FRANCIS PICABIA (1879-1953)

Lot 29
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FRANCIS PICABIA (1879-1953)

Quadrilogie amoureuse, c.1932
爱的四部曲,c.1932
混合技法,绘于粘贴在纸板上的浅色画纸上
Vũ điệu tình yêu 1932
Kỹ thuật hỗn hợp, vẽ trên giấy màu nhuộm và dán ngược trên hình mẫu
Technique mixte (pastel, encre de Chine, lavis et graphite) sur papier teinté et contrecollé sur carton, signée en bas
116,5 x 91 cm
Le Comité Picabia a confirmé l'authenticité de cette oeuvre


PROVENANCE
Vente Loudmer, Poulain et Cornette de Saint-Cyr, Paris, 29 octobre 1974, lot 32
Acquis au cours de cette vente par le propriétaire actuel et conservé depuis
Collection privée, France

EXPOSITION
Galerie Alexandre III, 1934, no. 61, Cannes

BIBLIOGRAPHIE
"Montparnassestemning ved Rivieraen" in Astempostem, Oslo, 10 octobre 1936 (illustré)
M.L. Borràs, "Picabia" Paris 1985, p. 526, n°606 (illsutré en couleurs p.376, fig.793)
O.Mohler Picabia, "album Picabia", Bruxelles, 2016 (illustré)

Notre oeuvre, Quadrilogie amoureuse, produite en 1933, est probablement l'apothéose de cette quête picturale, au coeur d'un dialogue entre une découverte radicale et un assemblage de sources d'inspiration conventionnelles. Les coloris au lavis et au pastel deviennent plus massifs et épurés, contenus dans des motifs linéaires à l'encre de chine élaborés. Les silhouettes sont plus étroitement entremêlées - Il s'agit d'une coexistence plus que d'une cohérence - qui interagissent et se dédoublent pour donner une dimension kaléidoscopique, pour le moins fascinante, à la composition.
Le sens de ce dessin monumental est profondément énigmatique et laisse le champ libre à l'interprétation. Il est en effet possible de distinguer une zone masculine d'une zone féminine dont les corps sont pourtant enlacés. Les regards sont tendres et le visage féminin est repris à Boticelli, présentant des similitudes avec des figures de madones chères à Picabia. Si l'iconographie chrétienne d'une Vierge à l'enfant est rappelée au spectateur, la nudité des personnages et une certaine forme de sensualité empêche cette interprétation.
On pourrait distinguer parmi ces quatre figures l'artiste, son épouse germaine, sa maitresse Olga et son fils Lorenzo, vivants tous quatre la plupart du temps sous le même toit.
La Quadrilogie amoureuse pourrait également revêtir une dimension symboliste pour être une déclinaison des différentes formes d'amour: le lien entre une mère et son enfant, un père et sa fille, un époux et son épouse, un amant et son amante. Il est ainsi possible d'y discerner une oscillation entre amour maternel, filial, marital et passionnel.
Après une exposition des compositions de Picabia à la galerie Briant en 1929, le poète Jean Van Heeckeen déclarait avec emphase: «Picabia a fait en peinture une découverte extraordinaire qui consiste à superposer plusieurs figures par transparence. Personne ne l'avait fait avant lui. (...) Cette découverte est aussi importante et féconde que l'a été celle de la non représentation il y a une vingtaine d'années».

En février 1928, Picabia prend part à l'exposition inaugurale de la Galerie Fabre à Cannes. Aux côtés d'aquarelles espagnoles, connues et prisées du public, apparaît le prototype des transparences à venir, Caraïbe et Papillon. Alors que le délaissement de la critique et des faveurs du public le menace, c'est cette seule oeuvre que La Révolution surréaliste daignera reproduire dans son édition du mois suivant.
Picabia, en quête de constant renouvellement de sa peinture, aurait préféré abandonner son art plutôt que de stagner dans la même veine stylistique trop longtemps. Après une phase impressionniste et postimpressionniste, l'artiste avait en effet embrassé la cause de l'abstraction radicale, pour la rejeter à son tour. C'est lorsqu'il fait construire son nouvel atelier à Mougins qu'il reprend d'anciennes aquarelles pour en faire naitre des silhouettes quasi-fantomatiques, s'entremêlant les unes aux autres.
L'artiste travaille à ces transparences depuis 1927. A l'aide de superposition de plans constitués de lavis d'aquarelle, de pastel et de larges trais à l'encre de chine pour contourner les silhouettes, il distingue ses différents plans en utilisant du papier transparent... ou même du cellophane. Il commente d'ailleurs lui-même ce revirement stylistique: «Mon esthétique actuelle provient de l'ennui que me cause le spectacle de tableaux qui m'apparaissent comme congelés en surface immobile, loin des choses humaines. Cette troisième dimension, non faite de lumière et d'ombre, ces transparences avec leur coin d'oubliettes me permettent de m'exprimer à la ressemblance de mes volontés intérieures. Lorsque je pose la première pierre, elle se trouve sous mon tableau et mon dessin».C'est ce qui fascine les contemporains de Picabia: «exprimer la sensation de la troisième dimension sans l'aide de la perspective», selon les mots de Marcel Duchamp, promoteur de Picabia aux Etats-Unis.
Picabia abandonne ses aquarelles espagnoles qui lui servaient de point de départ pour faire de ces transparences un champ d'investigation constant, tant sur le plan technique, que stylistique, sans manquer d'étendre le champ de ses sources d'inspiration. Il va même jusqu'à réaliser l'une d'entre elles sur le dos de sa maitresse, Olga Molher, à l'occasion de l'ouverture de la saison d'hiver à Cannes, pour la nuit tatouée en septembre 1930.
Ces transparences sont pour lui l'occasion de renouer avec une quête de la perfection esthétique, après une longue période de rupture stylistique et de rejet de toute forme d'expression artistique figurative.
Alors que le processus technique est résolument novateur, il puise son inspiration dans le lexique chrétien et chez deux grands maitres de la Renaissance: Pierro della Francesca et surtout Botticelli dont il affectionne particulièrement les madones et les nymphes pour leurs attitudes hiératiques et la finesse de leurs traits.
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