Lot 25
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BALBUS (JOHANNES)


CATHOLICON MAYENCE, COMPOSÉ PAR JOHANNES GUTENBERG, 1460 [IMPRIMÉ PAR PETER SCHOEFFER, 1469].
In-folio, 373 feuillets. Imprimé sur un seul stock de papier bâlois au filigrane du sceau de la famille Galliziani.
Caractères gothiques, impression par groupes de lignesbloc («slugs»). Impression à double colonne de 66 lignes (33 paires de lignes).
Reliure française du XVIIIe siècle. Plein maroquin rouge, triple filet doré en encadrement sur les plats, dos à nerfs, caissons à filet et «dents-de-rat» ornés de fleurons et guirlandes d'angles, titre doré; double filet sur les coupes, roulette florale sur les bordures intérieures, gardes d'époque au peigne. Tranches dorées sur marbrures (Deux minimes épidermures sur le premier plat; peau un peu niellée sur les deux plats, coupes inférieures et coins légèrement frottés). Dimensions: 386 x 272mm.
Décoration par un artiste de l'époque, de Hollande ou de Westphalie. Initiale «P» peinte sur 12 lignes de hauteur au f.1/r en bleu et blanc avec remplissage en vert et rouge et extension ornementale à la plume en rouge dans toute la marge intérieure du texte; autre initiale peinte sur la même page: «P» de 9 lignes en rouge, avec remplissage et extensions en violet et vert; initiales de 4 à 13 lignes en bleu et blanc, ou en rouge avec ornement à la plume; Lombardes de 1 à 3 lignes en rouge; marques de paragraphe et de capitales; l'initiale «L» en 24/1v omise et ajoutée postérieurement à l'encre noire; rubrication omise de 13/10r à 18/7r. Au verso du f. 11/6: large tache rouge verticale étalée du rubricateur; au f. 13/7 verso, légères maculations de rouge, ainsi qu'au f. 21/8 (essuyages). Au f. 14/2 verso, une phrase rayée à l'encre dans la deuxième colonne. Au f. 20/4+1 recto ajout d'une ligne en fin de texte à: «Hyacinthus, mas. gene. (...)» et au verso blanc de ce feuillet une ligne en bordure inférieure.
Collation: [1-610, 74]: grammaire, 1r incipit (P)rosodia quedam pars grammatice nuncupatur. Partes siquidem grammatice sunt quattuor; [8-1910, 204 (4+1)]: dictionnaire A-H, 8/lr incipit (I)am divina potencia auxiliante supra determinavimus de quatuor particulis principalibus huius operis. Nunc restat ut de quinta parte, 20/4+1r, incipit manus cum suis derivativis, verso blanc; [21-3810, 394]: dictionnaire I-Z, 21/ lr incipit (I) est imperativus de eo is it, 39/3r colophon: Altissimi presidio cuius nutu infantium lingue fiunt diserte... Hic liber egregius, catholicon, dominice incarnacionis annis M cccc 1x Alma in urbe maguntina nacionis inclite germanice... Non calami, stili, aut penne suffragio, sed mira patronarum formarum que concordia proporcione et modulo, impressus atque confectus est (suivi par 4 lignes de vers), 39/3v table des rubriques incipit de ortographia 1, 39/4v blanc.
Premier feuillet remonté avec bordure extérieure et angle supérieur restaurés, un peu sali avec fente réparée en bordure inférieure. Les 4 feuillets suivants avec petit manque en bord inférieur. Faibles taches de bordure à divers ff. (tache plus marquée aux ff. 14/4 et 14/5). Verso f. 21/5 un peu taché; ff. 22/8 et 33/10 verso tache brune sur la première colonne de texte; recto f. 27/1 légèrement sali avec minimes maculations rouges; pliure angulaire au f. 29/1; légères rousseurs en marge du f. 30/7; petites taches au f. 36/10 verso; tache verticale atténuée en marge inférieure des ff. 38/9 verso et 38/10 recto; salissures aux ff.
38/10 verso, 39/1 recto et 39/4 (ce dernier avec petits trous en bordure inférieure). Petite restauration à l'angle du f. 12/7 et en bordure des ff.
16/1 et 16/10. Minuscules manques à la bordure extérieure de quelques ff. 19/12., 30/5 et 30/7; petit trou au f. 19/9. Quelques traces de béquets.
Édition originale de ce célèbre lexique latin du Moyen Age, modèle du dictionnaire universel, et l'ouvrage principal de la seconde imprimerie de Gutenberg, comme la Bible avait été celui de la première.
Cet ouvrage fut composé de manière inédite à l'aide de «paires ou groupes de lignes» («slugs») permettant leur réutilisation ultérieure.
Très peu d'exemplaires du Catholicon de Gutenberg sont encore en main privée, les trois tirages de l'édition étant de la plus extrême rareté sur le marché.
Deuxième tirage sur les trois portant tous le millésime de 1460, mais réalisés sur des presses différentes et avec des stocks de papiers également différents. Après une longue querelle de spécialistes, il est établi désormais que ces trois tirages de cette même édition furent réalisés respectivement en 1460, 1469 et vers 1472-1473. Peu de modifications furent faites entre le premier et le second tirage.
Si Gutenberg réalisa lui-même, semble-t-il, le tout premier tirage de 1460 sur peau de vélin ou sur papier filigrané à la tête de boeuf, ce second tirage fut réalisé par Peter Schoeffer, en 1469, sur papier filigrané à la marque des Galliziani (un C lombard). Quant au troisième tirage, lui aussi attribué à Schoeffer par Needham, il aurait été réalisé vers 1472 ou 1473, sur papier filigrané à la tour et à la couronne.
Cette édition dispersée en trois groupes d'exemplaires a posé de nombreux problèmes techniques ainsi que de datation pour les bibliographes. En effet, la composition typographique étant stricte
ment identique pour tous ces exemplaires, on a constaté toutefois que des erreurs ou des accidents, comme l'interversion de lignes, par exemple, ainsi que des corrections, avaient eu lieu du premier tirage au dernier et qu'ils concernaient toujours deux lignes à la fois: des paires de lignes constituées chacune d'une ligne paire et d'une ligne impaire. Afin d'expliquer ces anomalies, plusieurs hypothèses furent émises, dont celle de P. Needham la plus vraisemblable. Elle fut formulée la première fois dans The Papers of the Bibliographical
Society of America (1982), puis étayée dans de nombreuses contributions postérieures (notamment dans le Wolfenbütteler Notizenzur
Buchgeschichte, 1988; dans le Gutenberg Jahrbuch, 1990 et 1991; ainsi que dans le Bulletin du Bibliophile, 1992). Selon Needham, ces trois émissions espacées dans le temps furent imprimées à l'aide de blocs de deux lignes fondues ensemble (auxquelles il donna le nom de «slugs» [«lingots»]) et qui pouvaient ainsi être conservées et réutilisées ultérieurement.
Ainsi, le Catholicon, bien qu'imprimé par Gutenberg lui-même en 1460, ne fut pas imprimé avec des caractères mobiles, mais d'une façon complètement différente qui préfigure la composition par des procédés beaucoup plus récents, tels que la stéréotypie ou linotypie.
Après l'invention des caractères mobiles, toujours selon Needham, Gutenberg tenta donc avec cette édition du Catholicon de trouver une solution au «défide la fixation permanente des compositions typographiques». Lors de l'impression du Catholicon, Gutenberg réalisa également avec cette nouvelle technique deux autres publications, puis utilisa les mêmes caractères mais cette fois dans leur forme mobile pour trois éditions d'Indulgences en 1461, 1462 et 1464.
Il mourut le 3 février 1468 et le 26 du même mois, Konrad Humery (c. 1405- c.1472), syndic et juriste de Mainz se déclara propriétaire de tout le matériel typographique de Gutenberg. Un an plus tard, Peter Schoeffer indiqua le Catholicon dans le catalogue d'annonce de ses publications, ainsi que le Thomas d'Aquin et le Matthieu de Cracovie que Gutenberg avait composés de la même façon. Ceci met en relation, une seconde fois, Gutenberg et Schoeffer, qui était le seul imprimeur de Mayence à cette date. Konrad Humery dut lui vendre le stock de «groupes de lignes» (slugs) ou bien le commissionner pour cette deuxième impression. Quant à la troisième impression du Catholicon, elle dût être faite par Schoeffer pour son propre compte, Humery étant décédé à cette date.
Cette oeuvre du dominicain Johannes Balbus de Janua ou Giovanni
Balbi di Genova, ou en français Jean de Gênes (mort en 1298), fut composée vers 1286. La Summa grammaticalis quae vocatur catholicon, dit le Catholicon, est le premier dictionnaire de vocabulaire latin rédigé dans un ordre strictement alphabétique, et, en cela, il peut être considéré comme le tout premier dictionnaire de l'Occident. Souvent remanié et développé par des humanistes aux
XVe et XVIe siècles, il devint un modèle pour tous les dictionnaires universels [«catholicon» signifiant en grec: «universel»], et fut longtemps un terme générique pour tous les dictionnaires. Si
Gutenberg éprouva le besoin de l'imprimer peu de temps après la Bible, c'est qu'il s'agissait à l'évidence pour lui et ses contemporains d'un des ouvrages indispensables aux hommes instruits.
Cet ouvrage connut près d'une douzaine d'éditions pendant la période incunable. Après cette première édition à Mayence par
Gutenberg, les suivantes furent réalisées respectivement par
Günther Zainer à Augsbourg le 30 Avril 1469, puis par Mentelin et Rusch à Strasbourg vers 1475.
provenance: 1. Annotations marginales occasionnelles d'une main du XVIe siècle.
2. Selon une indication manuscrite ancienne à l'encre sur le premier feuillet blanc, il pourrait s'agir d'un exemplaire provenant de la bibliothèque de Louis-César de la Baume-le-Blanc, Duc de La
Vallière (1708-1780): «Vendu dans la vente du Duc de La Vallière à 2000 [francs]». Une seconde main a inscrit au-dessous «imprimé sur vélin»: il se peut que cette annotation ne soit qu'une indication du prix de vente d'un exemplaire ayant effectivement appartenu à La Vallière, mais imprimé sur vélin. Un exemplaire sur vélin en provenance de La Vallière est indiqué dans le catalogue de la vente de Justin Mac-Carthy-Reagh, 1815 (n°2183). Cet exemplaire fut en tous les cas relié de nouveau au XVIIIe siècle, vers 1770, en plein maroquin rouge, avec dentelle intérieure. La Vallière était possesseur d'au moins trois exemplaires du Catholicon (dont deux considérés comme «doubles» furent vendus en 1767, lot 2287: un exemplaire de troisième impression, maintenant à la Bibliothèque nationale d'Autriche (De Ricci 90.53); un autre considéré comme «imparfait» (De Ricci 90.1) et aujourd'hui «disparu».
3. George Hibbert (Vente Evans 1829, lot 812). Payne et Foss, libraires.
4. Beriah Botfield (1807-1863), politicien, botaniste et collectionneur britannique, acheté à la librairie Payne & Foss, pour 45 livres, Printed
Books and Manuscripts from Longleat, Vente Christie's, 13 juin 2002, n°9.
references:
BnF, Catalogue des Incunables, I, B-13; BMC I, 39 (IC. 303); Goff
B-20; CIBN B-13 (II); De Ricci, Mayence 90.97 et 90.71 («exemplaires disparus»).
Voir les travaux de P. Needham, en particulier Needham, P.
“Johann Gutenberg and the Catholicon Press”, in Papers of the
Bibliographical Society of America, 76 (1982), pp. 395-456 et l'ouvrage collectif «Zur Catholicon-Forschung», Wolfenbütteler
Notizen zur Buchgeschichte, 13 (1988), en particulier P. Needham, “The Catholicon Press of Johann Gutenberg: A Hidden Chapter in the Invention of Printing”, pp. 199-230
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