LIVRE D'HEURES (À L'USAGE DE PARIS) En latin…

Lot 19
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LIVRE D'HEURES (À L'USAGE DE PARIS) En latin…

LIVRE D'HEURES (À L'USAGE DE PARIS)
En latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin
France, Lorraine (Nancy ?) et Paris, vers 1493
Avec 14 grandes enluminures par
Georges Trubert et 3 enluminures par le Maître de Martainville (ou son atelier) 127 ff., précédés et suivis de 4 ff. de garde de parchemin moderne, complet (collation: i6, ii10, iii-viii4, ix-xvi8, xvii5), écriture en lettre bâtarde à l'encre brune, texte sur une colonne, 19 lignes de texte, réglure à l'encre rouge, rubriques en rouge, bouts-de-ligne en rouge foncé ou bleu avec décor doré, initiales d'une ou deux lignes de hauteur à l'or liquide sur fonds rouge foncé ou bleu, avec décors dorés, initiales de 3 à 4 lignes de hauteur en rose avec rehauts blancs avec décor floral, sur fonds rouge avec décors dorés, 17 miniatures, dont 12 à trois-quarts de page et 5 à pleine page, bordures enluminées, la plupart avec feuilles d'acanthe, fleurs, fruits et grotesques ou bestiaire sur fonds d'or, les bordures des miniatures à pleine page étant soit des encadrements architecturés avec aplats de couleur soit des bordures à bandes rayées colorées.
Reliure de la fin du XIXe siècle, plein maroquin rouge, décor symétrique des plats à double filets croisés au centre et encadrement aux petits fers, dos à nerfs soulignés de petits pointillés, caissons à double filets dorés ornés de fleurons, titre doré, double filet doré sur les coupes, doublures de maroquin blanc au semé de fleurs de lys dorées, gardes de tabis moiré crème, tranches dorées (rel. signée L. Curmer (contre-plat supérieur) et dorure de C.
Maillard (contre-plat inférieur); quelques rousseurs sur les gardes). Emboîtage moderne en plein maroquin brun. Dimensions: 133 x 83 mm.
«Eclatant de virtuosité» et d'une «inlassable imagination décorative» (Reynaud, 1977), Georges Trubert est considéré comme l'un des plus importants enlumineurs français de la fin du XVe siècle. Ces Heures sont l'un des ouvrages enluminés par Trubert pendant sa période lorraine au service de René II de Lorraine entre 1492 et 1494.
provenance 1. Manuscrit peint par Georges Trubert, «historieur», peintre actif entre 1467 et 1499 en Anjou, en Provence (au service de René d'Anjou) puis en Lorraine (au service de René II de Lorraine). Georges
Trubert meurt en 1508.
2. Nombre inscrit dans le coin droit inférieur du recto de la dernière garde: «14623».
3. Vente Rouen, 14 mars 1990, no. 48.
texte ff. 1-6v, Calendrier, en latin, encres rouge, bleue et brune: relevons les saints suivants, Jean Chrysostome, en rouge (27 jan.);
Radegonde, en rouge (30 jan.); Celidon, en rouge (10 mars); Gertrude, en rouge (17 mars); ff. 7-7v, feuillet réglé blanc; ff. 8-13, Péricopes évangéliques; ff. 13v-16v, Obsecro te; ff. 17-59v, Heures de la Vierge (usage de Paris), avec laudes (ff. 25v-34), antienne, «Benedicta tu...» et capitule, «Te laudent angeli...»; prime (ff. 34-39), antienne, «Benedicta tu...» et capitule, «Felix namque...»; none (ff. 46v-49), antienne, «Sicut lilium...» et capitule, «Per te dei...»; ff. 60-60v, feuillet blanc réglé; ff. 61-74, Psaumes de la pénitence suivis des litanies; f. 74v, feuillet réglé blanc; ff. 75-78, Heures de la Croix; f. 78v, feuillet réglé blanc; ff. 79-81v, Heures du Saint Esprit; ff. 82-119, Office des morts (usage de Paris), avec les leçons suivantes: 1. Qui Lazarum; 2. Credo quod; 3. Heu michi; 4. Ne recorderis; 5. Domine secundum; 6. Peccantem me; 7. Domine secundum; 8. Memento mei; 9. Libera me; ff. 119, Prières et suffrages aux saints, avec rubriques suivantes, Commemoratio pro defunctis; Ad totam trinitatem; Quando surgis de lecto; Exeundo de camera dic;
Oratio valde devota; In oresencia corporis christi; In elevatione corporis christi;
Eundo cubitum; De sancto Sebastiano;
De beata Maria Magdalena; De beata
Barbara; De sancta Katherina; De sancta
Genovefa; De sancta Martha; Oratio, «Omnipotens sempiterne deus...».
illustration
Il y a 17 miniatures dans ces Heures, dont trois sont peintes par un autre artiste parisien (Le Maître de Martainville), e.g. ff.
8; 9v et 75. Les 14 autres miniatures sont attribuables à Georges Trubert.
f. 8, Saint Jean l'Evangéliste; f. 9v, Saint Luc; f. 11, Saint Marc; f. 12v, Saint Matthieu; f. 13v, Vierge au croissant; f. 17, Annonciation; f. 25v, Visitation; f. 34v, Nativité; f. 39v, Annonciation aux bergers; f. 43, Adoration des rois mages; f. 46v, Présentation au temple; f. 50, Fuite en Egypte; f. 55v, Couronnement de la Vierge; f. 61, David en prière; f. 75, Crucifixion; f. 79, Pentecôte; f. 82, Cadavre sortant d'un cercueil.
Georges Trubert appartient à une famille d'artistes installée à Troyes, en Champagne, depuis au moins 1364. Son père, Pierre Trubert, est mentionné dans les archives comme «peintre et imagier». Son frère, François, est signalé comme sculpteur. Son autre frère, Guy ou Guyot, est mentionné comme facteur d'orgues. Le troisième, Oudard, est cité comme «imagier et graveur» (Hamon, 2004). La personnalité de Georges Trubert a été révélée avec précision en 1977 grâce aux travaux de N. Reynaud et a fait l'objet d'une mise au point par
M.-C. Léonelli (2009): «Nicole Reynaud a parfaitement caractérisé le style de Trubert. Ces pages peintes sont conçues comme un tout cohérent où la miniature centrale, l'encadrement, et éventuellement le texte sont parfaitement liés de façon à développer des compositions très monumentales. La très grande variété des encadrements participe à la solennité de la mise en page» (Léonelli, 2009, «Bréviaire de René II de Lorraine», no. 55).
Vraisemblablement formé à Paris, Georges
Trubert est régulièrement nommé dans les textes et comptes de la cour de René d'Anjou. Il semble d'abord actif en Anjou, puis en Provence où il est enlumineur officiel de la cour à partir de 1467, succédant sans doute à Barthélemy d'Eyck.
Une salle de travail est aménagée spécialement pour lui, dans l'hôtel particulier du prince à Avignon. En 1476, il reçoit une somme d'argent pour effectuer un voyage à Rome. La même année, il épouse une
Arlésienne nommée Marguerite Bonnot.
Par la suite, il est mentionné comme valet de chambre, office honorifique qui lui permet de percevoir de généreux subsides.
Après la mort de son mécène, il reste au service de son héritier, Charles V d'Anjou, jusqu'à sa mort en 1481. Durant la décennie 0, il est toujours actif à Avignon, où il possède des maisons données par son ancien mécène. Vers 1490, il est appelé par le petit-fils du roi René, René II de Lorraine. Il s'installe à sa cour, à Nancy, où il est actif comme peintre officiel jusqu'à l'extrême fin du XVe siècle. En mai 1508, une minute notariale parisienne le signale comme mort. Plus aucune oeuvre ne lui est attribuée après 1500
Les manuscrits les plus achevés de Georges Trubert appartiennent à sa période lorraine. Son style se caractérise par une large palette de couleurs rares et acides (alliant un rouge-orangé intense, deux jaunes et deux verts respectivement clairs et foncés, un azur de lapis-lazuli et un bleu-ardoise, un rose pâle, un mauve intense et un grenat foncé), et l'usage du camaïeu d'or et de la grisaille. L'encadrement de ses compositions fait preuve de recherche: outre l'architecture antiquisante de la Renaissance italienne, il utilise volontiers des combinaisons originales, telles des branches écotées liées entre elles: dans les présentes Heures, Trubert encadre deux miniatures avec des bandes obliques de couleur, osant les rayures (ff. 61 et 82). Ses personnages présentent une physionomie particulière, avec leurs yeux écartés longuement étirés sur les tempes. Les femmes portent les cheveux flottant sur les épaules, leur visage vu de trois-quarts est légèrement incliné. Les figures sont souvent situées au premier plan, vues à mi-corps dans un cadrage resserré, en vertu de ce que l'historien d'art Sixten Ringbom a nommé le dramatic
close-up: une mise en page destinée à rapprocher affectivement la représentation peinte de celui qui la contemple, et à favoriser sa méditation (Ringbom, 1965).
Reynaud relève que «Trubert pousse la formule à son extrême, remplissant totalement la surface peinte par les demi-figures cadrées au plus juste, éliminant au maximum les éléments anecdotiques du décor ou de paysage et les personnages annexes, insistant sur le jeu des regards et des mains...» (Reynaud, 1993, p. 384).
Outre une probable formation parisienne, le style de Georges Trubert semble à l'évidence influencé par un autre peintre de René d'Anjou, Barthélemy d'Eyck, auquel il emprunte notamment le lourd drapé des vêtements.
Le présent livre d'heures est à rapprocher d'un ensemble cohérent de manuscrits réalisés par Georges Trubert pendant sa période lorraine, sous l'influence de l'enluminure du Nord, dite ganto-brugeoise.
Reynaud (1993) suggère que Philippe de Gueldre, l'épouse de René II de Lorraine, a sans doute apporté des ouvrages et manuscrits de ce courant artistique, ayant été élevée à la cour de Bourgogne. On relèvera aussi l'influence d'artistes tels
Simon Marmion qui affectionne aussi les cadrages à mi-corps. Parmi ces manuscrits datant de la période lorraine du peintre
Georges Trubert, on compte: R. Esmérian.
Vente Paris, Galliéra, 6 juin 1972, no. 5: «Heures de René II de Lorraine» (localisation actuelle inconnue); Heures de Jean de Chasteauneuf (Paris, BnF, n.a.l. 3210; voir notice Reynaud, 1993, no. 217, daté circa 1493); Heures (Waddesdon Manor, ms. 21); Bréviaire (Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 601); Bréviaire (Paris, Petit
Palais, ms. Dutuit 42); Diurnal (Paris, BnF, lat. 10491). Les présentes Heures sont évoquées par Reynaud (1993, no. 217).
On notera l'association de Trubert dans les présentes Heures avec un peintre parisien (qui peint trois miniatures). Il est intéressant de noter que Trubert s'associe volontiers avec des peintres autres pour réaliser les cycles d'enluminures des ouvrages: citons par exemple des Heures à l'usage de Troyes peintes pour partie par Georges Trubert (12 miniatures) et par
Jean Colombe (5 miniatures) (Londres, Christie's, vente 28 novembre 2001, lot 18).
bibliographie
Avril, F. et N. Reynaud. Les manuscrits à peintures en France - 1440-1520, Paris, 3, pp. 377-384.
Hamon, Étienne, «Une famille d'artistes d'origine troyenne à Paris la fin du xve siècle: les Trubert», in Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, no 1, 2004, pp. 163-189.
Léonelli, Marie-Claude, «Georges Trubert, de René d'Anjou à René II de Lorraine», dans Marc-Édouard Gautier, Splendeur de l'enluminure. Le roi René et les livres, Angers, 2009, pp. 145-149.
Reynaud, Nicole. «Georges Trubert, enlumineur du roi René et de René de Lorraine», in Revue de l'art, 35 (1977), pp. 41-63.
Ringbom, Sixten, Icon to Narrative. The
Rise of the Dramatic Close-up in Fifteenth- century Devotional Painting, Åbo,1965
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