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COCTEAU JEAN (1889-1963).

MANUSCRIT autographe signé «Jean Cocteau», Henri Matisse, Milly août 1949; 16 pages in-4.

Bel hommage à Matisse, en partie inédit.

Ce texte sur Matisse, écrit en août 1949, ne semble pas avoir été publié à l'époque; une version plus courte sera publiée dans la revue Livres de France en octobre 1955 (texte repris dans les Cahiers Jean Cocteau, n° 9, 1981, p. 179-182).

Le manuscrit est rédigé au stylo bille bleu (sauf la page 12 ajoutée au crayon), avec de nombreuses ratures, corrections et additions au crayon; il présente plusieurs paragraphes inédits, et des variantes par rapport au texte édité.

«MATISSE est une des gloires les plus significatives de la France parce qu'il s'oppose au type d'intellectuel qui domine les arts chez nous. Il fait du don, si décrié à l'heure actuelle, une entreprise parfaite». Cocteau renvoie à Guillaume APOLLINAIRE qui, «dans la préface du catalogue d'exposition Matisse, Picasso chez Paul Guillaume le compare à une orange éclatée. Tâches et lignes, sa main se pose comme une pierre de base. [...] Matisse, selon la phrase si belle de Picasso, trouve d'abord et cherche après, voilà sa grande merveille. [...] Jamais main plus libre ne fut mise au service d'un esprit si jeune. Jamais richesse pareille ne tomba entre des mains plus économes. Jamais vous n'aurez un exemple plus éclatant du contrôle immé- diat de l'instinct.» Cocteau évoque le décor pour Le Rossignol de STRAWINSKY chez Diaghilev: «On aurait pu s'attendre à une jungle de couleurs. Il n'en était rien. Le rideau se levait sur un vide bleu pâle organisé par ce goût qui est le contraire du bon goût et qui étonne à force d'être simple».

Cocteau redit son admiration profonde pour Matisse et PICASSO: «ils peignent aux antipodes - sauf en ce qui concerne le dépouille- ment et l'absence totale de sottise. L'un projette des graines, l'autre combine des greffes. L'un perturbe le trafic sans malice. L'autre est un perturbateur du trafic et médite ses accidents.»

Le génie de Matisse est évident et «Matisse, comme tous les génies, est un assassin. Il est entouré du nimbe dont les assassins s'auréolent. Il règne par grâce divine, par on ne sait quel privilège de l'âme» comme «l'or que nul n'imite et qui exerce une domination mysté- rieuse». À propos de la couleur: «On dirait que Matisse arrose une toile et que les couleurs y poussent. Le soleil termine le travail. Il se pourrait que dans un ensemble des oeuvres de Matisse, les salles d'exposition embaumassent». Cocteau essaie de définir la peinture abstraite: «Elle semble inconcevable puisque l'abstraction cesse de l'être à la minute où elle est représentée. [...] Aux antipodes l'un de l'autre, Matisse et Picasso poussent le réalisme jusqu'au point où l'abstraction ne saurait être mise en cause». Il n'ose aborder le côté technique qui lui semble être un combat contre l'objet inerte: «Je suppose que Matisse entre en lutte avec les matières qui lui servent à peindre [...] Le génie consiste à effacer les traces de cette lutte à la seconde où elle éclate». Il montre à nouveau les différences de Picasso et Matisse dans leur représentation du couple et conclut: «Peu d'hommes ont eu pareil acharnement à se mettre en pointe, à s'exposer, à s'engager en eux-mêmes jusqu'à la limite du possible. Il ne reste alors que l'échec pour contrebalancer trop de réussite et traverser la zone d'ombre où les héros se baignent, deviennent invulnérables et s'assurent l'immortalité».
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