PALLAS PétéR SIMON (1741-1811) NATURALISTE ET EXPLORATEUR ALLEMAND.

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PALLAS PétéR SIMON (1741-1811) NATURALISTE ET EXPLORATEUR ALLEMAND.

L.A.S., Saint-Pétérsbourg 20 juin/7 juillet 1776, à Johann HERMANN, professeur a Strasbourg; 9 pages et demie in-4; en latin.
Très longue et importante lettre scientifique, sur Buffon, sur ses voyages et les spécimens qu'il en a rapportés, ses publications à venir, et sur les travaux de plusieurs naturalistes européens.
Docteur en medecine et naturaliste renomme, l'Allemand Pierre-Simon PALLAS (1741-1811) fut designé en 1768 par l'Academie des sciences de Saint-Pétérsbourg pour faire partie d'une grande expedition scientifique a travers la Siberie chargée d'observer le passage de Venus. Son periple, qui dura six ans, le mena des bords de la mer Caspienne jusqu'au lac
Baikal et aux confins de la frontiere chinoise.
Il en ramena une moisson de specimens de plantes et d'animaux, et un grand nombre d'observations curieuses et interessantes sur les differents peuples de la Russie. Ses
Voyages en différentes provinces de l'Empire de Russie et dans l'Asie septentrionale en sont un remarquable temoignage, ainsi que de nombreuses publications d'histoire naturelle.
Jean (Johann) HERMANN (1738-1800) etait un professeur repute d'histoire naturelle et de medecine a Strasbourg; ses collections sont a l'origine du Museum d'histoire naturelle de Strasbourg.
C'est par un heureux hasard, grace a son étudiant Sokoloff, qu'il peut entrer en relation epistolaire avec Hermann, dont les solides connaissances scientifiques et la grande reputation sont parvenues jusqu'a lui. Il est pret a lui rendre service, des maintenant et surtout quand il sera revenu dans sa patrie.
Il n'est pas en relation amicale ni epistolaire avec Beckmann, mais il a appris que Hermann etait en fait l'auteur de ses critiques sur l'Ornithologie de BUFFON [dans la Physikalisch- ökonomische Bibliothek de Johann
BECKMANN], et promet de garder la-dessus le secret. Il reconnait volontiers les remarquables merites de Buffon dans sa Zoologie, et a été le premier parmi les etrangers a le couvrir de louanges; avant même de lire la critique de Hermann, il avait note plusieurs points d'accord avec lui. Depuis longtemps déjà se montrait dans les écrits de Buffon une aversion pour les methodiques (principalement de BRISSON), non de la methode, du moins naturelle, parce que dans la dissertation
De la Dégénération des animaux, dans laquelle il s'est souvent contredit lui-même, on le voit critiquer les methodes artificielles qui nous etouffent, bien qu'il ne distingue pas la methode naturelle et celle qu'il a justement reconnue lui-même. Du reste, il est facile de voir, d'Après l'Ornithologie, que les travaux remarquables de DAUBENTON, en fournissant d'importants materiaux, ont contribue pour beaucoup a la renommée de l'ouvrage sur les tetrapodes. Il y a dans l'Ornithologie de nombreuses erreurs, comme pour le Tetras lagopede des Alpes, très certainement unique dans les Alpes et dans la region arctique du monde boreal, et même partout, qu'il a propose, avec une etonnante precision et le sens de la nouveaute, sous un quadruple nom. («Me quidem, licet Buffonii insignia in
Zoologiam, maxime specialem, merita lubens agnoscam, et inter exteros, ni fallor, primus publicis laudibus extulerim, quae in Ornothologiam dixisti ita consentientem habent, ut in prelegenda ea antequam censuram tuam vidissem, adnotaverim complura tuis plane consentanea. Jamdudum in scriptis Buffonii elucebat odium methodicorum (maxime Brissonii) non methodi, saltim naturalis, quod in
Diss. de Degeneratione animarum qua ipsi sibi saepius contradixit, aperte prodidit videtur maxime artificiales methodos, quibus obruti sumus, vituperasse, quanquam naturalem neque distinguere, neque rite perspectam habes ipse videatur. Caétérum ex Ornithologia facile est videre illustrem et laborosiam
Daubentoni operam, in suppeditandis materiis et momentis, non parum ad Operis tetrapodologici nobilitatem contrulisse; in universam enim Ornithologiam et inanem satis video et erroribus non paucis foedam, ut v.gr. Tetraonem Lagopodem, in Alpesibus et artica plaga totius borealis mundi certissime unicam et ubique eandem, mira subtilitate et novitatis studio quadruplici nomine proposuerit.»)
La situation dans l'université de Strasbourg le chagrine. Il est vrai que partout, sans mecenes et sans le mecenat, qui met en avant avec force et malgre elle la vraie science, toute science s'affaiblit. («Scilicet ubique sine Maecenatibus et Maecenatum cultu, quem vera Scientia agrius et invita praestat, languet Scientia omnis!») En arrivant dans ces terres, il a vu des eleves formes par des grands maitrès que la Fortune avait places aupres de l'Imperatrice [CATHERINE II]. Mais depuis que la déesse aveugle («Coeca Dea») a place des ignares pres du sommet, ils sont paralyses et frigorifies, et se cachent dans les tenebres de la Science. Hermann doit agir pour que le vrai savoir («vera Eruditio») ne reste pas secret; et parce qu'aucune vicissitude ni aucune impudence des envieux ne peut le diminuer ou le detruire.
Pallas le remercie des plantules qu'il lui a transmises par Sokoloff et est pret a lui fournir celles qu'il desire, notamment quand il sera rentre dans sa patrie, ou sont ses collections. Il se demande par quelle voie les faire parvenir a Strasbourg: la voie terrestre, par Lubeck ou Stettin, est longue et incertaine, ou par la Belgique, grace a son ami Johannes BURMAN (1707-1780); ou par des amis ou marchands de son pays qui pourraient se charger du transport. Il evoque les plantes seches, les animaux et les oiseaux de ces regions boreales, comme le lagopode, la gelinotte, le canard d'hiver, l'ecureuil cendre, le lievre blanc, le renne, ou d'autrès semblables dont Hermann pourra orner son museum («Lagopodem, Bonasiam, Loxiam Enucleatorem, Anatem hyemalem, acutam, Sciurum habitu cinereo, Leposem album, Tarandum, similiave pro ornando
Museo expetas». Il lui enverra a l'occasion les volumes de ses Voyages («Itinerari mei») qui lui manquent, et la Spicilegia dont il reste peu d'exemplaires.
Il prie Hermann de lui procurer des astragales et pediculaires («Astragalos et Pediculares») de sa campagne et des monts voisins, et des poissons varies du genre Truite («Pisces varios Truttacei generis»), qui vivent soit dans le Rhin soit dans la Suisse voisine, dont il manque pour comparer avec les nombreux specimens collectes pendant son voyage en Siberie, par la methode de dessiccation de GRONOVIUS («Gronoviana methodo siccator»). Les espèces qu'il desire le plus sont le saumon, lacustre, alpin, l'omble, etc.
(«Hucho, lacustris, alpinus, Salvelinus, Salmarinus et Umbla»); on dit aussi qu'il y a en
Suisse une autre truite plus petite, distincte de la Fario. Parmi tous les noms germaniques obscurs, il est difficile de distinguer les saumons sans les comparer; il donne plusieurs noms allemands des espèces qu'il cherche, et qu'on peut envoyer a sa soeur Mme Bruckner a Berlin, ou a son ami
Alexander KOELPIN (1739-1801), medecin et professeur a Stettin, soit par l'intermediaire de ses étudiants. Il lui revaudra ca et ne manquera jamais de temoigner sa reconnaissance dans ses publications.
Quant a ses propres travaux, il a été oblige de repousser a plus tard son Ichnographia Zoophytorum, a cause de son voyage et surtout parce qu'en Russie on ne peut entreprendre un tel ouvrage a cause de la mediocrite des peintrès et des graveurs («in Russia tale opus moliri per pictorum atque chalcographorum mediocritatem haud liceat»). Il a déjà des peintures faites en Belgique d'espèces très rares et une série assez complété de specimens; des nouveautes s'ajouteront Après la publication de l'Elenchum (appendice) surtout en provenance du Kamtschaka. Il voudrait cependant, avant de faire l'Ichnographie, des images de nouvelles espèces, dont il n'existe pas de bonnes, a ajouter a l'edition de la nouvelle Historia Zoophytorum, et aller d'abord dans les lieux coraliferes de la Mer Mediterranée («Maris Mediterranei corallifera loca»); des qu'il sera rentre de ce voyage dans sa patrie, il a resolu de travailler sérieusement chez lui. Le Voyage enfin acheve, il a commence a mettre sous presse les collectes de Mongolie-Kalmoukie, obtenues a grand peine, conservées avec une grande joie; en même temps, la flore rutheno-asiatique (bien que sans images) se developpe («Interim, absoluto jam Itinerario, collectanea Mongolo-Calmuccica (invito paene extorta, quum licet magna alacritata concervata, tamen elaborare, propter alienam a studiis meis materiae naturam, vix anderem) praelo tradere coepi; simul etiam
Fauna Rutheno-asiatica, (quae tamen sine iconibus prodibis) paulatim maturescit»).
Les Ichnographies et descriptions detaillées des animaux nouvellement decouverts seront données peu a peu, en partie dans les Commentaires de l'Académie (dont la nouvelle série commencera Après la celebration de son jubile en septembre) en partie dans les Spicilèges qui seront publies peu a peu par les libraires. Il a commence a les communiquer a Schreber [Johann Christian
Daniel von SCHREBER (1739-1810)]; il a peu de choses a ajouter pour le developpement de l'oeuvre remarquable sur la Zoologie qu'il a commencée. Le botaniste de Montpellier
Pierre CUSSON (1727-1783) a entrepris un ouvrage complet sur les Ombelliferes pour lequel Pallas a apporte des plantes de Siberie. Il a cede a Schreber des graines pour augmenter son très bel ouvrage. Pallas a decide d'illustrer lui-même les Astragales, Pediculaires et Salsoles, espèces très nombreuses dans ces regions, et il rassemble maintenant avec passion les espèces européennes et exotiques dont le jardin d'Hermann abrite quelques-unes non meprisables («Astragalos autem, Pediculares, et Salsolas in nostris regionibus copiosissima genera, ipse aliquando illustrare constitui, magnoque ardore nunc colligo species Europaeas et exoticas, quarum forte Hortus vester aliquas non spernendas alit»).
L'ami Morten BRUNNICH (1737-1827) prepare son voyage pour la Pannonie, la Walachie et la Dalmatie, et doit donner des supplements sur Borneo, et aussi notamment des fascicules zoologiques sur une antilope nouvelle, qu'il a rapportée vivante d'Inde, et une nouvelle espèce de chat alpin qu'il a rapporte de Norvege ou il est reste plus d'un an dans les mines de Kongsberg («Promittit etiam Fasciculos Zoologicos, quibus inter alia Antilopem novam, quam vivam aluit ex India adlatam, novamque Felis alpini speciem, quam ex Norvegia, ubi plus anno apud fodinas Kongsbergenser officio publico vacarat, secum reportavit, proponet»). Le très cher Drew DRURY (1725-1804) donnera bientot un troisieme volume de son très beau travail, qui rassemble les insectes de Siberie. Pallas attend le travail d'Hermann sur les animaux d'Alsace, merveilleuse region de Germanie a la fois de montagne et de plaine («Audieram a discipulis quondam tuis, te Elenchum animalium Alsatiae moliri, quem me cum cultores Scientiae nostrae exoptabunt omnes, praesertim quum in felicissima Germaniae regione alpino atque campestri situ varia Te talem sciant»). Il lui propose d'echanger des insectes...
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