens envers les Français, citant pope qui «quoique plein d'espoir et de goût, croit sa langue la seule de l'Europe capable de rendre l'harmonie d'Homère». Il remercie Montiano de l'envoi d'une médaille provenant de la collection de l'abbé Rothelin, de ses informations sur l'Académie des Sciences de Madrid ; il serait très intéressé par la lecture des relations du voyage effectué par les savants espagnols au Pérou et de les comparer à celle de M. de LA CONDAMINE qui vient de paraître (Journal historique du voyage à l'Équateur).
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de vente
Retourner au catalogue