CHATEAUBRIAND FRANÇOIS-RENÉ DE (1768-1848)

Lot 100
2 000 - 2 500 €

CHATEAUBRIAND FRANÇOIS-RENÉ DE (1768-1848)

2 L.A., [Londres] 4 et 6 juin 1822, à la duchesse de DURAS; 5 pages in-4 et 4 pages in-8.
Belles lettres sur le roman Édouard de Madame de Duras, et sur la politique.
4 juin 1822. «La note sur Édouard est très inutile. D'ailleurs est-ce que vous comptez imprimer ? Vous ne me dites pas tout. Vous êtes un peu honteuse de votre foiblesse. Vous lisez assez souvent
Édouard que vous ne deviez montrer à personne. Vous l'avez lu à Mde de DINO, et à Mde de VINTIMILLE. Frisel y étoit. Prenez garde à Mde de Dino; je ne vous la voudrois pas pour amie. Quant à Mde de Vintimille, c'est une femme d'esprit que j'ai beaucoup connue; mais vous, vous la connoissez à peine et votre confiance me paroît extraordinaire. Je ne sais aussi comment vous avez pu envoyer votre manuscrit à une personne aussi aigre et aussi moqueuse que
Mde de MONTCALM. Mais je reconnais là toutes les foiblesses que j'ai eues moi-même; quand vous serez comme moi un vieil auteur, vous prodiguerez moins votre talent et vos ouvrages». Il voit «avec joie la saison s'avancer: dans un mois je serai débarrassé des dîners et des bals. Je vous avoue que c'est un supplice auquel je ne puis m'accoutumer mais enfin le temps de la délivrance approche. On fait déjà des préparatifs de départ, et dans un mois Londres sera désert pour 8 mois. Que deviendrai-je ? Dieu le sait, mais si je suis seul, je tacherai de travailler un peu en cas que la politique le permette et qu'il faille renoncer au congrès». Il n'a «jamais douté du succès des élections, parce que j'ai constamment été persuadé que le fond de l'opinion est excellent en France. La rage du vieux ministère doit être à son comble. L'amour-propre en France est le mobile de tout, or des gens qui avaient toujours dit et toujours cru que rien ne pouvoit aller sans eux, doivent être furieux de voir les choses marcher sous des Royalistes. C'est le plus cruel démenti donné à leur vanité et à leurs doctrines. Ils tenteront tout pour renverser un ministère qui blesse si fort leur orgueil. Mais ils ne réussiront pas; je l'ai dit dès le premier moment, et par une raison toute simple, toute naturelle, c'est que ce ministère appartient à une opinion et que cette opinion le porte et le soutient quoiqu'il n'ait ni grands talents, ni grands caractères. Le ministère actuel est fort comme le sens commun; et il ne peut être renversé que par une catastrophe. Les intrigues et l'humeur n'y feront rien. Il suffit qu'il sache garder sa majorité et qu'il ait assez d'esprit pour empêcher une division dans la droite».
Il attend «avec impatience les nouvelles de l'Orient. Dans huit jours la question de la paix ou de la guerre sera décidée». Il achève la lecture des Mémoires de Benvenuto CELLINI: «Quel brigand ! Le dîner avec Michel-Ange m'a charmé. La prise de Rome est curieuse comme morceau d'histoire»...
Jeudi 6 juin. Il part pour Windsor, «où je suis invité à aller dîner et coucher chez le Roi. Vous voyez que ma faveur augmente». Il critique la nomination de l'abbé FRAYSSINOUS: «J'ai dit à Mathieu [de MONTMORENCY] que l'on diroit que c'est un choix de la Congrégation dont lui (Mathieu) est un des chefs. Vous voyez que je ne cache pas la vérité, que je la pousse jusqu'à blesser, lorsque cela est nécessaire.
S'ils se perdent je n'aurai rien à me reprocher. Les 30 millions découverts et expliqués par VILLÈLE lui feront honneur. Ne regrettez pas le pauvre RICHE[LIEU] et ses ministères. Ces gens-là ont été aussi méchants qu'ils étoient incapables. Leur rage actuelle ne vient que de leur amour-propre humilié et de la preuve acquise que les Royalistes peuvent gouverner et administrer la France tout aussi bien et mieux que les serviteurs et les valets de Buonaparte. Je n'ai qu'une crainte, qu'une seule crainte; une division dans le côté droit. DELALOT doit être très mécontent. BERTIN DE VEAUX, qui l'inspire et lui donne les idées qu'il n'a pas, est aussi très peu satisfait; La Bourdonnaye, Donnadieu, Bouville sont emportés ou hargneux; mon ami LAINÉ a une ambition rentrée et un amour-propre rentré. Voilà les éléments du mal. Quant au côté gauche il n'est pas du tout à craindre. Mais si Villèle passe cette session, il est à jamais sauvé»...
Correspondance générale, t. IV, nos 1663 et 1667.

PROVENANCE vente La duchesse de Duras et ses amis, Chateaubriand (24 octobre 2013, n° 104).
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